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« Le jour baissait, les cocotiers s’agitaient au-dessus de nos têtes,
secouant sur nous leurs cent-pieds et leurs scorpions »,
le Mariage de Loti, Pierre Loti, 1880

 

La pathologie des médias


 

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Le style des historiens

• Pierre Miquel, l’Exode, 10 mai-20 juin 1940, 450 p., Pocket, 2005 (voir aussi la note 179)

– Cette opération prévue au plus tard le 1er septembre [= prévue pour le 1er septembre au plus tard – ce qui est tout autre chose], p. 17

– La société Krupp s’est appropriée le tiers des actions de la firme suédoise Bofor fabriquant des canons antiaériens à tir rapide qui feront merveille en 1940 [ah, la petite merveille que tous ces Français tués], p. 42

Qui peut se douter le 10 mai de cette surprise de taille : les plus hautes autorités morales de l’armée française, couvertes de gloire en 1918, semblent d’avance résignées à la défaite ?, p. 50

– Généralisée aux armées, l’écoute radio politise la guerre et permet de souder en un fer de lance les éléments éparpillés de la Wehrmacht reliés dans la mystique de guerre par la voix officielle, p. 59

– L’Etat s’arroge le droit de proclamer la déchéance des maires élus [il existait donc des maires non élus en France en mai 1940 ?] qui ont abandonné leurs concitoyens, p. 64

– Au pire de la déroute, les passions politiques demeurent, ne serait-ce qu’en justification de la lâcheté, p. 66

Il a parfait ce que le maréchal Hindenburg n’avait pu faire [comment peut-on parfaire quelque chose qui n’a pas été fait ?], p. 67

– Quand ils rentrent chez eux, ils n’ont plus rien, sauf à mendier [sans commentaire ; vous en voulez un ?] des prébendes dans l’institution autoritaire qui se met en place, p. 68

– Ceux qui sont proches de la frontière commencent à prendre la route sans plus attendre. Ils sont beaucoup plus nombreux le 14 mai, après le raid de la Luftwaffe sur Rotterdam qui engage [= déclenche] le véritable exode. [...] Si Rotterdam capitule, il n’y aura plus de résistance possible pour [obscur] un pays en guerre, p. 73. [Bons exemples du caractère approximatif, flou, imprécis du langage miquélien.]

– Les réfugiés luxembourgeois racontent à quel point la surprise reposait chez eux sur la trahison [charabia], et sur l’information des agents ennemis sous toutes ses formes, p. 81

– Gamelin avait estimé à six jours au moins la résistance [= la capacité, la durée de résistance] des troupes royales sur le canal Albert, p. 85

– Les appareils anglais sont en partie détruits au sol, et les chasseurs sont trop nombreux pour réagir [= les chasseurs allemands sont trop nombreux pour que les Anglais puissent réagir efficacement, victorieusement], p. 117

– La décision administrative a donc initié un départ non organisé de gens qui fuient les attaques aériennes, p. 123

– Une femme est prête d’accoucher [= près d’accoucher ; justement elle n’est pas prête du tout] dans une grange, seule, sans mari, sans parents, p. 129

– Les gens s’engouffrent dans des autocars et comblent les wagons des trains en partance, p. 146

– Les gares parisiennes sont débordées, elles ne sont pas envahies et le trafic reste régulé [allez comprendre !], p. 155

– Les nouvelles à dessein [mots inutiles] mensongères répandues par les agents de l’ennemi, dont quelques-uns ont eté démasqués et arrêtés et d’autres molestés à tort [des agents de l’ennemi répandant de fausses nouvelles molestés à tort ? avons-nous bien compris ?], p. 157

– Les réfugiés cherchent des vivres par la force [= cherchent à se procurer des vivres par la force], p. 157

– Les marcheurs exténués, les cyclistes ingambes [contresens : l’auteur veut dire dont les jambes sont fatiguées, qui n’ont plus de jambes, c’est-à-dire exactement le contraire d’ingambes], p. 164

– Le préfet avait réquisitionné boulangers et meuniers pour nourrir les habitants restés sur place [...] et les réfugiés morts de faim [= affamés, mais vivants ; dans un pareil contexte de guerre, il vaut mieux éviter le sens figuré], p. 182

– La guerre aérienne marquait une pose [= pause], p. 192

– Elle a débarqué dans une gare bombardée, au milieu des wagons incendiés, rejetés [= couchés ?] sur les voies, et des trous de bombes encadrant les rails, p. 193

– Du moins Frère exige-t-il du préfet de l’Oise qu’il veuille bien rester lui-même dans son hôtel de Beauvais [je me demande parfois si Pierre Miquel est francophone ou si c’est sa deuxième langue (a)], p. 202

– Ni pillage [au sens propre] ni famine dans Paris abandonné. Ceux qui restent ont depuis longtemps fait leurs provisions, pillant [au sens figuré ?] les magasins d’alimentation qui n’ont pas tous fermé [= , qui n’avaient pas tous fermé ?], p. 246

– Les femmes fabriquent des paillasses avec des feuilles de maïs séchées pour n’avoir pas à sortir et rester couchées le plus longtemps possible [traduction : des femmes qui fuyaient les Allemands se sont réfugiées dans un grenier ; elles s’y sont fait des paillasses avec des feuilles de maïs pour se créer un confort minimal, car elles craignaient de devoir y rester longtemps cachées], p. 275

– La petite ville de Jargeau est fortement arrosée de bombes et le pont suspendu est devenu inutilisable. C’est le dernier ouvrage encore intact avant Orléans [contradiction insoluble], p. 279

Je fais grâce au lecteur de nombreuses autres bizarreries : la prose de ce livre est à l’image de la débâcle de 1940.
Combien de personnes auront pu livre ce livre jusqu’au bout ?
Voir aussi la note 179.

a. Si j’en crois cette page du Figaro, Pierre Miquel (mort en 2007) était agrégé d’histoire, diplômé de philosophie et docteur ès lettres. Surprenant, n’est-ce pas ?

 

• Catherine Vincent, Introduction à l’histoire de l’Occident médiéval, 224 p., le Livre de poche, coll. Références, 2003

P. 15. Le mouvement puise tout un ensemble d’informations [ça, c’est de l’information précise] dans les données fournies par l’archéologie.

P. 15-16. L’exploration des sépultures permet d’évaluer l’évolution des rites d’inhumation en vigueur [mots inutiles] et de mesurer ainsi [mot inutile] la progression de la nouvelle religion chrétienne.

P. 18. Ils fuyèrent [verbe fuyer, bien sûr] vers l’ouest dans l’anarchie.

P. 23. Au nom de ce principe, les souverains francs n’ont pas hésité à [tic journalistique] partager entre les fils le royaume du père, jusqu’à un certain degré de morcellement au-delà duquel ils ne se sont pas engagés [longue lapalissade prétentieuse].

P. 152. Il n’est donc pas vain d’évoquer [le mot évoquer n’est pas le mot qui convient, car l’auteur a parlé explicitement p. 151 et 152 du « gouvernement » de l’Eglise – ici évoquer est seulement un joli mot à la mode] pour l’Eglise un véritable gouvernement à l’image de ceux dont se dotent les Etats : par la qualité de ses rouages, il leur aurait même [pourquoi ce conditionnel ?] servi de modèle... [Que signifient ces points de suspension ?]

P. 162. Des bibliothèques privées se multiplient parmi les membres de l’aristocratie et jusque dans les milieux aisés de la bourgeoisie : l’accès aux textes n’intervient [l’accès intervient, comme c’est bien dit] plus uniquement lors de rassemblements collectifs [petit pléonasme], fêtes ou sermons, mais également dans l’intimité d’un cabinet de lecture.

P. 163. Pièces uniques [les Très Riches Heures du duc de Berry, les Heures d’Etienne Chevalier, livres d’heures enluminés], véritables objets de collection, elles sont également pour les princes, plus [mot inutile] prosaïquement, des lieux [ce n’est pas le mot qui convient] d’investissement.

Le style de Catherine Vincent n’est pas spectaculairement mauvais comme celui d’Arlette Farge (note 257) ni comme celui de Joël Schmidt (notes 179 et 179 bis), par exemple ; mais il distille un ennui profond qui s’installe après la lecture des vingt premières pages, ennui dont on ne sortira plus qu’en refermant le livre.
Le style de Catherine Vincent n’est pas exactement du charabia, mais le sens est souvent fuyant, inconsistant même après deux relectures, c’est-à-dire trois lectures.
Le style de Catherine Vincent abuse des points d’exclamation et des points de suspension finaux, des mots voir, prévaloir et s’avérer.
Combien de personnes auront pu livre ce livre jusqu’au bout ?

Ci-dessous la page 166.

 

• Joël Schmidt, Jules César, 360 p., Gallimard, coll. Folio, 2005
Voir ici dans la note 179 bis.

 

• Arlette Farge, la Vie fragile. Violence, pouvoirs et solidarités à Paris au XVIIIe siècle, Seuil, coll. Points, 1992
Voir ici dans les notes 257-261.

 

(N. B. Il existe aussi des historiens qui écrivent correctement : Octave Aubry, Pierre de Vaissière, Philippe Erlanger, Michel Vovelle,...)

 

 

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