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Piège de la locution « sauf à »
&
difficultés connexes

(regroupement, sur une seule page, de nos leçons passées sur ce sujet ; et addenda)

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Page d’accueil et sommaire

 

 

• Leçon non datée
Non numérotée. – Pierre Miquel, l’Exode, 10 mai-20 juin 1940, 450 p., Pocket, 2005

[Extrait du livre de Pierre Miquel, un sauf à fautif :]

Quand ils rentrent chez eux, ils n’ont plus rien, sauf à mendier des prébendes dans l’institution autoritaire qui se met en place, p. 68

[Leçon complète ici : http://lesmediasmerendentmalade.fr/historiens1.html.]

 

 

• 25 janvier 2015
Leçon 27. – Lettre du 17 janvier 2015 de Bernard Cazeneuve à Nicolas Sarkozy*

sauf

Tombé hier sur la lettre de cinq pages de Bernard Cazeneuve à Nicolas Sarkozy publiée sur le Figaro.fr, dont j’extrais ce qui suit.

Le protocole n°4 additionnel à la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme et des libertés fondamentales stipule en son article 3 alinéa 2 que « Nul ne peut être privé d’entrer sur le territoire de l’Etat dont il est le ressortissant. » Sauf à prendre le risque de se trouver sanctionné par la Cour européenne des Droits de l’Homme, cet article s’oppose donc à ce que le retour en France de ressortissants français soit interdit, qu’ils aient ou non une autre nationalité.

Commentaire
Primo, notons que sauf à ne signifie pas à moins de ni à moins que ni sauf si, mais quitte à ou avec la réserve que** ; secundo, ce n’est pas l’article 3 – qui est grammaticalement à la fois le sujet de s’oppose et celui de prendre – qui prendrait le risque, mais Bernard Cazeneuve ou l’Etat ou la France.

Correction
La deuxième phrase, qui va de « Sauf à prendre » à « nationalité », a le sens suivant, qui trahit et dévoie la pensée de l’auteur jusqu’à l’absurde :

Quitte à ce que l’article 3 soit sanctionné par la Cour européenne, cet article 3 s’oppose donc à ce que le retour en France de ressortissants français soit interdit, qu’ils aient ou non une autre nationalité.

Il faut donc écrire :

Cet article 3 s’oppose donc à ce que le retour en France de ressortissants français soit interdit, qu’ils aient ou non une deuxième nationalité ; si la France ne le respectait pas, elle s’exposerait à être sanctionnée par la Cour européenne des droits de l’homme.

Ou, plus long, mais plus proche de la phrase d’origine :

A moins de prendre le risque d’être sanctionnés par la Cour européenne des droits de l’homme en vertu de l’article 3, qui s’oppose à ce que le retour en France de ressortissants français soit interdit, qu’ils aient ou non une deuxième nationalité, nous ne pouvons pas [etc.].

————
* Lettre intégrale en PDF ici.
Notez que, alors que le Figaro.fr l’a publiée, la lettre était introuvable sur le site du ministère de l’Intérieur. Ce seraient donc les services de Nicolas Sarkozy qui l’auraient scannée pour la transmettre au Figaro.fr ?
** Voir le sens que cette locution sauf à a dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 : « Art. 11. La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi » ; ou dans cette phrase d’Alexandre Dumas dans Joseph Balsamo : « Elle plia donc, sauf plus tard à se relever. »
Les exemples que donne Littré sont les suivants : « Faites vite, sauf à corriger plus tard » et « Faites-le ainsi, sauf à recommencer » ; ils ont pour signification : « Faites vite, quitte à corriger plus tard s’il y a des fautes » et « Faites-le ainsi, même si vous vous exposez à devoir recommencer si le résultat n’est pas satisfaisant ».

 

 

• 26 janvier 2015
Leçon 28. – Plus sur « sauf à », 1/2. Un contresens de Larousse

Le Grand Dictionnaire encyclopédique Larousse (dix volumes, 1985) se trompe quand il dit : « Litt. Sauf à + inf., en excluant telle éventualité : Il promettra tout ce qu’on voudra, sauf à renier sa parole. »
C’est tout le contraire qu’il eût fallu écrire : « sans exclure telle éventualité », et non « en excluant telle éventualité ». La phrase exemple « Il promettra tout ce qu’on voudra, sauf à renier sa parole » prend alors tout son sens brutal et cynique : « Il promettra tout ce qu’on voudra, quitte à renier sa parole, sans qu’il exclue l’éventualité de se dédire, de dépromettre*. »

sauf-a

————
* Dépromettre, retirer une promesse (Littré).

rose Mise à jour du 12 janvier 2020. N’allez surtout pas voir le Larousse en ligne, qui donne des acceptions contradictoires (« en excluant telle éventualité »/« sans s’interdire de, au risque de ; quitte à ») à sauf à, ces acceptions contradictoires étant, qui plus est, présentées toutes deux comme littéraires (https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/sauf/71129?q=sauf#70358 ; archive : http://archive.is/wip/FzhD7). Gros cafouillage donc.

 

 

• 27 janvier 2015
Leçon 29. – Plus sur « sauf à », 2/2

Imaginons un contrat ainsi rédigé, la locution « sauf à » étant fréquente dans les documents juridiques : « Le soussigné devra obéissance et assistance à son supérieur hiérarchique, sauf à risquer sa vie pour lui. »
Le signerez-vous en connaissance de cause ?
Voici maintenant un exemple très équivoque, piégé : « Je m’engage à tout faire pour aider M. Untel, sauf à mourir pour lui. »
Le sens est double et indécidable, car on ne sait pas si le « à » de « sauf à mourir » dépend de « m’engage » ou s’il est indépendant de ce verbe : « Je m’engage à tout faire, mais j’exclus de m’engager à mourir pour lui » ou « Je m’engage à tout faire, quitte à mourir pour lui » ?
Le problème avec la locution « sauf à », c’est qu’elle a toujours l’apparence d’exclure, alors que, la plupart du temps, c’est tout le contraire.
Un extrait d’un règlement de copropriété :

Chacun des copropriétaires [...] pourra user librement des parties communes, sauf à respecter leur destination et ne pas faire obstacle aux droits des autres copropriétaires.

sauf-a

Ici le sens est le suivant : Il pourra user librement... à condition de respecter, à la réserve qu’il respecte, sans que soit exclue l’obligation de respecter...

 

 

• 21 janvier 2017
Leçon 200. –
Le mauvais exemple vient d’en haut et corrompt la base

Une fois de plus, le très mauvais exemple du relâchement langagier vient d’en haut. Extraits d’une vidéo de la conférence de Florence Robine* sur la réforme du collège à :

https://www.youtube.com/watch?v=dyM-BipLIcE.

— A 53 min 52 s et à 56 min 18 s :
« Je voudrais quand même faire un petit point sur qu’est-ce que ça veut dire une logique curriculaire », « c’est-à-dire un programme où y a pas de... », « c’est juste pas possible sauf à se dire que on abandonne ce qui fait notre conviction profonde, républicaine ».
— A 39 min 8 s et à 52 min 6 s :
« Les attendus du programme », « les attendus de fin de cycle ».

Ici « les attendus » représentent ce qu’on attend de l’élève, les objectifs du programme, du cycle ; rien à voir avec des considérants. Ici donc, encore un faux-sens et une langue française torturée à l’envi pour nous donner l’impression du neuf, du nouveau, de la créativité.
Rien que la courte phrase « c’est juste pas possible sauf à se dire que on abandonne » accumule trois vices, dont un sauf à fautif.
Les hauts fonctionnaires de l’Education nationale n’ont-ils pas une obligation d’exemplarité, particulièrement en matière de langue ?

————
* Florence Robine est inspectrice générale de l’Education nationale et directrice générale de l’enseignement scolaire (DGESCO).

 

 

• 8 février 2017
Leçon 206. – Communiqué n° 1988 du lundi 6 février 2017 du parti de l’In-nocence sur l’affaire d’Aulnay-sous-Bois*

Le parti de l’In-nocence est bien conscient qu’on est loin de tout savoir et de tout comprendre, quant à la très pénible affaire actuelle d’Aulnay-sous-Bois. Il n’en reste pas moins que de très graves présomptions pèsent sur le comportement de quatre policiers. Le “vivre ensemble” est un état de violence permanente, qui implique des tensions dommageables pour tous, mais qui ne saurait excuser tous les procédés, surtout de la part de l’autorité publique. Nos forces de l’ordre doivent être soutenues, elles ne doivent jamais l’être aveuglément. Si les violences policières sont avérées, ce qui semble être le cas, nous les condamnons avec force. Dans les grands bouleversements qui s’apprêtent la police doit être exemplaire, sauf à compromettre la nécessaire décolonisation et l’indispensable remigration. Si elle ne l’est pas, ceux de ses membres qui manquent à leurs [sic] devoir doivent être sévèrement punis.

On comprend bien que, dans l’esprit du rédacteur, sauf à ne signifie pas du tout quitte à.

— Surpris de rencontrer ce contresens chez Renaud Camus, dont la prose est ordinairement méticuleuse, ordonnée et dominée, nous lui avons envoyé une courte épistole pour lui soumettre le problème de sauf à.
— D’autres surprises, entre autres ce « dommageables pour tous », un peu trop journalistique et dans l’air du temps, la construction dite canonique étant « dommageables à tous » ; et la virgule fautive avant « quant à ».
Il est possible qu’un Renaud Camus très occupé ait délégué la rédaction de ce communiqué à un secrétaire.

rose Mise à jour du 1er mai 2018. La coquille a été rectifiée, mais maladroitement : « à leurs devoirs ». Il eût mieux valu écrire « à leur devoir ». Le « sauf à », lui, est toujours là.

————
* http://www.in-nocence.org/index.php?comrss=1784

 

 

• 29 mars 2018   
Leçon 439. – Encore « sauf à », 1/4

Un écrivain contemporain qui a à son actif une centaine de livres déclare que sauf à ne signifie nullement à moins de (ce qui est parfaitement juste), et qu’on peut écrire... :

Il ne comprenait rien de ce qu’il lisait, sauf à s’aider d’un dictionnaire.

Cette phrase, qui ne peut être qu’humoristique, signifie : « S’il s’aidait d’un dictionnaire, il parvenait à ne rien comprendre », « Grâce à l’utilisation d’un dictionnaire, il réussissait à ne rien comprendre », « À condition de s’aider d’un dictionnaire, il parvenait à ne rien comprendre ».
Gros contresens donc, puisque l’auteur n’a aucune intention humoristique.
Pour dire « il ne comprenait rien de ce qu’il lisait, à moins de s’aider d’un dictionnaire » (ou, l’équivalent, « il ne comprenait rien de ce qu’il lisait, sauf s’il s’aidait d’un dictionnaire ») en utilisant sauf à, il faut renverser totalement ou partiellement le sens du début de la phrase incriminée :

Il comprenait tout (ou presque tout/une partie/une grande partie) de ce qu’il lisait, sauf à s’aider d’un dictionnaire.

En résumé, l’auteur a beau savoir et déclarer que sauf à ne signifie nullement à moins de, il utilise sauf à comme un à moins de ou un sauf si.
Cela prouve que le maniement de sauf à est très délicat même pour des gens à la langue bien affûtée.

 

 

• 2 avril 2018   
Leçon 441. – Encore « sauf à », 2/4

roux Noter qu’il y a un autre sauf à, de plus large utilité quoique peu utilisé, sauf à... de :

Vous pouvez affirmer ce que bon vous semble, sauf à moi de vous répondre et de démontrer que vous êtes dans l’erreur ou que vous mentez

ou

Vous pouvez écrire ce que bon vous semble, sauf au lecteur de vous croire ou pas.

Les deux exemples ci-dessus ont été forgés par nous-même à partir de la citation que donne Littré sous sauf à ; sauf à... de y a le sens de libre à... de :

Sauf à vous d’admettre ou rejeter mon opinion, quand vous saurez sur quoi je la fonde, Rousseau, Dial. 2.

roux Autre acception de sauf à... de, selon le Nouveau Larousse illustré (sept volumes, 1897-1903) ; sauf à... de a le sens de à la condition de :

• sauf à... de, à la condition de. Vous ne serez pas trompé, sauf à vous de prendre vos précautions.

NLI

Pour le Dictionnaire national ou universel [sic] de la langue française de Bescherelle de l’édition de 1856, on dit sauf à... à et non sauf à... de :

Sauf à vous à me reprendre si je me trompe.

Besch.

 

 

• 3 avril 2018   
Leçon 444. – Encore « sauf à », 3/4

L’auteur dont il est question dans la leçon 439 est Renaud Camus.
La phrase exacte qu’il présente dans son Dictionnaire des délicatesses du français contemporain* comme exemple de bonne utilisation de sauf à est une autocitation :

Bien entendu, comme d’habitude on n’y comprenait rien [à un opéra], sauf à s’aider du texte écrit, ce que je faisais quand la lumière le permettait (Renaud Camus, Journal romain, 1985-86, Hachette P.O.L, 1987, p. 79, 24 novembre 1985).

Il n’est pas forcément bon de s’autociter ; et s’autociter est assez peu banal dans un dictionnaire.
Si par extraordinaire l’auteur décidait — bien tardivement — de défendre par courriel à nous adressé ses sauf à que nous jugeons fautifs, nous nous empresserions de le citer ici. Précisons que nous n’avons jamais été péremptoire dans nos courriels et que nous avons, exemples ou arguments à l’appui, invité l’auteur à reconsidérer ses choix ou à bien vouloir nous les expliquer.
Nous nous rappelons à cette occasion que l’Académie française n’avait pas répondu à une de nos remarques sur un emploi fautif du verbe démultiplier, mais qu’elle avait fait la correction que nous lui suggérions (voir les leçons 319 et 339 entre autres).
Ici et là une affaire d’ego. Il y a des marches à monter entre nous et eux, et il nous faut montrer que l’ascension fut pénible — au moins quelque signe d’épuisement.
Il nous faudra citer un autre sauf à de l’auteur quand nous l’aurons retrouvé. (rose Mise à jour, 2019. Il y a même quatre autres sauf à fautifs dans le Dictionnaire des délicatesses : sous une des entrées de A, de G, de I et de R.)
rose Mise à jour du 11 janvier 2020
— La faute « sauf à s’aider » est toujours là dans le Dictionnaire des délicatesses du français contemporain (pas examiné les autres occurrences).
— Extrait du Journal du même Renaud Camus du jeudi 9 janvier 2020 :

J’aime à croire que ce dont il m’est fait grief est l’effet de mon désir de ne rien** laisser se perdre de la langue, d’en conserver toutes les richesses, d’en entretenir soigneusement tous les chemins, ne serait-ce qu’en les empruntant aussi souvent que possible : expressions désuètes, tournures tombées dans l’oubli, acceptions hors d’usage. Je puis être assez militant, sur ce point, en mon désir de ne pas laisser se réduire le clavier du français, de lutter de toutes mes forces, dans la mesure de mes moyens, contre cette réduction en une sorte de pidgin french dont il fait l’objet, et qui n’a certes pas l’excuse, elle, de l’universalité. Ainsi je m’obstine à pratiquer l’imparfait du subjonctif, en partie à cause de ses vertus comiques, ironisantes, distançantes ; mais aussi et surtout parce que je suis convaincu que l’ancienne concordance des temps était un système très précieux, en effet, cette fois en un tout autre sens ; et qui ne saurait tolérer aucun retranchement, sauf à dépérir tout entier***.

Excellent début avec ce « mon désir de ne rien laisser se perdre de la langue, d’en conserver toutes les richesses, d’en entretenir soigneusement tous les chemins, ne serait-ce qu’en les empruntant aussi souvent que possible : expressions désuètes, tournures tombées dans l’oubli, acceptions hors d’usage », mais le sauf à de la fin est fautif.
Mieux que distançantes serait distanciantes (distancer n’est pas distancier).

————
* Compte rendu de lecture du Dictionnaire des délicatesses du français contemporain dans la leçon 443 et passim.
** Ne rien laisser ? sympathique utopie. Le risque est, entre autres, que le lecteur ne commette de gros contresens, le sens de nombreux mots ayant changé (voir la leçon 861). Un exemple, le sens ancien et premier de besogneux :

Qui est dans la gêne, dans le besoin.

Aujourd’hui cette signification est disparue (voir, par exemple, le Petit Larousse illustré de 2011), besogne travail a détrôné besogne besoin. Solution, utiliser la graphie ancienne besoigneux (prononcée comme besogneux) pour indiquer l’archaïsme ?
La dernière édition du Dictionnaire de l’Académie oublie de préciser que besogneux au sens de « qui est dans le besoin » est vieilli ou vieux (vieilli, vieux, voir la leçon 775), alors qu’elle le faisait — quoique à tort selon nous — pour une acception de rétorquer (voir la leçon 1037).
*** https://www.facebook.com/renaud.camus.16/posts/2461372223986243 (archive : https://web.archive.org/web/20200111204307/https://www.facebook.com/renaud.camus.16/posts/2461372223986243)


 

• 1er mai 2018   
Leçon 474. –
Encore « sauf à », 4/4

roux On n’en finit pas d’être surpris avec sauf à. Retrouvé dans nos archives, Philippe Bilger, magistrat honoraire et président de l’Institut de la parole, qui écrit en septembre 2017 :

Les éléments, si on en croit les médias, sont constitués d’un faisceau de présomptions qui seraient largement suffisantes, même sans la découverte du corps de la petite victime, pour emporter une condamnation devant une cour d’assises. Sauf à considérer que l’aveu demeure la reine des preuves et qu’il convient une fois de plus, avant même tout débat à l’audience, de dépendre du bon vouloir d’une personne probablement gravement impliquée dans la commission du pire*.

Ce sauf à a le sens de sauf si, de à moins de ou de à moins que : « Sauf si l’on considère que l’aveu demeure la reine des preuves », « A moins de considérer que l’aveu demeure la reine des preuves », « A moins que l’on ne considère que l’aveu demeure la reine des preuves » ; ce sauf à est donc fautif.

roux Copie de l’article sauf à du Grand Robert de la langue française** 2016 en ligne :

sauf-a_Grand-Robert

• Autres citations du Grand Robert de la langue française 2016 contenant la locution sauf à, sous les entrées rétracter et rétrograder :

Sous huitaine je vous en dirai mon jugement définitif, sauf à me rétracter lorsqu’un plus intelligent que moi me démontrera que je me suis trompé.
Diderot, Jacques le fataliste

Je ressemble assez, de ce côté-là, à ces gens qui prennent le roman par la queue, et en lisent tout d’abord le dénouement, sauf à rétrograder ensuite jusqu’à la première page.
Th. Gautier, Mlle de Maupin

————
* http://www.bvoltaire.fr/maelys-lappel-emouvant-parents-ne-fera-sortir-suspect-de-silence/ (archive : http://archive.is/qYKuo)
** Probablement le meilleur de tous les dictionnaires de la langue française. Ne jamais négliger cependant la consultation parallèle d’autres dictionnaires, comme celui de Littré, très précieux, le Petit Larousse ou les dictionnaires spécialisés.

 

 

• Janvier 2020
bg Addendum 1

— Il nous semble que le seul moyen de bien comprendre sauf à est de moins tenir compte des définitions que des exemples donnés par les dictionnaires à l’appui de leurs définitions. Même l’exemple du Larousse de la leçon 28 ci-dessus est bon : « Il promettra tout ce qu’on voudra, sauf à renier sa parole », et c’est la définition qui est mauvaise. Dans cet exemple, sauf à ne signifie pas « en excluant telle éventualité », mais son contraire, « sans exclure telle éventualité », « quitte à », Larousse fait donc un contresens.
— À traiter, le problème des deux acceptions de sauf à séparées par un point-virgule ; le problème du point-virgule dans les définitions de dictionnaires : certains utilisent, à tort, la virgule au lieu du point-virgule.
— Sauf à locution prisée chez les mal-lettrés, les demi-lettrés et les poseurs.

 

 

• Janvier 2020
bg Addendum 2

Des sauf à fautifs à la pelle chez Macron.
Nous nous contenterons d’un double exemple, mais il y en a bien d’autres*. Ci-dessous la transcription par nos soins et exacte (la transcription officielle sur Elysee.fr étant inexacte**) d’un discours de Macron du 30 mai 2018 faite d’après vidéo (à 20 min 4 s) :

Sur ce sujet plus que tout autre aujourd’hui, notre défi est de retrouver une réponse collective, et le fort est celui qui a le Droit, le fort est celui qui tient les règles qu’il a conduit à créer. Le fort est celui qui respecte sa parole, sauf à vouloir devenir le violent, sauf à vouloir tous retourner à une forme d’état de nature totalement non coopératif.

Fausse liaison logique, coq-à-l’âne, bouillie... ! Plusieurs problèmes de langue dans ce court extrait, mais nous ne nous pencherons que sur celui-ci :

Le fort est celui qui respecte sa parole, sauf à vouloir devenir le violent, sauf à vouloir tous retourner à un état de nature totalement non coopératif.

Primo, logiquement le sujet du premier et du deuxième « vouloir » est « le fort », mais Macron bouleverse la syntaxe et le sujet du deuxième « vouloir » semble être « [nous] tous » ou bien il manque un membre de phrase : « sauf à vouloir nous faire tous retourner à un état de nature totalement non coopératif » ou « sauf à vouloir que tous nous retournions à un état de nature totalement non coopératif ».
Secundo, les deux sauf à font faux-sens.
En d’autres termes, les deux sauf à sont fautifs, le premier lexicalement, le deuxième lexicalement et syntaxiquement.

Que voulait dire le « passionné de philosophie » Macron ? Encore une fois, des banalités : le fort est celui qui respecte sa parole, mais le fort ne doit pas être violent, car il ferait retourner la société à un état de nature où la force prime sur le dialogue et sur la concertation.
Macron gagne le gros lot, aux platitudes il a ajouté le charabia décomplexé.
Cette question qui revient : bâclage désinvolte et décontracté, défaut foncier de compétence langagière ou les deux**** ?

► Sur la langue de Macron, on consultera problement avec intérêt cette page qui lui est entièrement consacrée.

————
* On trouvera dans ces trois transcriptions de discours du président quelques sauf à fautifs :
— https://www.elysee.fr/front/pdf/elysee-module-864-fr.pdf
https://www.elysee.fr/front/pdf/elysee-module-955-fr.pdf
https://www.elysee.fr/front/pdf/elysee-module-1601-fr.pdf
— etc.
** Transcription officielle et inexacte du discours du « 30 MAY [sic] 2018 » (https://www.elysee.fr/front/pdf/elysee-module-918-fr.pdf) :

Sur ce sujet plus que tout autre aujourd’hui, notre défi est de retrouver une réponse collective, et le fort est celui qui a le Droit, le fort est celui qui tient les règles qu’il a conduit à créer. Le fort est celui qui respecte sa parole, sauf à vouloir devenir le violent, sauf à vouloir tous retourner à une forme état de nature totalement non coopérative.

Une remarque : en non-charabia, « tenir les règles » se dit mieux « respecter les règles », mais on ne peut qu’essayer de deviner ce qu’a voulu dire le président. Il se peut qu’il ait mélangé deux expressions : « celui qui tient les règles »/« celui qui respecte sa parole » au lieu de « celui qui respecte les règles »/« celui qui tient sa parole ».
**** rose Mise à jour du 15 janvier 2020 à propos de désinvolture. « Quand on explique et qu’on écoute, généralement on arrive à comprendre », déclare le jeune fat Macron à propos de la réforme des retraites (vidéo ici). Ce que Macron, lui, ne comprend pas, c’est que le premier on ne renvoie pas à la même personne que les deuxième et troisième on, et qu’il devrait soigner son expression, parce qu’il devient pénible de l’écouter jaboter charabia à son aise, parce que nom d’une pipe ! notre patience à des limites. Macron le vampire, jamais il ne donne, toujours il prend.
Phrases correctes : « Quand on explique et qu’on est écouté, généralement on est compris » ; ou résigné et mystérieux : « Quand on explique et qu’on n’est pas écouté, on ne s’étonne plus de ne pas être compris... » (tous les on renvoient à la même personne).
marronnasse Autonote_dossier-Macron-sauf-à-on

 

 

• Janvier 2020
bg Addendum 3

Texte lucide, de vérité de Pierre Brochand, ambassadeur de France, sur le thème de l’immigration et de l’intégration, mais plein de sauf à fautifs*.
Un exemple parmi d’autres :

Ce n’est pas livrer un secret d’Etat que d’imaginer que, si une situation d’anarchie ouverte s’étendait et se prolongeait au-delà de ce que furent son extension et sa durée en 2005 [allusion à ladite crise des banlieues], il n’y aurait plus d’autres recours pour la contenir que l’appel aux forces armées, sous des formes d’ailleurs peu évidentes à définir, sauf à abandonner des pans entiers du territoire, ainsi que leurs habitants, à une résurgence de l’état de nature.

Mieux :

... si une situation d’anarchie ouverte s’étendait [...], il n’y aurait pas d’autre alternative que l’appel aux forces armées [...] ou l’abandon de pans entiers du territoire.

(Non seulement le sauf à est fautif — il remplace à tort à moins de —, mais encore l’abandon ne peut être considéré comme un « recours », terme mélioratif — encore moins comme une solution. Cependant, le texte n’étant pas clair, à cause du sauf à et du mot recours au pluriel, on ne sait pas avec certitude si l’auteur considère l’abandon comme un recours.)

À noter aussi :

Ce n’est pas livrer un secret d’Etat que d’imaginer que...

Mieux :

Ce n’est pas livrer un secret d’Etat que de dire que...

On aura remarqué aussi :

... sous des formes d’ailleurs peu évidentes à définir...

Evident n’est pas un synonyme de facile. Mode née au début des années 1970.

France malade, langue un peu. Le texte cependant est à lire, il dit ce que tout le monde sait, mais que gouvernants et journaloques* cachent ou ne disent que du bout des lèvres et à voix basse : ils attendent d’avoir le couteau sous la gorge pour le crier enfin, dans un ultime râle de sincérité.

————
* https://www.fondation-res-publica.org/Pour-une-veritable-politique-de-l-immigration_a1227.html (archive : http://archive.ph/wip/mDOAD)
** journaloque, néologisme des deux genres, renvoie aussi bien au nom féminin péjoratif loque qu’à l’élément de composition, ou suffixe, que l’on trouve dans ventriloque, par exemple (en latin loquor signifie « parler »).
Il serait peut-être vain de faire un distinguo subtil entre les journaloques, qui parlent, et les journascrits, qui écrivent, à moins de vouloir les ridiculiser un peu plus.

 

 

• Janvier 2020
bg Addendum 4

• Reprenons la phrase de Renaud Camus de la leçon 444 ci-dessus :

[Ce] système [...] ne saurait tolérer aucun retranchement, sauf à dépérir tout entier.

— Que signifie sa phrase ? Ceci :

Au risque de dépérir tout entier, ce système doit refuser tout retranchement ou Ce système doit refuser tout retranchement, au risque de dépérir tout entier ou Quitte à dépérir tout entier, ce système doit refuser tout retranchement ou Même s’il s’expose par son refus à dépérir tout entier, ce système doit refuser tout retranchement.

— Mais que voulait dire Renaud Camus ? Quelque chose de bien différent, ceci :

Ce système ne saurait tolérer aucun retranchement, à moins d’accepter de dépérir tout entier ou Ce système ne saurait tolérer aucun retranchement, sinon il dépérira tout entier ou Ce système ne saurait tolérer aucun retranchement, sinon il risque de dépérir tout entier.

Différence analogue entre ces deux phrases : « Il refuse au risque de mourir » et « Il refuse, car il risque de mourir ».
Sauf à donne aux phrases un cachet lettré, juridique et recherché, voire précieux, ce que ne font pas sinon ni à moins de.
Sauf à
permet aussi de tromper son monde (voir la leçon 29 ci-dessus). Sauf à est dangereux.

 

 

• Janvier 2020
bg Addendum 5

Des sauf à fautifs équivalant à des à moins de peuvent être avantageusement remplacés par des à peine de ou des sous peine de employés au figuré (« par affaiblissement » du sens). Il est bien sûr que les solutions ne manquent pas.

Dictionnaire de l’Académie :

peine [...]
Loc. Sous les peines de droit, au risque de s’exposer à une condamnation. La réimpression de ce livre avait été défendue sous les peines de droit. 
Loc. prép. À peine de, sous peine de, pour indiquer ce à quoi l’on s’expose si l’on contrevient à la loi. Sous peine de poursuites. À peine de nullité.
Sous peine de la vie, s’est dit pour Sous peine de mort. 
Par affaiblissement. Hâtons-nous, sous peine de ne pouvoir entrer.
https://www.dictionnaire-academie.fr/article/A9P1225

Exemple, le fautif :

un système très précieux [...] qui ne saurait tolérer aucun retranchement, sauf à dépérir tout entier

... pourrait être remplacé par...

un système très précieux [...] qui ne saurait tolérer aucun retranchement, sous peine de dépérir tout entier

Pour obtenir le cachet vieillot et juridique dont nous parlions dans l’addendum 4 ci-dessus, on utilisera à peine de plutôt que sous peine de.
Des zones floues et incertaines restent à éclaircir, en particulier l’emploi de au risque de (problème de double négation dont l’une est implicite, problème de la virgule avant au risque de...).

 

 

• Janvier 2020
bg Addendum 6

Au risque de mourir, j’ai refusé de... : refusé est ce que nous avons appelé plus haut une « négation implicite » (équivalent de « je n’ai pas accepté »).
Que signifie ou plutôt que ne signifie pas Au risque de mourir, j’ai refusé de...? Il ne signifie pas « J’ai refusé de..., car en acceptant de... je risquais de mourir ».

Il est venu à mon aide au risque de sa vie.
Au risque de sa vie, il est venu à mon aide.
Au risque de mourir, il est venu à mon aide.

Donc Au risque de dépérir tout entier, ce système doit refuser tout retranchement (addendum 4) signifie bien « Si le système refuse tout retranchement, il risque de dépérir tout entier ».
Encore autrement dit, Au risque de dépérir tout entier, ce système doit refuser tout retranchement ne signifie pas non plus « Contre le risque de dépérir tout entier, ce système doit refuser tout retranchement » ni « Face au risque de dépérir tout entier, ce système doit refuser tout retranchement ».

 

 

• Janvier 2020
bg Addendum 7

Cette phrase...

Je n’irai pas en voiture au risque d’arriver en retard

... n’a pas le sens de celle-ci...

Je n’irai pas en voiture, au risque d’arriver en retard

... du fait de la virgule.

Je n’irai pas en voiture au risque d’arriver en retard : je refuse le risque.
Je n’irai pas en voiture, au risque d’arriver en retard : j’accepte le risque.
Différence entre le déterminatif (la première phrase) et l’explicatif (la deuxième) : voir entre autres la leçon 556.
N. B. Au lieu de proposition déterminative et de proposition explicative, les anglophones disent — plus clairement, nous semble-t-il — proposition non restrictive et proposition restrictive (voir la leçon 116).

 

 

• Janvier 2020
bg Addendum 8

Suite de l’addendum précédent.
Virgule absente, la négation porte sur le verbe aller et sur au risque de : les deux sont donc refusés.
Virgule présente, la négation porte sur le verbe aller, mais non sur au risque de : le premier est refusé, le deuxième est accepté.
En revanche, en l’absence de négation, avec ou sans virgule le risque est accepté...
— J’irai en voiture au risque d’arriver en retard : j’accepte le risque ;
— J’irai en voiture, au risque d’arriver en retard : j’accepte aussi le risque.
Une petite nuance due au contexte sépare la phrase déterminative (la première) de la phrase explicative. Nous y reviendrons peut-être plus tard, mais le résultat n’est pas changé : j’irai en voiture et j’accepte le risque (d’être pris dans des embouteillages, que ma guimbarde ne tombe en panne,...).

 

 

• Janvier 2020
bg Addendum 9

Sauf à : examiner les éléments de définition à la réserve de et sous réserve de chez Littré (pas de point-virgule) et dans le Dictionnaire de l’Académie (un point-virgule).

Sauf à : analyser l’erreur de syntaxe dans un des exemples du Dictionnaire de l’Académie :

La caution sera restituée au locataire, sauf à déduire le montant d’éventuels dégâts.

 

 

À suivre

 

 

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