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500/833 = 500e leçon sur un total de 833 leçons et notes

 

• 1er novembre 2019
Leçon 1020/1353. – Pour bien commencer novembre. Un néologisme

Besoin d’un mot ce jour, et nous écrivons : « Mme C. est une exactionnaire. » Pourquoi pas ? on a bien une pétition, un/une pétitionnaire, une réaction, un/une réactionnaire, etc. Le néologisme est bien formé.
Noter que le français a le rarissime exactionner, trouvé chez Littré, mais que nous n’avons jamais lu ailleurs ni entendu :

exactionner [..], v. n.
Commettre des exactions.
XVe s. “Le pape Boniface avoit mis en difficulté à canoniser le roy saint Loys, alleguant que le dit roy saint Loys avoit griefvement exactionné son peuple”, Hist. de la toison d’or, t. I, f° 97, dans LACURNE.

 

 

• 2 novembre 2019
Leçon 1021. – Néologisme durable : journalophobe, 1/3

Nous découvrons aujourd’hui sur la Toile le néologisme journalophobe. Surprenant qu’il soit si peu utilisé.
Une occurrence récente, de mars 2019, de journalophobe ici :

La moutarde journalophobe monte au nez du populo. On se retrouve devant les vitres fumées du canard [l’Indépendant de Perpignan] : « Médias collabos ! »*.

Il y a des néologismes qui expriment un besoin nouveau et éphémère, d’un jour, d’une seule personne, comme exactionnaire (v. la leçon précédente), d’autres un besoin ancien, général et prévisiblement durable, comme journalophobe et celui qui en dérive naturellement, journalophobie.
Notons que la journalophobie a atteint son maximum avec le mouvement des gilets-jaunes. Peu de chances qu’elle diminue, mais de grandes chances qu’elle s’amplifie.
Remarquer aussi le mot collabo dans la citation ci-dessus, de plus en plus populaire à droite comme à gauche ; idem pour résistant (lexique de guerre, atmosphère de guerre).
C’est le mécontentement, c’est la détestation qui monte, aussi les mots en phobe et en phobie seront-ils de plus en plus nombreux.

N. B. Hier une cinquantaine de personnalités appelaient à manifester le 10 novembre contre une des innumérables formes actuelles de la phobie, c’était entre autres Jérôme Rodrigues, gilet-jaune journalophobe ; Philippe Martinez, premier bafouilleur de la CGT ; Jean-Luc Mélenchon, autre journalophobe, de La France insoumise ; Edwy Plenel, journaliste ; Caroline De Haas, « féministe » ; Yannick Jadot, d’EELV...**
Egalement une manifestation*** ce jour devant le siège de la chaîne CNews, accusée de la même phobie.

————
* http://cqfd-journal.org/Du-rond-point-a-la-mise-sous-ecrou

** https://www.liberation.fr/debats/2019/11/01/le-10-novembre-a-paris-nous-dirons-stop-a-l-islamophobie_1760768 (archive : http://archive.is/SQLJ0)

*** rose Mise à jour. Voir https://www.atlantico.fr/decryptage/3582305/connaissez-vous-le-plus-grand-islamophobe-de-france--il-s-appelle-abdelaziz-chaambi-et-il-est-fiche-s--benoit-rayski.

 

 

• 3 novembre 2019
Leçon 1022. – Néologisme durable : journalophobe, 2/3


Le principal problème avec phobe, c’est que ce mot (cet élément de composition, ce formant...) signifie d’abord « peur » et non « détestation ».
Autre problème, phobe psychiatrise la détestation.
Dans la langue des journasots, ces imprécis professionnels heureux, nous ne parvenons pas à savoir ce que signifie islamophobe : « qui a peur de l’islam » ou « qui déteste l’islam » ou les deux à la fois ou tantôt l’un, tantôt l’autre, voire « qui critique l’islam »* ?
L’islamophobie est même parfois qualifiée de « racisme [sic] anti-musulman » dans un dévoiement manifeste du sens d’un mot**.
Si dans journalophobe c’est à l’évidence ou essentiellement la détestation, et non la peur, que l’on veut exprimer, comme dans publiphobe, malgré l’inadéquation du formant phobe, dans islamophobe nous ne savons pas de quoi il retourne précisément ; ce mot a toutefois été accueilli il y a quelques années avec presque de l’enthousiame par les journasots (entre autres), qui en font une consommation excessive (tout nouveau, tout beau ; voyez le succès actuel de féminicide). Mot bancal pourtant, outil mal aiguisé : si c’était une roue nous la dirions « voilée »...
Problèmes de plus en plus fréquents d’ambiguïté avec ce mot de plus en plus employé, car on peut avoir peur d’une chose sans la détester ou la détester sans en avoir peur ou en avoir peur et la détester à la fois.
Il faudrait donc trouver un formant (initial ou terminal) adéquat pour exprimer la détestation : le formant initial mis(o) conviendrait (mis[o] n’est jamais utilisé comme formant terminal en français) ; voyez misogyne, misanthrope...
Ainsi journalophobie, islamophobie... pourraient cohabiter — avec des significations différentes, sans pléonasme, le mot nouveau n’excluant pas l’ancien — avec misojournaliste, misojournalien, misoïslamique, misoïslamien... ; resterait quand même le problème de la psychiatrisation implicite.

Ouh ! que ces mots sonnent mal ! nous dira-t-on. Avec les mots dont on dit qu’ils sonnent mal, le problème est dû en grande partie à leur nouveauté, ensuite on s’habitue — à tout ou presque. Par exemple, il y a d’innombrables mots scientifiques qui sonnent mal, et nous ne sommes pas loin d’affirmer que tous sonnent mal, mais c’est finalement l’utilité d’un mot qui le fait accepter, pas sa sonorité.

Noter qu’il existe bien de la journalophobie au sens de peur, de crainte, de méfiance envers les journalistes, c’est cette peur, cette crainte, cette méfiance (parfaitement rationnelles toutefois et nées de l’expérience) que chacun ressent lorsqu’un journaliste l’interroge, lui tend un micro (en général avec empressement). L’interrogé se dit : « Euh.., que va-t-il rester de ce que j’ai dit ? Comment cela sera-t-il tronqué pour cacher l’essentiel, le plus important de ce que j’ai dit et qui sera considéré comme “politiquement incorrect” ? Et à quoi bon si tout bonnement j’étais entièrement censuré ? » D’où le pli que nous avons pris de leur dire malicieusement : « Je ne réponds pas aux journalistes, ça les instruit », paraphrase d’un mot fameux d’Audiard***.
Comme nous-même, on peut être misojournaliste et journalophobe.

N . B. On notera ce néologisme plaisant, mais logique, de rétorcation : islamophobophobie (« phobie des phobiques de l’islam », « haine envers ceux qui haïssent l’islam »...). L’islam et l’islamophobie est devenu en France le sujet, un sujet plus important que les impôts.

marronnasse Voir la leçon 475, où nous parlons du même sujet.

————
* Le Larousse en ligne définit ainsi islamophobie :

Hostilité envers l’islam, les musulmans.
https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/islamophobie/186470

Un article sur les acceptions ou sur les interprétations du mot islamophobie : http://www.toupie.org/Dictionnaire/Islamophobie.htm. Selon cet article, islamophobie n’a pas de définition unanime. Il cite par exemple cette définition de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (nous n’avons pas encore vérifié) :

Peur qui empêche le contact, l’échange et le dialogue et qui fait de son sujet, le musulman, le bouc émissaire, porteur de tous les maux de la société et du monde, et de l’Islam le fossoyeur de la raison.

Définition enflammée et bavarde, mais qui ne prétend peut-être pas rivaliser avec une définition de dictionnaire.
Voir aussi Gilles Kepel : « Je suis assez dubitatif sur cette notion d’islamophobie » (ici : https://twitter.com/i/status/1191068022686896128).
N. B. Dans l’édition de 2011 du Petit Larousse illustré, le mot islamophobie (et islamophobe) était absent ; nous ne savons pas en quelle année il y est entré (recherche à faire). Il est absent de la dernière édition du Dictionnaire de l’Académie, décision qui nous semble raisonnable compte tenu du flou sur son sens et du fait que le destin de ce mot malformé pourrait être éphémère comme celui d’une mode ; publiphobe, quasi tombé en désuétude malgré l’envahissement de la réclame (on s’habitue, on se résigne, on se tait), est également absent.

** rose Mise à jour du 5 novembre 2019. Ici un flagrant délit d’amalgame. Selon Leparisien.fr, l’islamophobie est un racisme : « Le racisme anti-musulmans en France, le grand malaise », http://www.leparisien.fr/societe/le-racisme-anti-musulmans-en-france-le-grand-malaise-05-11-2019-8187135.php (archive : https://web.archive.org/web/20191106112016/http://www.leparisien.fr/societe/le-racisme-anti-musulmans-en-france-le-grand-malaise-05-11-2019-8187135.php). L’expression vicieuse est reprise ici par un cofondateur de l’association antiraciste Coexister : « Le racisme antimusulman et l’islamophobie forment un terreau dangereux », https://twitter.com/samgrzybowski/status/1192186839534374917 (archive : http://archive.is/oMtGx).
marronnasse Autonote importante : Racisme-anti-musulmans.rtf.

*** « J’ parle pas aux cons, ça les instruit ! »

 

 

• 3 novembre 2019
Leçon 1023. – En projet

Un jour nous répondrons à ces questions : quel crédit doit-on accorder aux définitions des dictionnaires ? sont-ils parole d’Evangile ?
Première réponse : ne surtout pas les idéaliser, prendre garde à ne pas les surestimer.

 

 

• 3 novembre 2019
Leçon 1024. – Néologisme durable : journalophobe, 3/3

Pour être exact et rigoureux, disons que journalophobe est inadéquat pour parler des journalistes et non des journaux. Il nous faudrait deux mots, journalistophobe et journalophobe, voire trois avec journalismophobe.
Cela dit, qui craint les journalistes craint aussi les journaux et le journalisme ; dans 99 % des cas, un seul mot, une sorte de raccourci coupable, mais commode, pourrait donc suffire, et journalophobe pourrait englober les journalistes, les journaux et le journalisme. Si une grande précision s’impose, on veillera à ne pas courir le risque d’être mal compris, et on fera une phrase.
Sommes-nous si pressés que nous ayons besoin d’un mot pour remplacer une phrase ?
Cela dit, il reste le problème essentiel, celui de l’ambigu -phobe.

 

 

• 3 novembre 2019
Leçon 1025. – « Il s’est fait baiser » : Macron est-il représentatif ?

Selon Valeurs actuelles, Macron a déclaré à propos de Julien Odoul dans l’affaire de la « maman » voilée présente dans l’hémicycle du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté : « Il s’est fait baiser. »
Des Français se disent choqués par les propos de Macron, non parce qu’ils sont très grossiers, mais parce qu’ils suggèrent que la femme était une militante et une provocatrice :

« Il s’est fait baiser », lâche-t-il [Macron] dans l’A330, suggérant que la mère de famille était militante.

« Il s’est fait avoir » ou, bien mieux, « Il est tombé dans un piège » sont-ils inconnus du président des Français et, surtout, la langue de Macron est-elle représentative de la langue des Français ?

https://www.lopinion.fr/edition/politique/macron-dans-valeurs-actuelles-l-interview-qui-a-tetanise-l-elysee-201997

rose Mise à jour du 15 novembre
Lexpress.fr :

"On s’est fait niquer ! (...) Si le groupe me le demande, je réclamerai une deuxième délibération", réagissait auprès de l’AFP Joël Giraud [rapporteur général de la commission des finances et député PRG-LREM] dans la nuit de jeudi à vendredi. 

https://www.lexpress.fr/actualite/societe/environnement/huile-de-palme-apres-le-tolle-des-deputes-reclament-un-nouveau-vote_2107401.html

 

 

• 3 novembre 2019
Leçon 1026. – Cubicule le bien-nommé

Encore un néologisme, découvert ce jour.
Un cubicule est à la fois...

... une petite aire de travail de bureau, fermée sur deux ou trois côtés par des cloisons. Celles-ci sont souvent amovibles et d’une hauteur d’environ 1,50 mètres [sic] qui permet de s’isoler lorsqu’on s’assoit mais d’avoir une vue d’ensemble une fois debout. Plusieurs « cubicules » étant ainsi placés dans une vaste pièce, permet [sic] à leurs occupants de travailler ainsi dans un calme relatif, tout en restant en contact permanent avec leurs collègues de travail.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Bureau_%C3%A0_cloisons

... et une chambre funéraire :

Dans les cubicules (du latin cubiculum, grande chambre funéraire) étaient ensevelis les membres d’une même famille ou d’un groupe de la communauté. 

http://romechretienne.fr/catacombes-2.html

Comment ne pas penser à travail, qui est à l’origine un instrument de contention ou de torture (le trepalium) ?

 

 

• 3 novembre 2019
Leçon 1027. – Formation néologique, 1/n

À propos de la formation des néologismes, on se reportera utilement à la discussion entre Lavoisier et ses adversaires sur les néologismes oxigine et hydrogène, malformés et créés par Lavoisier (v. par exemple Structures du vocabulaire savant d’Henri Cottez, extrait ci-dessous).
Noter que Littré semble contester oxygène pour des raisons scientifiques :

oxygène : -oxy [...] et -gène, suffixe, ainsi dit parce qu’on crut d’abord qu’il entrait dans la composition de tous les acides.

gene

 – Structures du vocabulaire savant, Henri Cottez.

 

 

• 3 novembre 2019
► Interclasse*. – Dépenser plus pour dépenser moins

Dépenser plus pour dépenser moins, une très intéressante vidéo de France 2 (une fois n’est pas coutume), un condensé du chaos ordinaire par Frédéric Vion :
https://www.facebook.com/PutainMaisCestPasPossible/videos/2473028603021769/.

————
*
Les interclasses ne traitent pas de la langue, ils ne sont pas des leçons, ils sont hors sujet, ils ne sont donc pas numérotés.

 


• 4 novembre 2019
Leçon 1028. – Formation néologique, 2/n

Littré :

-gène, suffixe
Élément de composition qui, employé dans le langage scientifique, signifie « engendrant » : hydrogène, « engendrant l’eau » ; mais qui est mal employé et provient d’une erreur, puisqu’en grec le suffixe γενὴς signifie, au contraire, « qui est engendré ».

(N. B. Sont de nous les guillemets et le romain pour les significations.)

Voir plus haut Henri Cottez, qui dit la même chose : -gène n’a « jamais eu un sens actif ». Sur cette base, on dira, par exemple, que psychogène est bien formé : une maladie psychogène est en effet une maladie engendrée par le psychisme, elle n’agit pas sur le psychisme (sens actif), mais elle est agie, comme disent certains philosophes, par le psychisme (sens passif).
Cancérigène, cancérogène, carcinogène, oncogène, où -gène a un sens actif (« qui provoque », etc.), sont malformés, comme nombre d’autres mots dits savants.
Qu’en disent l’Académie de médecine et son dictionnaire (lequel, soit dit au passage, comporte de nombreuses coquilles vénielles, v. la leçon suivante) ?
L’édiction d’une règle, d’une recommandation aux créateurs de néologismes médicaux ne serait-elle pas utile pour éviter les équivoques ? Si oui, quel formant proposer à la place ?

roux Attention, l’Académie de médecine, ou Académie nationale de médecine, ne fait pas partie de l’Institut de France. Nous avons jusqu’à aujourd’hui confondu Académie de médecine et Académie des sciences de l’Institut de France : seule l’Académie des sciences fait partie de l’Institut de France (qui comprend cinq académies, dont l’Académie française ; curieuse appellation au demeurant, car les quatre autres académies de l’Institut sont françaises également ; une appellation plus adéquate serait donc Académie du français ou Académie de la langue française).
Tout membre d’une académie peut être appelé un/une académicien/ne, mais n’est pas obligatoirement un membre de l’Institut, ou Institut de France.

 

 

• 4 novembre 2019
Leçon 1029. – Formation néologique, 3/n

À la décharge de l’Académie de médecine, la lexicographie, l’établissement d’un dictionnaire n’est, à notre connaissance, qu’une activité annexe et non obligatoire (non prévue par les statuts de 1820) pour ses membres, qui manifestement ne bénéficient pas d’un service du dictionnaire ni de relecteurs professionnels oxyopiques* comme leurs confrères de l’Académie française.

Les deux premières coquilles du Dictionnaire de l’Académie de médecine qui nous sont tombées sous l’œil ce jour à l’occasion de recherches pour la leçon précédente :

cancérogène adj.
[...] Syn. carcinogéne [pour carcinogène]

psychogène adj.
[...] Des évènements [...] de la vie sociale tel que le chômage sont dits psychogènes [pour tels que le chômage].

Trouvé aussi quelques maladresses d’expression comme celle-ci :

pharmacologie n.f.
[...] Science multidisciplinaire des médicaments et des substances d’origine exogène, dites xénobiotiques, susceptibles d’utilisations thérapeutiques, étude qui correspond à plusieurs disciplines pharmaceutiques : chimie thérapeutique, pharmacognosie, pharmacotechnie, toxicologie pro parte**

« D’origine exogène » est un pléonasme, il eût fallu écrire tout simplement « des substances exogènes » ou, autre possibilité, « des substances exogènes à l’organisme ».

Précisons-le, la difficile tâche d’établir un dictionnaire médical est d’autant plus méritoire de la part de l’Académie de médecine qu’elle ne lui est pas obligatoire ; rares sont les gens qui en font plus qu’on ne leur demande, mais nombreux sont ceux qui en font moins (suivez mon regard : l’Académie française, qui n’a pas publié de dictionnaire complet depuis 1935, soit depuis quatre-vingt-quatre ans...).

————
* Dont l’acuité visuelle est supérieure à la normale (faudrait-il dire mieux oxyopsie, donc oxyoptiques ?).

** http://dictionnaire.academie-medecine.fr/index.php?q=pharmacologie

 

 

• 4 novembre 2019
Leçon 1030. – Formation néologique, 4/n

À noter.
Un colloque intitulé « Pour des sciences en français et en d’autres langues » aura lieu le vendredi 15 novembre 2019 à l’Institut de France ; nous avons sollicité une invitation pour y assister, en auditeur ; pas sûr que nous soyons bien vu à l’Institut (nous n’avons pas dit que du bien de l’Académie française, en particulier à propos desdites « rectifications de l’orthographe »), nous sommes probablement trop emporté, trop indocile et discordant, trop impatient — sans parler de notre carte d’identité réticulaire trop racoleuse, trop accrocheuse et polémique : LesMediasMeRendentMalade.fr ! comment le sage Institut nous prendrait-il au sérieux sans perdre un peu de sa crédibilité* ?
« Et en d’autres langues » nous intrigue : il ne s’agit donc pas de promouvoir en particulier le français.

Extrait du programme, table ronde numéro 4 :

Le français, langue vivante des sciences et de la recherche ?
Les scientifiques et leurs publics sont-ils de bons plurilingues (y compris en français) ? La qualité de la transmission des savoirs est questionnée. Dans le même temps [sic !], comment permettre à la langue française de continuer à exprimer toute la complexité du monde ?
Intervenants
— Natalie Kübler, Linguiste, Université de Paris
— Yap Boum II, Microbiologiste, Epicentre/Médecins sans frontière, Yaoundé
— Gilles Falquet, Informaticien, Université de Genève
— Rainer-Enrique Hamel, Sociolinguiste, Université autonome métropolitaine de Mexico
Modératrice
— Ginette Galarneau, Présidente-Directrice générale de l’office québécois de la langue française

Il n’est pas dit qu’on y parlera de néologie, cependant des questions sur la néologie médicale pourront être posées par le public lors des tables rondes.

————
* Le détestable discours de Macron à l’Institut de France du 20 mars 2018 dont nous avons longuement rendu compte fut selon nous un soufflet public à la respectabilité de cette institution, soufflet qu’elle subit muettement et patiemment — à moins que dans sa sagesse proverbiale elle n’en ait ri abondamment en coulisse. (Voir notre analyse approfondie en vingt-deux leçons à partir de la leçon 588.)

 

 

• 4 novembre 2019
Leçon 1031. – Formation néologique, 5/n

• Autre mot en -gène bien formé : exogène (« qui vient de l’extérieur », passif) ; autre malformé : pathogène (« qui crée une maladie », actif ; et non « qui vient d’une maladie », « qui est causé par une maladie », passif).

• À voir sur le site de l’Académie de médecine l’article intitulé « Mise à jour du vocabulaire médical », qui aborde des problèmes de néologie : http://www.academie-medecine.fr/mise-a-jour-du-vocabulaire-medical-2/ (des choses intéressantes).

 

 

• 4 novembre 2019
Leçon 1032. – Formation néologique, 6/n

Un instant de détente, s’il vous plaît !
Extrait du rapport d’activité 1991-2001 de la Commission de la langue française sur le site de l’Académie de médecine* :

En 1998, le ministère de la Santé a demandé un avis sur la féminisation des mots désignant des professions de santé, notamment fallait-il écrire consœure, docteure ? Dans sa séance du 15 juin 1988 le Groupe de travail a fait remarquer que les noms féminins en eur ne prennent en général pas d’e : ex. fleur, peur, sœur, erreur, grandeur, humeur, lourdeur, pudeur, douleur, etc. En conséquence, la proposition a été rejetée.

Féminiser un nom féminin, consœur... Certainement quelque néo-bachelier stagiaire au ministère de la Santé. Très zélé néanmoins.

————
* http://www.academie-medecine.fr/rapport-dactivite-de-la-commission-de-la-langue-francaise-1991-2001/

 

 

• 4 novembre 2019
Leçon 1033. – Le risque diœkétique

Le mot diœkétique vient du grec dioikêsis, « administration », il a la même étymologie que diocèse.

Définition du Dictionnaire de l’Académie de médecine :

diœkétique (risque)
[...] Facteur de risque d’accident introduit par une règlementation inadaptée.
P. ex. : le règlement de Colbert obligeait les formations médicales à se tenir à plus de 2 lieues du champ de bataille. Lors du siège de Spire (1792), Dominique Larrey, violant ce règlement, démontra que l’on réduisait de plus de moitié la mortalité des blessés en les soignant immédiatement sur le champ de bataille. [...]

Prononcer diékétik (il y a des marchands de vin[s] qui disent eunoloji pour « œnologie », des prêtres qui disent eucuménic pour « œcuménique », des psychanalystes qui disent eudipe pour « Œdipe », des médecins qui disent eudème pour « œdème », euzofaje pour « œsophage », mais pas encore feutusse pour « fœtus »*). rose Mise à jour. Voir la leçon 1053 ci-dessous.
Inutile de dire que, dans le « nouveau monde » de Macron, le risque diœkétique dans chaque domaine de la vie en société (mode de vie, culture, environnement, emploi, retraite, santé, honnêteté publique, sécurité des personnes et des biens...) est maximal.

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* rose Mise à jour. Le plug-in Read Aloud ne fait pas mieux que les marchands de vins(s), les prêtres et cetera.

 

 

• 4 novembre 2019
Leçon 1034. – Hourra pour Sylvain Tesson qui remporte le prix Renaudot

Un prix sûrement mérité. Nous n’avons pas lu le livre primé, mais nous connaissons un peu l’homme par deux de ses livres (leçon 836) et via YouTube par quelques-unes de ses apparitions sur des plateaux de télévision.
Ça nous change radicalement des benêts primés par l’académie Goncourt.

https://www.lefigaro.fr/livres/sylvain-tesson-remporte-le-prix-renaudot-eric-neuhoff-recompense-dans-la-categorie-essais-20191104

 

 

• 4 novembre 2019
Leçon 1035. – Mots dévoyés : appeler chat un tigre

Lefigaro.fr :

Chanteloup: Édouard Philippe dénonce «une petite bande d’imbéciles et d’irresponsables»*

Edouard Philippe qualifie une bande de voyous et d’incendiaires (l’incendie volontaire est un crime) d’« imbéciles » et d’« irresponsables » et, le plus risible, c’est qu’il ose appeler ça « un message de fermeté ».
On remarquera aussi le terme édulcorant petite : « une petite bande ».

À chacun les bras lui en tombent.
On se souvient que, il y a peu, on osa qualifier de « trublion » un homme armé qui avait tenté de pénétrer dans deux établissements scolaires (voir la leçon 421 de février 2018) : journasots et gouvernards appliquent la consigne de minimisation jusqu’à la caricature.
La Macronie est dans une situation désespérée, irrattrapable : elle avance comme un robot en titubant vers sa perte.

—————
* L’article et la vidéo : https://www.lefigaro.fr/flash-actu/chanteloup-edouard-philippe-denonce-une-petite-bande-d-imbeciles-et-d-irresponsables-20191104.

 

 

• 5 novembre 2019
Leçon 1036. – Formation néologique, 7/n

Henri Cottez dans sa trop sèche introduction (un casse-tête) de Structures du vocabulaire savant décrit la méthode de formation des néologismes savants à partir du grec et du latin, mais il ne propose pas de solution désambiguïsante pour -gène ni pour -phobe.

Pourrait-on utiliser misie en formant terminal ? question à poser aux philologues, mais a priori rien de sérieux ne s’y oppose*, ainsi l’orthophilie (qui pourrait signifier au propre ou au figuré « le goût pour ce qui est droit », « la tendance à pousser droit », « la tendance à se redresser » et cetera) pourrait-elle s’opposer à l’orthomisie. Petit écueil, si on dira facilement un orthophile, on trouvera artificiel et emprunté un orthomisien : passons, la chose est secondaire, c’est encore là une question d’accoutumance, d’acclimatation, d’habitude, vite prise.

Disons pour faire court qu’il existe en grec d’autres verbes que misein pour dire « détester », « haïr » et autres synonymes ; surtout il existe nombre de verbes en latin (abhorrere, abominare, detestare, execrari, horrere, odire**...) ; de quoi faire des formants comme abhorr(o), abomin(o), détest(o), exécr(o), horr(o), odi(o)... Noter que les formants issus du latin sont autrement plus transparents que ceux issus du grec.

————
* En passant de formant initial à formant terminal, mis(o) passerait-il aussi de formant actif (« qui hait le formant qui suit ») à formant passif (« qui est haï par le formant qui précède ») ? rose Mise à jour. Voir la leçon 1045 ci-dessous, -fuge.

** Odire, « haïr » : voir le français odieux, « qui suscite la haine ».

 

 

• 5 novembre 2019
Leçon 1037. – Formation néologique, 8/n

roux « Pas de solution désambiguïsante », écrivions-nous ci-dessus. Désambiguïser est un néologisme, un mot rare et récent dont chacun s’accordera à dire qu’il a un faux air de petit laideron bouffi, pourtant on ne peut pas dire qu’il est inutile.
Imaginez-vous disant : « Messieurs, il faut désambiguïser vos discours ! » La plupart de vos interlocuteurs entendant le mot pour la première fois, ils auront beau jeu de vous rétorquer : « Soyez simple ! »
[Ici un temps de réflexion.]
« Peut-être ne serait-il pas inutile que nous rappelassions à nos éventuels lecteurs ce que signifie rétorquer », nous disions-nous..., mais, surprise ! nous découvrons — et c’est, pour finir, à nous que s’adresse cette leçon 1037 (ce qui est très souvent le cas, pour la raison que nous nous astreignons à vérifier et à revérifier presque tout ce que nous écrivons et à rectifier s’il est besoin) — que le sens vrai de rétorquer est considéré par le Dictionnaire de l’Académie comme vieilli :

rétorquer
[...] Emprunté du latin retorquere, « tourner en arrière, tordre vers l’arrière », lui-même composé du préfixe re‑, qui marque le retour en arrière ou l’intensité, et de torquere, « tordre, tourner ».

1.  Vieilli. Au cours d’une discussion, d’un débat, retourner contre son adversaire les arguments, les preuves qu’il a utilisés. 
[...]
2.  Par extension. Répondre, répliquer en manifestant son désaccord avec vivacité et assurance. 
[...]

« Par extension », dites-vous !
Nous dirons « Par extension fautive et très regrettable » ; on peut même dire « faux-sens ».
Et quel autre mot pour le remplacer ? Mille diables ! qu’on ne vienne plus nous parler du conservatisme de l’Académie ni de son immobilisme coupables !
En tout état de cause, voilà ce qu’on appelle un néologisme de sens, qui s’oppose au néologisme de forme.
Et pourquoi un pluriel : « retourner contre son adversaire les arguments, les preuves qu’il a utilisés » ? Il n’y aurait pas rétorcation si l’on ne retournait qu’un seul argument ou qu’une seule preuve ? Deux singuliers s’imposent donc.
On commettrait le même type de faute en écrivant : « retourner contre ses/des adversaires ».
Deux raisons (« vieilli » et les deux pluriels), parmi d’autres, d’avoir des doutes sur la qualité de ce dictionnaire — nous n’irons pas toutefois jusqu’à dire désinvolture, mais plutôt manque de rigueur. Voir entre autres la leçon 915 (1/9) et les huit autres sur la définition du mot alcoolémie.
Le Petit Larousse illustré de 2011 va plus loin, il ne recense même pas la première et originelle acception ; le Petit Robert de 1988, lui, donne les deux acceptions, dont la première, précédée de la mention « Littér. ».
Enfin, si nous nous basons sur la définition du Petit Larousse illustré de 2011, « rétorquer la même chose » n’est plus un horrible pléonasme.
Résumons, la première acception semble condamnée à mort, mais quand on sait que les dictionnaires ont tendance à s’entrespionner, à s’entrecopier et à s’entre-influencer, il n’est pas interdit de douter de la validité de certaines définitions.

roux À quel âge un néologisme perd-il sa qualité de néologisme ? à dix ans, vingt ans, trente ans ?
Paradoxe : s’il n’est pas accepté par l’usage, un mot pourra garder sa qualité et sa fraîcheur de néologisme pendant des siècles. Il en est ainsi, par exemple, de néologismes créés au XVIIIe ou au XIXe siècle ; parmi mille autres, bourrasquer, céladonisme, compatriotisme, crépusculin, déconclu, insurgerie...
Sous Littré, agriculteur était un néologisme : on disait surtout cultivateur, mot qu’on n’entend plus... (Agriculteur a un sens plus large que cultivateur, et cultivateur semble aujourd’hui quasi réservé aux machines pour travailler la terre.)
Quant à agricultrice, chose surprenante, le fameux Dictionnaire des difficultés de la langue française (chez Larousse) d’Adolphe V. Thomas, que connaissent tous les correcteurs de la francophonie, disait encore dans son édition de 1971 :

agriculteur n’a pas de féminin correspondant : Cette femme est un des plus importants agriculteurs de la région.

Voir « Laboureur, cultivateur, agriculteur, céréalier ou éleveur… : ce que l’évolution des mots nous dit de l’évolution de la société française », https://www.atlantico.fr/decryptage/3566725/laboureur-cultivateur-agriculteur-cerealier-ou-eleveur---ce-que-l-evolution-des-mots-nous-dit-de-l-evolution-de-la-societe-francaise-denis-lefevre.

 

 

• 5 novembre 2019
Leçon 1038. – Le retour de Gilles Colin et ses bonnes adresses

• Gilles Colin a annoncé en septembre 2018 la fin de sa lettre d’« actualités impertinentes » de la langue française (leçon 546). Surprise, il est rené sur cette page : https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/actualites-de-la-langue-francaise-218845.

• Le gros problème avec le Dicthographe de Gilles Colin, c’est qu’on s’y perd, c’est un labyrinthe.
Voici une adresse à partir de laquelle on pourra naviguer vers les actualités de la langue entre autres :
https://sites.google.com/site/journaldudicthographe/.

 

 

• 6 novembre 2019
Leçon 1039. – À propos, qu’est-ce que le macron ?

Le macron, ou accent plat, est un signe diacritique qui se place au-dessus d’une lettre.
Nombreux détails ici : https://fr.wikipedia.org/wiki/Macron_(diacritique)#Français.

Contrairement au Macron, le macron rend moult de services (ou moult services).

 

 

• 7 novembre 2019
Leçon 1040. – Un néologisme monstrueux selon l’Académie

Court article sur le site du Dictionnaire de l’Académie : se défriender.

 

 

• 7 novembre 2019
Leçon 1041. – Il en va de/Il y va de : une anaphore ratée

Extrait de la tribune de Liberation.fr appelant à une manifestation contre l’islamophobie le 10 novembre :

Il en va des libertés fondamentales de tous. Il en va de la dignité et de l’intégrité de millions de concitoyens. Il en va de notre unité à tous, contre le racisme sous toutes ses formes qui, aujourd’hui, menace une nouvelle fois la France.

C’est « Il y va » que trois fois il fallait écrire.
L’anaphore met en valeur un ou plusieurs mots placés en début de phrases, le résultat est très contre-productif quand le mot ou les mots sont inadéquats.
Il en va de/Il y va de, voir aussi entre autres la leçon 269.

————
* https://www.liberation.fr/debats/2019/11/01/le-10-novembre-a-paris-nous-dirons-stop-a-l-islamophobie_1760768 (archive : http://archive.is/jGevs)

 

 

• 7 novembre 2019
Leçon 1042. – Formation néologique, 9/n

Adéquation des termes.
Sur le conseil d’un spécialiste de la question néologique, nous avons remplacé les mots préfixe et suffixe dans les leçons ci-dessus par les mots formant initial, formant terminal ou formant tout court, car ces éléments servent à former « un type de composés et pas de dérivés », nous dit-il. « Formant » est d’ailleurs le terme qu’utilise Henri Cottez : voir la photo de la leçon 1027 ci-dessus ; un terme récent issu des études linguistiques du siècle dernier. On remarquera que Littré utilise le mot suffixe (voir les leçons 1027 et 1028 ci-dessus) pour -gène.

 

 

• 8 novembre 2019
Leçon 1043. – Les curseurs du novlangue

D’un côté on baisse les curseurs, et la délinquance est appelée incivilité ; de l’autre côté on les monte : islam, islamisme, islamisme radical* (voir par exemple la leçon 30), mais le but est le même — dédouaner les gouvernards incapables ou volontairement inertes —, et l’écart sans cesse se creuse entre le réel et les mots censés le décrire.
Le novlangue est un pourvoyeur de néologismes par le sens (penser aussi à diversité, à sensible dans l’expression « banlieue sensible » et cetera).
On peut dire que le novlangue enrichit la langue, mais c’est regrettablement en lui apportant des acceptions parasites et artificieuses : de la mauvaise graisse, pas du muscle.

* rose Mise à jour. Marine Le Pen le 9 novembre 2019 : « le fondamentalisme islamiste » (et non « le fondamentalisme islamique » si nous avons bien entendu) : https://twitter.com/i/status/1193104633641734144.
marronnasse Autonote : BFMTV - Marche contre l’islamophobie Marine Le Pen fustige le soutien et la trahison de Jean-Luc Mél.mp4.

 

 

• 8 novembre 2019
► Interclasse*. – Appel des sapeurs-pompiers de Toulouse-Lougnon

Les sapeurs-pompiers de Toulouse-Lougnon vous invitent à manger des crêpes et à boire un café avec eux tout en discutant des raisons de leur colère :
https://www.facebook.com/comitedesfetes.pompiers/photos/pcb.1218604934991944/1218601938325577/?type=3&theater.
C’était hier, mais il reste peut-être des crêpes.

————
*
Les interclasses ne traitent pas de la langue, ils ne sont pas des leçons, ils sont hors sujet, ils ne sont donc pas numérotés.

 

 


• 8 novembre 2019
Leçon 1044. – Nouvelles intonations et façons de dire

Uniquement chez les jeunes et chez les jeunes adultes, pour mettre en valeur un mot on ne se contente plus de mettre l’accent tonique sur la première syllable, on l’allonge très sensiblement ; exemple : « C’est iiiiiinterdit ! » ; parfois avec un net raclement de gorge quand la première syllabe, un r, le permet : « C’est RRéééééépugnant ! C’est RRéééééédhibitoire ! »
La situation idéale est donc d’avoir sous la main un mot commençant par r : déplacement de l’accent tonique + allongement de la syllabe + raclement sonore proche du j espagnol, la jota. (L’effet est assez laid.)
On peut imaginer que des locuteurs ayant compris (ayant imprimé, ayant percuté ou ayant percuté grave) le truc trouveront bon d’ajouter un r aux mots commençant par une voyelle : « C’est RRiiiiiinterdit ! » (on a vu pire dans le domaine des modes, qui aujourd’hui se diffusent, se répandent très vite ; combien en a-t-on vu naître et mourir !).

• Vieille pratique, peut-être déclinante, découper lentement, mais avec force le mot en syllabes : « C’est in-ter-dit ! »

 

 

• 8 novembre 2019
Leçon 1045. – Formation néologique, 10/n

Le formant terminal fuge (le « suffixe fuge » dirait Littré)...

hydrofuge, vermifuge, « qui refuse l’eau, qui lui fait barrière », « qui tue ou fait fuir les vers »

... alors que...

lucifuge, « que la lumière fait fuir » (et non « qui fait fuir ou repousse la lumière »)

Vice dans la composition ou manque de rigueur donc*.

La définition de Littré peut faire illusion...

lucifuge [...]
Terme de zoologie. Qui fuit la lumière.

... mais « fuir la lumière » c’est être repoussé par elle ; ce n’est pas agir sur elle ni lui faire barrière, mais être agi par elle.

————
* rose Mise à jour. Lucifugus, « qui fuit le jour », est présent chez Gaffiot, on le trouve dans Virgile. Hydrofuge, gréco-latin, n’est pas chez Gaffiot, il semble être de création moderne et scientifique ; vermifuge également absent.
Noter ce synonyme de luciguge : photophobe.

 

• 9 novembre 2019
Leçon 1046. – Mélenchon puissant dans la contre-attaque verbale

Sur Twitter Jean-Luc Mélenchon écrit* :

À Peña-Ruiz qui bavarde amicalement avec Zemmour et me laisse traiter d’islamo-gauchiste. Ses amis Chassaigne et Brossat qu’il a soutenu [sic] aux européennes seront à la marche le 10 novembre. Le sectarisme ne mène pas plus loin que sur ce plateau indigne.

Puissant, Mélenchon, dans la contre-attaque verbale, aussi fort que Jean-Marie Le Pen : on ne peut leur retirer ça.
On appréciera le « qui bavarde amicalement », le « me laisse traiter » et surtout la phrase finale. À ce niveau, c’est de l’art.

————
* https://twitter.com/JLMelenchon/status/1192796104183730176

 

 

• 9 novembre 2019
Leçon 1047. – Comique de répétition orthographique

Comique de répétition : il y a une expression que nous rencontrons depuis quinze ans une fois par trimestre environ dans les commentaires de la Toile et qui naguère nous faisait à peine sourire, mais qui, par sa répétition, toujours inopinée, nous met en joie, c’est « les pays du golf ».

 

 

rose Mise à jour de la leçon 1045 ci-dessus.

 

 

• 10 novembre 2019
Leçon 1048. – Formation néologique, 11/n

roux C’est le XXe siècle qui a été le grand pourvoyeur de mots en -phobe. Ainsi Littré ignore-t-il les mots agoraphobe, claustrophobe, germanophobe, hygrophobe, xénophobe, etc.
Il connaît anglophobe (néologisme, « qui a horreur des Anglais ») et hydrophobe (terme de médecine, « celui, celle qui a les liquides en horreur » et, « par extension, comme l’horreur des liquides est un symptôme de la rage, [il signifie aussi] “enragé” »).
L’hydrophobie du malade de la rage est-elle une peur irrationnelle ? En dehors de celle des malades de la rage, nous doutons de l’existence de l’hydrophobie, abstraction faite, entre autres, de la peur rationnelle de se noyer chez les gens qui ne savent pas nager.

roux On trouve hydrophobia chez Gaffiot, le mot est emprunté du grec. C’est, semble-t-il, la psychopathologie qui a fait du grec -phobia, qui ne signifiait que « peur » (il est des peurs non irraisonnées et saines), un synonyme de « peur irraisonnée et morbide ». Ce serait donc la discipline de la psychopathologie qu’il faut accuser d’avoir galvaudé le formant -phobe (on ne trouve pas le substantif phobie chez Littré). À partir de ces éléments, quelles conclusions tirer ?
Le sujet commence à nous échapper un peu, trop complexe peut-être ou mal posé.

 

 

• 11 novembre 2019
Leçon 1049. – « C’est dommage » : langue de bois et minimisation

Leparisien.fr* :

[Titre] OM-OL : Jean-Michel Aulas dénonce « une cité de non-droit » et l’arbitrage
[Texte] Le bus de l’OL, qui affichait les couleurs du club, a été pris pour cible par des supporters marseillais. Visées par des projectiles, deux de ses vitres latérales ont explosé. En mai, le bus lyonnais avait déjà été caillassé. [...] « Quand on casse sur commande pour impressionner, c’est dommage, poursuit-il sur Canal +. »

Ajoutons : s’agissait-il seulement d’« impressionner » ? Ce terme n’est-il pas inadéquat car minimisant lui aussi ?
Une société qui a peur de tout et qui minimise tout pour ne pas reconnaître sa peur.

————
* http://www.leparisien.fr/sports/football/om-ol-jean-michel-aulas-denonce-une-cite-de-non-droit-et-l-arbitrage-11-11-2019-8190603.php

 

 

• 11 novembre 2019
Leçon 1050. – « Les pays du Golfe » et autres abus de langue, 1/2

« Les pays du Golfe », appellation trompeuse, puisqu’elle n’englobe pas, entre autres, l’Iran, deuxième plus grand pays de la région après l’Arabie saoudite : six pays s’approprient donc tout le golfe Persique comme les habitants des Etats-Unis s’approprient tout le continent américain en s’auto-appelant « les Américains », idem pour l’Union européenne qui s’auto-abrège en « l’Europe » (voir les notes 318 à 321, de juin 2008, et notre question à Jean-Pierre Jouyet « secrétaire d’Etat aux Affaires européennes », question qui ne reçut jamais de réponse ; le blogue de Jean-Pierre Jouyet a d’ailleurs disparu de la Toile : archiver, il faut donc archiver).

 

 

• 11 novembre 2019
Leçon 1051. – « Les pays du Golfe » et autres abus de langue, 2/2

Après recherche dans nos archives, voici une copie d’écran d’une de nos interventions (sous le pseudonyme de swbr35) du 25 juin 2008 sur le blogue aujourd’hui disparu de Jean-Pierre Jouyet :

jouyet

La copie d’écran a été faite le 27 juin 2008.
« Il faut bien évidemment [...] sans les peuples ! » est une phrase extraite de l’article de Jouyet sur le référendum irlandais du 12 juin 2008, qui avait joyeusement rejeté le traité de Lisbonne.
Onze ans plus tard nous retiendrons de ce que nous écrivîmes : « Peut-on interchanger des mots qui ne sont que voisins, et qui ne sont pas synonymes ? » et « Il y a ici un [...] problème de lexique ».
marronnasse Autonote : Archives Jouyet.

 

 

• 12 novembre 2019
Leçon 1052. – L’illettrisme à l’UNEF, suite
*

Mélanie Luce, « présidente de l’@UNEF » et « étudiante en droit à @AssasParis2 » :

Invitée à intervenir sur @CNEWS ce soir je n’irais [sic] pas.
Je n’irais [sic] pas car l’@UNEF ne peux [sic] pas intervenir sur cette chaîne comme si Eric Zemmour n’y était pas un chroniqueur, comme si il [sic] n’avait pas appelé au meurtre des musulman•e•s « et même » des juif•ve•s [sic]**.

« Des juif•ve•s » ne veut rien dire en inclusif. Mieux : « des jui•f•ve•s » ou « des jui•ve•f•s ».
Et que veulent dire ces guillemets : « et même » ?
Pour le fond, on notera que Zemmour aurait appelé au meurtre sur CNews...

————
* Voir le consternant dossier de presse de l’UNEF de 2018 sur Parcoursup dans les leçons 450 et 451 ; nous écrivions alors : « Les étudiants qui ont écrit ce texte ne devraient pas être à l’université, ils devraient être à l’école penchés sur une grammaire française ou sur un dictionnaire. »
** https://twitter.com/luce_melanie/status/1193990636518739976

 

 

• 13 novembre 2019
Leçon 1053. – Une liste de mots contenant un œ se prononçant é ou è

roux Les mots contenant un œ se prononçant é ou è sont bien plus nombreux qu’on ne le pense.
Voici par exemple la liste des mots commençant par ce œ prononcé é ou è chez Littré :

• œcie
• œcodome
• œcophore
• œcos
• œcuménée
• œcuménicité
• œcuménique
• œcuméniquement
• œdémateux
• œdématie
• œdématié
• œdématier
• œdème
• œdémère
• œdicnème
• Œdipe
• œdipode
• œnanthal
• œnanthe
• œnanthine
• œnanthique
• œnanthylle
• œnéléon
• œnochoé
• œnogala
• œnolé
• œnologie
• œnologique
• œnologiste
• œnomancie
• œnomanie
• œnomel
• œnomètre
• œnométrie
• œnométrique
• œnophile
• œnophobe
• œnophobie
• œnophore
• œnothère
• œnotherme
• œnothionique
• œonie
• œsophage
• œsophagien
• œsophagisme
• œsophagite
• œsophagotomie
• œstre
• œstrides
• œstromanie

À cette liste de cinquante et un mots il faudrait ajouter la liste des mots contenant un œ non initial se prononçant é ou è comme cœlacanthe, diœkétique (v. la leçon 1033 ci-dessus), fœtus, pœcile, synœcisme... ainsi que la liste des mots non recensés par Littré commençant par un œ prononcé é ou è : œstradiol, œstral, œstrogène, œstrone, œstrus...

roux Dictionnaire de l’Académie, é/è :

• CŒLACANTHE ( se prononce )
Peut s’écrire cœlacanthe ou célacanthe, selon les rectifications orthographiques de 1990.
• ŒSTRE (œ se prononce è)

roux Penser entre autres aux mots œcologie et œconomie devenus écologie et économie.

 

 

• 13 novembre 2019
Leçon 1054. – Œstre ou ne pas œstre

Littré :

• œstre
(è-str’) s. m.
1 Genre d’insectes à deux ailes [...]  ; ils piquent violemment le bétail.
2 Fig. Violente impulsion, excitation. “Là, me livrant à tout l’œstre poétique et musical, je composai rapidement en sept ou huit heures la meilleure partie de mon acte”, Rousseau, Confess. VII.
ÉTYMOLOGIE
Οἶστρος, œstre, et passion violente.

Dictionnaire de l’Académie :

œstre
(œ se prononce è) nom masculin
[...]
ENTOMOLOGIE. Grosse mouche dont la femelle dépose, sous la peau ou dans les fosses nasales de certains animaux herbivores, des œufs qui donnent naissance à des larves parasites. Œstre du cheval, du mouton.

(Rien de surprenant que l’acception « violente impulsion, excitation » ne soit pas recensée par le Dictionnaire de l’Académie actuel, car aujourd’hui inusitée ; elle était déjà absente de la huitième édition.)

 

 

• 13 novembre 2019
Leçon 1055. – Attention ! Lepoint.fr s’énerve

Fabien Roland-Lévy dans Lepoint.fr :

Esther Benbassa maîtris[e]* six langues [...]. Depuis qu’elle est allée sur les plateaux télé se justifier sur l’affaire de l’étoile jaune, on sait qu’elle en parle couramment une septième : la langue de bois islamo-gauchiste.

Lepoint.fr s’énerve tandis que la rue s’exaspère.

————
* En quinze ans le mot grandiloquent maîtriser a envahi les conversations des élégants et les articles des journasots. On ne dira plus « il parle six langues », « il connaît six langues », « il connaît bien la plomberie » et cetera ; non, il maîtrise tout cela.
Pour nous maîtriser, c’est « être maître de ». Quel francophone cultivé peut, par exemple, prétendre « maîtriser le français » ?

 

 

• 14 novembre 2019
Leçon 1056. – Langue de bois, une nouvelle pause

Après le « Il s’est fait baiser » du président Macron*, voici le « Qu’il ferme sa gueule » du général Georgelin** :

Quant à l’architecte en chef des monuments historiques [...], je lui ai expliqué plusieurs fois qu’il ferme sa gueule.

————
* V. la leçon 1025 ci-dessus.

** Vidéo à https://twitter.com/LCP/status/1194669020131278849. Voir aussi https://www.lepoint.fr/societe/notre-dame-le-general-missionne-par-macron-recadre-violemment-l-architecte-en-chef-14-11-2019-2347343_23.php.
(Georgelin a été nommé par Macron « préfigurateur [sic] de l’établissement public chargé de la conservation et la restauration de la cathédrale Notre-Dame de Paris », une préfiguration qui présage mal.)

 



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