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« Les Rectifications de l’orthographe » de 1990 (RO),
analyse et critique d’une réforme

 

• 17 février 2016
Leçon 118. – RO, 1. A propos des « Rectifications de l’orthographe » (RO)

Certains parlent d’époussetage orthographique, mais cette « réforme » (que doit-on dire ? « réforme », « recommandations », « propositions », « nouvelles règles », « simplifications », « tolérances », « uniformisations » ? je préfère « modifications »), cette « réforme » pique quand même les yeux, et ne passe pas du tout inaperçue (voir note 1).

Ainsi je lis sur le blogue d’une institutrice (voir note 2) défendant, prônant et pratiquant très résolument, voire farouchement ladite « nouvelle orthographe » (expression méliorative, donc un peu prétentiarde, qui s’oppose explicitement à « ancienne orthographe », lequel vaut presque un « orthographe agonisante » ou un « orthographe morte et enterrée ; et c’est tant mieux, vive le progrès » ; voir le document ci-dessous extrait des « Rectifications de l’orthographe »), je lis donc, disais-je, sur le blogue d’une institutrice : « s’il vous plait » et « nivèlement par le bas » (!) et, sur le site officiel (voir note 3) Education.gouv.fr, écrit en « nouvelle orthographe » et destiné aux instituteurs, « la maitrise des langages » (!).
Quelle effroyable ironie du sort quand des modifications portent sur des mots tels que « nivèlement » ou « maitrise » ! Comment ne pas avoir le rire facile et le triomphe facile quand on est un opposant partiel ou entier à cette « réforme » ! Mais nous n’aimons pas ici les choses faciles.

                                            « Les rectifications de l’orthographe » (voir note 4).

« Quatre pour cent de modifications, soit 2 400 graphies modifiées » (voir note 5), nous disent les médias, qui ajoutent : « c’est donc peu », mais ils oublient – entre autres choses – de souligner que, dans ces 4 % (sont-ils calculés sérieusement, ces 4 % ? et sur quel corpus ?), il y a des mots très usités, comme « août », « boîte », « brûler », « bûche », « cahin-caha » (qui deviendrait « cahincaha »), « clopin-clopant » (qui deviendrait « clopinclopant » ; ici je ne reconnais pas immédiatement le mot initial, et je me demande d’abord s’il est question de clope, c’est-à-dire de cigarette), « chauve-souris » (qui deviendrait « chauvesouris » !), « chaîne », « contre-manifestation » (qui deviendrait « contremanifestation », soit un mot de deux kilomètres, aussi rebutant ou répulsif que notre « anticonstitutionnellement », qu’on n’aborde jamais sans crainte ni à l’écrit ni à l’oral), « croûte », « flûte », « goût », « île », « maître », « mûrs », « oignon » (qui deviendrait « ognon »), « il paraît », « il plaît », « traître »…, c’est pourquoi, non, elles ne passent pas inaperçues, ces « rectifications de l’orthographe », et certaines piquent les yeux comme pique les yeux le malheureux oignon dit « rectifié », irrespectueusement (irrespectueusement, c’est le mot qui me vient naturellement sous la plume) mis au rancart par Rocard.

Le vent frais et coulis de contestation qui vient de l’Académie – de son secrétaire perpétuel Hélène Carrère d’Encausse (qui préfère être un secrétaire plutôt qu’une secrétaire), entre autres – ne me déplaît pas. Elle se braque (certains disent qu’elle recule par rapport aux déclarations de son illustre prédécesseur Maurice Druon [voir note 6]) ou, plutôt, il ne me déplaît pas de penser qu’elle se braque. Il est doux d’imaginer que certains qui font partie de l’élite intellectuelle de la France commencent à comprendre qu’on les prend – eux aussi, comme nous autres – un peu trop pour des c…s et pour quantité négligeable. Qu’on voudrait que carrément ils n’existassent pas. Il me plaît d’imaginer que des Immortels prennent enfin conscience qu’aux yeux de nos gouvernants ils ne sont que des croûtons, des vieillards sans force, qu’on ne les aime pas, qu’on fait semblant de les caresser et de les respecter, et que leur sort est incertain, que leur institution n’est ni immortelle ni perpétuelle, et que sa mort prochaine est écrite là sous les yeux de ceux qui savent lire dans l’actualité et dans les pensées des gouvernants.

Pour ma part, que lis-je et qu’entends-je ? « Au rancart, les vieux mots, les graphies séculaires ! au rancart, les croûtons immortels ! » J’entends claquer le vol noir des corbeaux, de François Hollande à Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Education nationale, oui, c’est cela que j’entends.

Noter cependant que, dans ces « Rectifications de l’orthographe », il y a du bon (je préciserai plus tard ce qui est bon ou acceptable) et du mauvais. Il faut que chaque camp le reconnaisse. Il faut que chaque camp dépasse ses haines politiques (toutes les haines politiques sont certainement justifiées et se valent, de droite comme de gauche, et la gauche est aussi pitoyable – et une aussi impitoyable traîtresse – que la droite), il faut que chaque camp ne pense qu’à la langue, qu’au bien de la langue.

Pour terminer, parmi les mille et une curiosités amusantes, voici une amputation partielle, une demi-mesure, une bancalité qui me fait sourire : « qu’il coûtât » deviendrait « qu’il coutât ». Nous en reparlerons peut-être plus tard ici.

——
— Note 1. Le document officiel des « Rectifications de l’orthographe » de 1990 est téléchargeable ici :
http://www.academie-francaise.fr/sites/academie-francaise.fr/files/rectifications_1990.pdf

— Note 2. Les « Rectifications de l’orthographe » ne passent pas inaperçues, et piquent les yeux, très contrairement à ce qu’affirme la responsable de ce blogue : http://www.charivarialecole.fr/j-enseigne-en-nouvelle-orthographe-et-tout-va-bien-a291726 ; ou ici si la page n’existe plus : https://archive.is/o1O0f

— Note 3. http://www.education.gouv.fr/pid285/bulletin_officiel.html?cid_bo=94753

— Note 4. Ce tableau est en page 13 du PDF qu’on trouve sur le site de l’Académie, mais en page 15 dans le fascicule papier que je me suis procuré en 1990...
Le PDF est mal fait : en page 14 du PDF, on croit lire « ex voto » et « ex libris » au lieu de « exvoto » et « exlibris » ; des espaces sont nettement visibles, mais pourtant ils/elles sont inexistants/inexistantes (il faut faire un copier-coller pour s’en rendre compte) ; v
oir l’image ci-dessous.
Il y a d’autres différences typographiques entre le fascicule papier et le PDF, je reviendrai peut-être là-dessus. Voir aussi le problème, moins gênant, toujours en page 14 du PDF, avec « co vergirl » ; de plus, le mot « covergirl » est, par erreur, deux fois dans la liste, ce qui n’est pas le cas sur le fascicule papier.

                                          PDF de l’Académie.

— Note 5. Ce « 4 %, soit 2 400 mots » et ce « c’est donc peu », repris par la presse, sont ce qu’on appelle depuis peu des « éléments de langage », des éléments d’un « argumentaire » (encore un mot récent) fourni par les artisans et par les partisans de ces « rectifications ».
Je reprends donc : 4 %, soit 2 400 mots ; le corpus est donc de 60 000 mots, soit probablement l’équivalent du Petit Robert des noms communs. (Ne pas confondre le nombre de définitions et le nombre d’entrées. Le nombre de définitions est bien plus grand que le nombre d’entrées, car une entrée comporte souvent plusieurs définitions. Pour faire nombre et pour impressionner le chaland français, débonnaire et toujours enclin à une crédulité de bon aloi et policée, les dictionnaires préfèrent indiquer triomphalement sur leur couverture le nombre de définitions plutôt que le nombre d’entrées.) Et je ne parle pas du Grand Dictionnaire encyclopédique Larousse, en dix volumes, ni du Grand Robert, qui recensent un plus grand nombre de noms communs.
Enfin, « couter », par exemple, compte-t-il pour une seule modification ou pour plusieurs (« je coute, j’ai couté, je couterai », etc. ; soit environ une centaine) ? certainement pour une seule. En réalité, le nombre de modifications si l’on comptabilise toutes les flexions des mots « rectifiés » pourrait donc s’élever – à vue de nez – à une cinquantaine de milliers. Voilà la magie des statistiques. (« Les prestidigitateurs ne nous amusent plus, ils nous gouvernent », soupirait Verdun Barrot, reprenant le mot d’un poète ou d’un humoriste.)

— Note 6. Un article du Quotidien de Paris du 25 décembre 1990 montre que des Immortels étaient opposés à ce texte, comme D’Ormesson, Dutourd, Ionesco, Laurent, Rheims, et qu’on était loin de l’unanimité dont il est parlé dans « Les rectifications de l’orthographe ».

P.-S. du 4 mars 2016
Selon l’académicien Jean-Marie Rouart, Michel Déon, Félicien Marceau, Alain Peyrefitte et Claude Lévi-Strauss faisaient également partie des protestataires : http://www.parismatch.com/Actu/Societe/La-guerre-de-l-orthographe-n-aura-pas-lieu-922789#CS1-6
P.-S. du 21 mars 2016
Selon l’éditeur,
le Grand Robert de la langue française a 100 000 entrées.

 

• 18 février 2016
Leçon 119. – RO, 2. Le naufrage des nénuphars

« Ni l’une ni l’autre [orthographe] ne peuvent être tenues pour fautives », nous dit-on.
Je veux bien, mais l’une est quand même dite « orthographe recommandée », « orthographe de référence », « nouvelle orthographe » ou « orthographe rectifiée » (toutes expressions mélioratives), tandis que l’autre est dite « ancienne orthographe » (expression plutôt péjorative, dépréciative) ; voir l’illustration de la leçon 118.

 

• 18 février 2016
Leçon 120. – RO, 3. De l’herbicide dans les nénuphars

Quelle que soit la taille du corpus lexical, 2 400 c’est beaucoup, c’est même énorme, c’est considérable ; et on ne peut sérieusement affirmer sans loucher : « 2 400, c’est peu ! » ou « 2 400 mots-entrées, c’est peu ! ».
Vingt, c’est peu ; 100, ce n’est déjà plus peu du tout ; 2 400, c’est considérable.
On annonce d’abord 4 %, les adversaires des modifications soupirent d’aise, puis on annonce le total du bout des lèvres, 2 400, et, pour éteindre toute éventuelle étincelle de lucidité, on ajoute immédiatement que c’est peu. Les adversaires des modifications se font rouler dans la farine quand le souvenir de la première impression dans leur esprit domine, le 4 %.

Nous partîmes quatre pour cent ; mais par un prompt renfort
Nous nous vîmes cinquante mille en arrivant au port*.

* Voir mon évaluation (provisoire, je l’améliorerai le plus tôt possible) de la leçon 118.

 

• 19 février 2016
Leçon 121. – RO, 4. Un nénupharocide par réfection

Reconnaissons sans hypocrisie que cette réforme arrange bien les instituteurs qui font des fautes d’orthographe – et qui à cette occasion ont découvert horrifiés et honteux qu’on devait écrire « chausse-trape », « imbécillité » ou « persifler ».
Si les instituteurs soulignent les avantages de cette réforme pour leurs élèves, ils ne disent rien de ces avantages pour eux-mêmes.
Je cite au hasard un certain Robert1515*, chaud partisan de la réforme et très probablement instituteur, qui n’est pas encore très au point, et à qui il faudra une deuxième réforme pour qu’il écrive sans faute « puisque au lieu de... » (et non pas « puisqu’au lieu de... ») ou « il n’y a pas grand monde qui... » (et non pas « il n’y a pas grand-monde qui... ») ou ce professeur* qui dit enseigner le français depuis douze ans et qui écrit que les règles « ont évoluées » (mieux : « ont évolué »).

A la prochaine réforme, les ô, â, ê seront touchés-coulés ; la présente réforme n’est probablement que le début d’un tsunami, le prélude à des décapitations de masse anti-aristocratiques symboliques. Les aristocrates sont les adversaires de la réforme, les sans-culottes sont les sans-circonflexes.

——
* http://www.charivarialecole.fr/j-enseigne-en-nouvelle-orthographe-et-tout-va-bien-a291726 ou, si la page n’existe plus, https://archive.is/o1O0f

 

• 21 février 2016
Leçon 122. – RO, 5. Tant va Najat Vallaud qu’à la fin elle se Belkacem

Fastidieux et inutile de recenser toutes les idées fausses sur cette réforme (oui, tout bien réfléchi, c’est bien une réforme même si l’Académie refuse le mot réforme – l’Académie refuse également le mot simplifications, et c’est à y perdre son latin ; elle devrait plutôt s’appliquer à réfuter le mot rectifications et déclarer lui préférer les mots modifications ou propositions de modifications du Conseil supérieur de la langue française ; quelle bouteille à l’encre, cette réforme !).
Une réforme incomprise de beaucoup de gens pour cause de texte très indigeste et plutôt mal écrit : par exemple, la suppression des circonflexes ne concerne – pour le moment – que les i et les u.

          https://twitter.com/nadine__morano/status/695310226749308932

Non, Nadine Morano, les ô, â, ê, c’est pour demain.

Même les correcteurs du Monde, pros de l’orthographe, ne se sont pas aperçus, au bout de vingt-cinq ans, que les a et les o n’étaient pas touchés, et la perspective d’« une nouvelle guerre picrocholine » les fait donc ricaner sans raison.

 

• 21 février 2016
Leçon 123. – RO, 6. Ils sautaient comme des cabris en bêlant « la réforme ! la réforme ! »

Enfin un article intéressant, de Gauvin Burriss, sur certaines maladresses de la réforme :
http://www.liberte-scolaire.com/faits-et-analyses/le-retour-de-la-reforme-de-lorthographe/

 

• 22 février 2016
Leçon 124. – RO, 7. L’orde-thographe*

Plus j’étudie cette réforme, plus j’y réfléchis, plus je la trouve mal faite, difficile à comprendre et à justifier, plus j’y trouve d’erreurs, de contradictions, de décisions ou de propositions mauvaises ou indésirables. Déroutant. J’en dirai plus dans des leçons à venir. Aujourd’hui ma religion n’est pas entièrement faite.

Les « Tolérances grammaticales et orthographiques » de l’arrêté du 28 décembre 1976 publié au Journal officiel de la République française du 9 février 1977 ne sont pas irréprochables non plus. J’y reviendrai. On peut les télécharger ici :
http://lesmediasmerendentmalade.fr/_docs/Arrete_tolerances-grammaticales-et-orthographiques-1976-1977.pdf

——
* Jeu de mots laid. « Ord, orde, adj. Terme vieilli. Qui excite le dégoût et pour ainsi dire l’horreur par la saleté » (Littré).
J’appelle orde-thographe des graphies comme « ognon », « clopinclopant », etc.

 

• 24 février 2016
Leçon 125. – RO, 8. Un total de 2 400 rectifications ou de 4 000 ?

Dans « Les rectifications de l’orthographe » page 5, on lit : « les quelques milliers de mots qui vont subir modification – trois à quatre mille en vérité* – sur les cinquante mille environ qui sont dans l’usage courant ».
Ah, tiens, ce ne serait donc pas 4 %, soit 2 400 mots sur un corpus de 60 000, mais 6 à 8 %, soit 3 000 à 4 000 mots sur un corpus de 50 000.

Nous partîmes quatre pour cent ; mais par un prompt renfort
Nous nous vîmes cinquante mille en arrivant au port.

On se rapproche un peu plus des 50 000 modifications réelles dont je parle dans la leçon 118.

——
* Ce « en vérité » de Druon est surprenant, il me fait penser à la confession d’une faute. A moins que ce ne soit un reproche envers le Conseil supérieur ? Pourquoi prendre un détour par « les quelques milliers » ? Pourquoi n’avoir pas simplement et directement écrit « les trois à quatre mille mots qui vont subir modification » ?

 

• 27 février 2016
Leçon 126. – RO, 9. Comment ajouter du chaos au chaos

Comment ajouter du chaos au chaos ou du cafouillage au cafouillage.
Voici un extrait de la « Déclaration de l’Académie française sur la “réforme de l’orthographe” adoptée dans la séance du jeudi 11 février 2016 » (source) :

[L’Académie française] a voté à l’unanimité dans sa séance du 3 mai 1990 un second texte, marquant son accord avec les lignes directrices du projet [du Conseil supérieur de la langue française] en préparation. C’est cet accord, voté en l’absence de tout texte et ne portant que sur des principes, qui est invoqué aujourd’hui comme une approbation des directives devant entrer en application dans l’enseignement secondaire à partir de la prochaine rentrée [celle de septembre 2016].

L’Académie française a donc voté le 3 mai 1990 un texte qui n’était pas un texte... Et, qui plus est, ce texte n’était surtout pas celui qui est intitulé « Rapport » et qui est présenté dans les pages 9 à 19 du fascicule papier « Les rectifications de l’orthographe »*, « Rapport » dont les « rectifications » entreraient en vigueur dans l’enseignement secondaire à la rentrée de septembre 2016, c’est bien ça ?

Noter aussi l’équivoque dans le titre « Déclaration de l’Académie française sur la “réforme de l’orthographe” adoptée dans la séance du jeudi 11 février 2016 » : c’est bien sûr la déclaration qui est adoptée, pas la réforme.

Les « directives devant entrer en application dans l’enseignement secondaire » : quid de l’enseignement primaire ?

——
* Le document administratif « Les rectifications de l’orthographe » publié au Journal officiel contient deux parties, un discours de Maurice Druon de présentation du
rapport du Conseil supérieur et un discours de réponse de Michel Rocard à Maurice Druon ; enfin le texte du rapport du Conseil supérieur, qui expose lesdites rectifications.
Dans ce discours de présentation, Maurice Druon déclare : « A quelques réserves près, minimes, que le Conseil supérieur a bien voulu prendre en compte, l’Académie, à l’unanimité, a approuvé les propositions [c’est-dire le rapport] du Conseil »... Ce qui semble en contradiction avec ce qu’affirme aujourd’hui l’Académie. Ajouter du chaos au chaos...
Garder à l’esprit que l’unanimité est certainement celle des votants.

 

• 28 février 2016
Leçon 127. – RO, 10. Non pas deux graphies, mais au moins cinq

Si on cumule les avantages de l’arrêté de 1976*, toujours en vigueur**, et ceux des rectifications de 1990, on obtient – selon une toute première évaluation – pour l’exemple suivant la possibilité d’au moins cinq graphies acceptables (les deux premières pour l’enseignement, plus les trois dernières pour l’évaluation).
Ainsi le nombre 634 pourra être écrit :
six cent trente-quatre (graphie tradi des gens repliés sur eux-mêmes, psychorigides, ennemis de la modernité) ;
six-cent-trente-quatre (graphie dite rectifiée des novateurs ouverts aux malheurs des autres et partisans du changement en général) ;
— six cent trente quatre (1976, tolérance pour le trait d’union dans l’écriture des nombres, p. 829) ;
— six cents trente-quatre (1976, tolérance pour « cents », p. 829) ;
— six cents trente quatre (1976, cumul des tolérances pour le trait d’union et pour « cents », p. 829).

Ce n’est pas tout. Le professeur scrupuleux aura plus d’un cas de conscience à résoudre, et se demandera si, « six-cent-trente-quatre » étant désormais accepté, voire conseillé, il ne devra pas également et logiquement tolérer dans ses évaluations des « six-cents-trente-quatre », des « six-cents trente quatre », des « six-cents trente-quatre » et des « six-cent trente quatre » (qui sont des mélanges de rectifications de 1990 et de tolérances de 1976). Nous voilà déjà arrivés à neuf graphies. Ai-je tout recensé ?

Une des aberrations ici est certainement que l’enseignement soit disjoint, débranché, déconnecté de l’évaluation. Est-ce possible ? N’est-ce pas risiblement artificiel, sophistique et tordu ? Cette évaluation telle qu’elle est conçue a-t-elle vraiment un sens ?

——
*
http://lesmediasmerendentmalade.fr/_docs/Arrete_tolerances-grammaticales-et-orthographiques-1976-1977.pdf
** « Pour l’évaluation, [le professeur] tient également compte des tolérances grammaticales et orthographiques de l’arrêté du 28 décembre 1976 (Journal officiel de la République française du 9 février 1977). »
Source : http://www.gouvernement.fr/argumentaire/reforme-de-l-orthographe-3763

 

• 29 février 2016
Leçon 128. – RO, 11. Ce n’est pas fini

Je m’aperçois que, si je faisais le même exercice avec le nombre 690, par exemple, j’aurais un plus grand nombre encore de graphies acceptables, car à la tolérance pour « cents » (comme dans « six cents trente quatre », à côté de la graphie normale « six cent trente-quatre ») s’ajouterait la tolérance pour le « vingts » de « quatre vingts dix » (l’arrêté accepte en effet « quatre vingts dix », à côté de la graphie normale « quatre-vingt-dix »).

Là, l’un dans l’autre, nous dépasserions les dix graphies acceptables.

« Tolérances grammaticales et orthographiques », arrêté du 28 décembre 1976 publié le 9 février 1977

 

• 1er mars 2016
Leçon 129. – RO, 12. Un curieux cas d’appauvrissement par lexicotomie, 1

Discours de Maurice Druon le 19 juin 1990 (« Les rectifications de l’orthographe » p. 5 ; voir aussi p. 15 colonne 1) :

Au chapitre enfin des anomalies, les propositions formulées par l’Académie en 1975 seront reprises et seront appliquées. On régularisera aussi quelques autres séries brèves. Il faudra écrire à l’avenir charriot avec deux r, cuisseau avec e, a, u.

Entre autres exemples de l’appauvrissement de la langue : la suppression de cuissot. En effet, pourquoi supprimer cuissot, qui à l’écrit indique qu’il ne s’agit pas de veau (cuisseau), mais de gros gibier ?
En plus la mnémotechnique était simple : cuisseau de veau.
Dictionnaire de l’Académie en ligne : « cuissot s’écrit cuisseau ».

Désormais, à la lecture, dans certains cas on ne saura plus si on a affaire à du veau ou à du gros gibier ; sauf s’il est précisé cuissot de chevreuil, cuissot de sanglier, etc. (qui ne sont pas des pléonasmes, des redondances fautives, mais des précisions).
Cuissot de gros gibier ne sera plus un pléonasme, et on écrira cuissot de veau au lieu du simple cuisseau.

Quant à « il faudra écrire à l’avenir charriot », voici ce que répond le dictionnaire de l’Académie en ligne si l’on tape charriot ou chariot :

Dictionnaire de l’Académie en ligne, 1er mars 2016.

« Charriot » est présenté en variante cachée, qui apparaît si l’on clique sur le carré qui suit la vedette CHARIOT.

 

• 1er mars 2016
Leçon 130. – RO, 13. Une variante orthographique méconnue

Le texte du PDF des « Rectifications » que l’on trouve sur le site de l’Académie est-il le même que celui du fascicule papier de 1990 ? Non sur certains points, comme je l’ai déjà dit (voir leçon 118 note 4).

Page 3 colonne 1 du PDF de l’Académie :

Nous avons fait appel à un comité d’experts, animé avec une remarquable efficacité par M. Bernard Cerguiglini.

Page 3 colonne 1 du fascicule papier :

Nous avons fait appel à un comité d’experts, animé avec une remarquable efficacité par M. Bernard Cerquiglini.

Cerquiglini est la graphie correcte.

 

• 2 mars 2016
Leçon 131. – RO, 14. Coquille à rectifier

A signaler, une coquille dans le fascicule papier (p. 18) et dans le PDF (p. 16) : récépée.
Elle se trouve dans la liste récapitulative des graphies dites « rectifiées ».

Ci-dessous les deux bonnes graphies dans le dictionnaire de l’Académie en ligne :

 

• 5 mars 2016
Leçon 132. – RO, 15. Les dessous des « rectifications »

Texte* important de Jean-Marie Rouart de l’Académie française dans parismatch.com sur les dessous des « rectifications ».
Noter que Jean-Marie Rouart a fait son entrée à l’Académie française en 1997 et qu’il a connu Maurice Druon, mort en 2009.
Noter aussi qu’en 1990 Bernard Pivot a parlé de tromperie.
Je commenterai ce texte dans les jours qui viennent.

Extrait.

En 1990, Michel Rocard étant premier ministre a cru bon de procéder à un toilettage de l’orthographe. Il a créé dans ce but un groupe de travail , émanation du Conseil supérieur de la langue française, à la tête duquel il a nommé le Secrétaire perpétuel de l’époque. Maurice Druon, personnalité forte, haute en couleur, portée par tempérament à la prépotence, a demandé à ses confrères académiciens un vote de confiance pour sa mission extra-académique. Sans pour autant les consulter sur la réforme elle-même. A-t-il dès lors par excès de zèle considéré ce vote comme un blanc-seing ? Ce que ce vote n’était pas si on en juge par la réaction virulente de l’Académie quelques mois plus tard au vu du texte des modifications parue [sic] au Journal officiel. Un tollé, une bronca, qui même exprimés avec les précautions d’usages [sic] et la courtoisie habituelle aux académiciens, ont amené le Secrétaire perpétuel à une retraite stratégique. Les protestations émanant notamment de Claude Lévi-Strauss, Jean d’Ormesson, Alain Peyrefitte, Michel Déon, Félicien Marceau, [sic pour la virgule] ont conduit à un nouveau vote qui, sous des dehors aimables et les ménagements d’amour-propre, enterrait la réforme par le vote d’une motion dont l’apparente fermeté dissimulait les tâtonnements. En substance, les académiciens prenaient leurs distances avec la réforme, donnaient du temps au temps et confiaient à l’usage, le fameux bon usage, « le législateur suprême » – le Saint-Esprit de l’Académie – le soin de trier le bon grain de l’ivraie. L’Académie accepta cependant de faire figurer dans son dictionnaire, à titre facultatif, l’essentiel des préconisations du groupe de travail.

Noter que Jean-Marie Rouart utilise les mêmes « précautions d’usages » (voir son « excès de zèle ») dans son article : il ne parle pas d’erreur, ni même de cafouillage et encore moins de tromperie.
Cela dit, il serait temps d’appeler chat un chat, et que l’Académie demande clairement et explicitement à Najat Vallaud-Belkacem (laquelle lui a tendu la perche**) un moratoire – d’au moins deux ans – pour cette réforme, le temps de la repenser et de la récrire ; voire qu’elle l’exige, puisqu’elle en a le droit et le pouvoir. Qu’attend l’Académie puisque ses prérogatives – je dirai même son monopole – en matière d’orthographe sont reconnues par ses statuts et par le ministère de l’Education lui-même*** ? Qu’on mette fin le plus tôt possible à cette situation qu’on peut sans exagération qualifier de loufoque, les éditeurs ayant de plus, semble-t-il, décidé d’éditer massivement en « nouvelle orthographe » les futurs manuels, et la rentrée 2016 se rapprochant.
Le titre de l’article de Jean-Marie Rouart « La guerre de l’orthographe n’aura pas lieu », d’où est tiré l’extrait ci-dessus, est soit inadéquat, soit d’un optimisme excessif, déraisonnable, volontariste, trompeur. L’auteur prend ses désirs pour des réalités, nie le réel, l’ignore ou fait semblant de l’ignorer.

——
* http://www.parismatch.com/Actu/Societe/La-guerre-de-l-orthographe-n-aura-pas-lieu-922789#CS1-6
** « Eu égard à la mission de défense et d’illustration de la langue française assignée à l’Académie, je vous serais reconnaissante de bien vouloir me faire part de toute évolution de la position de votre institution quant aux rectifications orthographiques, afin que les acteurs concernés puissent en tenir compte à l’avenir », voir http://www.lemonde.fr/education/article/2016/02/16/orthographe-mme-vallaud-belkacem-fait-part-de-son-etonnement-a-l-academie-francaise_4865910_1473685.html.
*** « Il ne revient pas au ministère de l’Éducation nationale de déterminer les règles en vigueur dans la langue française. Ce travail revient à l’Académie française depuis Richelieu, qui assigna pour principale fonction à cette instance de donner des règles certaines à notre langue », 5 février 2016, voir http://www.gouvernement.fr/argumentaire/reforme-de-l-orthographe-3763.

 

• 6 mars 2016
Leçon 133. – RO, 16. J’attendais mieux

Extrait de l’article cité dans la leçon 132* :

Ceux qui seraient tentés de hausser les épaules devant un débat en apparence dérisoire risquent de ne jamais comprendre la France ni les Français. La question de la langue et de l’orthographe est dans notre pays aussi sacrée que les vaches en Inde, Wall Street à New York, l’Empereur au Japon.

J’attendais mieux, j’attendais beaucoup mieux de l’académicien Jean-Marie Rouart, qui dévalorise, abaisse le débat, ridiculise les détracteurs de la réforme. Certes il reconnaît plus loin que la réforme simplifie « outre mesure », mais, une fois de plus, le détracteur est assimilé au Français à béret et à baguette, psychorigide, esclave d’une certaine mentalité nationale, irrationnel – cible facile, idéale et si politiquement correcte.
Fatigant, très fatigant, car c’est le discours qu’on entend tous les jours, de la bouche des journalistes et des politiques. A certains, l’endurance et la patience des Français semblent sans limite.

Cet extrait commence mal et finit mal. Pour le début de la première phrase, j’aurais préféré lire : « ceux qui seraient tentés de hausser les épaules devant ce débat, qui n’est qu’en apparence dérisoire ». J’ajouterai que, ayant terminé la lecture de l’article, le lecteur ne sait pas si Jean-Marie Rouart considère le débat comme dérisoire ou non.

——
* http://www.parismatch.com/Actu/Societe/La-guerre-de-l-orthographe-n-aura-pas-lieu-922789#CS1-6

 

• 9 mars 2016
Leçon 134. – RO, 17. Un curieux cas d’appauvrissement par lexicotomie, 2

Mauvaise nouvelle, on n’écrira plus « appas », mais « appâts » (PDF des « Rectifications de l’orthographe » p. 15 colonne 1 ; copie d’écran). Le mot « appas » disparaît donc :

D’un coup de hache supprimer l’entrée « appas », supprimer la graphie « appas » et la remplacer par « appâts », faire de « appâts » au sens de « appas » une sous-entrée, une sous-vedette de « appât » est un crime de haute trahison lexicographique, et en récidive qui plus est : voir un cas comparable d’appauvrissement par lexicotomie avec « cuisseau » devenu « cuissot », leçon 129, ci-dessus.

Certes le signifié, le sens « charmes physiques, poitrine généreuse, jolis poumons », etc., de « appas » ne disparaîtra pas du dictionnaire – mais ce n’est pas sûr, le sens de « charmes physiques, poitrine généreuse, jolis poumons », etc., finira peut-être par se perdre, par tomber dans le dédain ou dans le mépris ou dans l’oubli par manque d’utilisation soit parce que la graphie « appâts » paraît trop crue, grossière par rapport à la délicate, discrète, rare, mystérieuse, élégante (ou vue comme telle) et euphémistique graphie « appas », soit parce que cette nouvelle graphie sera concurrencée : en ajoutant une acception au pluriel à l’entrée « appât », on crée en effet la possibilité d’équivoques entre des « appâts à animal » (sens propre), des « appâts à jobard » (sens figuré) et « une poitrine opulente » (sens figuré, spécialisé et rare).

En conséquence, si à l’avenir on voulait être précis et univoque à l’écrit, on devrait écrire « ses appâts physiques » ou « ses appâts mammaires », etc., au lieu d’un simple « ses appas » ; de même on devrait écrire, si également on voulait être précis et univoque à l’écrit, « des cuissots de veau et des cuissots de gros gibier », au lieu d’un simple « des cuissots et des cuisseaux », non équivoque à l’écrit.

En ancienne orthographe tolérée (ce sont les ahurissants termes officiels : « l’ancienne orthographe est tolérée »), on écrit :

Une coquette joue de ses appas, une vendeuse d’articles de pêche mise sur ses appâts.
La catin étalait ses appas. La vendeuse d’articles de pêche étalait ses appâts. La première vend ses appas, l’autre ses appâts.

Un raisonneur me dira : « Vous n’avez qu’à écrire “La catin vendait ses fesses” et “La vendeuse d’articles de pêche étalait ses boîtes appâts”, et il n’y aura pas d’équivoque. Inutile de créer des problèmes. » Alors là, de guerre lasse, je courrais m’isoler dans un coin désert de la planète, loin des philistins.

Ci-dessous des boîtes d’appâts (« Band-It artificial corn ») d’un site de matériel de pêche :

Source : http://www.pacificpeche.com/artificial-corn.html

 

 

 

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