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Comment écrire au président de la République
et ne recevoir aucune réponse
– et autres guitares
, 12


 

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« Les Rectifications de l’orthographe » de 1990 (RO),
analyse et critique d’une réforme, suite

 

• 9 mars 2016
Leçon 135. – RO, 18. Parler des mots avec des mots, ou attraper des pièges avec des pièges

Je résumerai ainsi l’essentiel de la leçon précédente : la graphie « appas » disparaît, remplacée par « appâts » ; l’entrée « appas » disparaît donc, et le signifié de « appas » devient une acception, parmi d’autres, du mot « appât », une sous-entrée au pluriel du mot « appât ».

Jamais peut-être une leçon ne m’aura demandé autant que la leçon précédente d’efforts d’écriture pour atteindre à quelque clarté et à quelque simplicité.
C’est une tâche singulière, à parfois donner le tournis, de parler des mots avec des mots, des mots dont on critique les tares, mais dont on apprécie les avantages.
A l’heure qu’il est, je ne suis toujours pas sûr d’avoir été clair ni exact.
Parler de mots avec des mots, c’est attraper des pièges avec des pièges, et parfois tomber dans ses propres pièges.

 

• 9 mars 2016
Leçon 136. – RO, 19. La nouvelle dictée de Mérimée

Exercice. Dans la dictée de Mérimée, il y a treize mots qui ne posent plus de problème à l’élève qui maîtrise les nouvelles règles. Le correcteur veillera à ce que l’élève applique entièrement – ou pas du tout – ces nouvelles règles : pas de mélange.

Pour parler sans ambiguïté, ce dîner à Sainte-Adresse, près du Havre, malgré les effluves embaumés de la mer, malgré les vins de très bons crus, les cuisseaux de veau et les cuissots de chevreuil prodigués par l’amphitryon, fut un vrai guêpier.
Quelles que soient, et quelque exiguës qu’aient pu paraître, à côté de la somme due, les arrhes qu’étaient censés avoir données la douairière et le marguillier, il était infâme d’en vouloir pour cela à ces fusiliers jumeaux et mal bâtis, et de leur infliger une raclée, alors qu’ils ne songeaient qu’à prendre des rafraîchissements avec leurs coreligionnaires.
Quoi qu’il en soit, c’est bien à tort que la douairière, par un contresens exorbitant, s’est laissé entraîner à prendre un râteau et qu’elle s’est crue obligée de frapper l’exigeant marguillier sur son omoplate vieillie. Deux alvéoles furent brisés ; une dysenterie se déclara suivie d’une phtisie, et l’imbécillité du malheureux s’accrut.
— Par saint Martin ! quelle hémorragie ! s’écria ce bélître.
À cet événement, saisissant son goupillon, ridicule excédent de bagage, il la poursuivit dans l’église tout entière.

Solutions : ambigüité, diner, cuissots de veau, exigües, paraitre, marguiller, rafraichissements, laissé (décrété invariable par les « RO » devant un infinitif, il n’y aurait pas eu d’accord même si douairière avait été le complément de laissé et non d’entraîner), entrainer, marguiller, imbécilité, bélitre, évènement.

Merci à Sylvain Rakotoarison, qui m’a donné cette idée de dictée inversée après que j’ai lu son article.

 

• 10 mars 2016
Leçon 137. – RO, 20. Le pléonasme de Mérimée

On remarquera ce pléonasme dans la dictée de Mérimée :

... malgré les vins de très bons crus, les cuisseaux de veau et les cuissots de chevreuil prodigués par l’amphitryon...

Un cuisseau est, par définition, de veau ; mais peut-être la dictée d’origine comportait-elle deux virgules supplémentaires ; en ce cas, le pléonasme disparaîtrait :

... malgré les vins de très bons crus, les cuisseaux, de veau, et les cuissots de chevreuil prodigués par l’amphitryon...

En revanche, un cuissot peut être de chevreuil, de biche, de cerf, de sanglier...
Noter que sur aucun site on ne trouve ces virgules.
Voir aussi la leçon 129, ci-dessus.

 

• 10 mars 2016
Leçon 138. – RO, 21. Note

A quoi sert-il de rectifier imbécillité (qui devient imbécilité) pour un élève qui a toujours écrit imbéssilité ?
L’élève coaché, dopé à la « nouvelle orthographe » fera-t-il treize fautes de moins ? Pas sûr s’il écrit diné, egzigües, lessé ou laisser, bellitre…
Pour les cacographes de Facebook ou d’Overblog, l’impact sur la note risque d’être à peu près nul.
Certains professeurs le disent ainsi : le problème réside moins dans l’orthographe lexicale (« un traitre ») que dans l’orthographe grammaticale (« il a bien manger ») et encore moins que dans le manque d’attention, de travail et d’intérêt pour la langue.

 

• 10 mars 2016
Leçon 139. – RO, 22. Appas

Extrait de l’impressionnant ouvrage (près de 1 500 pages) de B. Lafaye Dictionnaire des synonymes de la langue française, 1897 :

« [Appas] est un terme érotique et un peu libre, qui est relatif à la beauté matérielle des formes, à celle de la gorge, des bras et de la taille. Les mots d’attraits et de charmes n’ont pas ce caractère de sensualité. »

(Remarquez ces précautions : gorge pour seins, taille pour hanches et fesses. A un autre niveau de langue, sur Facebook par exemple ou dans une certaine presse* qui se croirait horriblement réactionnaire si elle disait prostituée plutôt que pute, nous ne serions pas surpris de lire nichons et cul.)

——
* Comme les très grassement subventionnés Libération, le Monde, l’Obs…

 

• 11 mars 2016
Leçon 140. – RO, 23. Sans meuf, godistouet ! elle a païsié fors le circonflexe*

Ceste réformation et esmendation de l’idiome françois ordonez de par nostre chief Najat Vallaud-Belkacem la Sarasine, laquelle a grand maestire et jurisdiction sur tout escole et gueux y fréquentant, me donne furieuse envie de compliquer l’orthographe et de revenir à une langue d’autrefois et ancestrale, et d’écrire chasque pour chaque ou mahometicien pour musulman ou je me moquois bien pour je me moquais bien.
Qui ne ressent pas la même chose me le dise.
Semer leurs textes – courriels, articles, livres... – de quelques archaïsmes ostentatoires et bien sentis pourrait être un signe de ralliement, le drapeau des opposants et des détracteurs.

Il n’y aurait pas meilleur, plus simple et plus plaisant moyen d’illustration et d’enrichissement du français d’aujourd’hui que de lire les textes et les lexiques de la langue d’autrefois, comme les La Curne de Sainte-Palaye*, où l’on découvre mille mots et notions oubliés, curieux, amusants, surprenants ou très surprenants, ou un de ces mots utiles et qui nous manquent, comme meliorité, « caractère de ce qui est meilleur », et que nous n’osons peut-être pas créer – sans parler de la découverte de pratiques, croyances et superstitions insolites tombées en désuétude. J’en montrerai quelque jour des exemplaires remarquables.

——
* « Sans motif, Dieu m’est témoin ! elle a banni le circonflexe. » Ancien françois reconstitué, ce n’est pas une citation.
** Entre autres le Dictionnaire historique de l’ancien langage françois, ou glossaire de la langue françoise depuis son origine jusqu’au siècle de Louis XIV.

 

• 11 mars 2016
Leçon 141. – RO, 24. Compensation

Qui ne ressent que certaines propositions grossières de simplification – si elles ne se heurtent pas à l’opposition suffisante souhaitable et si par malheur elles s’imposent et triomphent face à l’inertie confortable et à l’irresponsabilté des utilisateurs – vont susciter chez certaines personnes agacées ou révulsées une volonté de compliquer (ce qui serait une mauvaise chose) la langue française ou de l’enrichir (ce qui serait une bonne chose) par compensation et pour lui redonner un lustre ?
Exemples à venir.
Ce n’est pas seulement le signifiant, l’aspect visuel qui est touché par ces « RO », mais c’est aussi l’efficacité, la précision de l’outil langue, le sens.
Exemples ci-dessus et d’autres exemples à venir.
Puisse cette réforme faire réfléchir de nombreux Français sur la structure de leur langue et sur l’importance de cet outil – vœu pieux peut-être.

 

• 12 mars 2016
Leçon 142. – RO, 25. Un médrano dissensionnel

Certains disent qu’avec cette réforme vont coexister ou coexistent deux « états de langue ». Je répondrai que non, que c’est un seul état de langue, un nouvel état de langue qui existe, à deux orthographes ou à deux états d’orthographe, à deux pratiques contemporaines – au premier sens du terme « contemporain » – parallèles ou intriquées de l’orthographe.
Un nouvel état de langue par rapport à l’avant-1990, oui ; même si l’orthographe grammaticale est peu touchée pour le moment.
Un médrano dissensionnel et insécure – mais heureusement transitoire ? –, une ortho à la carte, oui aussi.

 

• 13 mars 2016
Leçon 143. – RO, 26. Avoï* !

Nonobstant la sempiterne formidation de la coquille que, face à un texte à corriger qui traite de l’orthographe, ressent tout correcteur consciencieux, quelques erreurs peuvent échapper, comme ce « droit-fil » (« Les rectifications de l’orthographe », p. 9, colonne 2).

C’est dans le droit-fil de ce travail que le Conseil a préparé ses propositions en sachant que dans l’histoire, des délais ont toujours été nécessaires pour que l’adoption d’améliorations de ce type soit générale.

Noter aussi une faute de ponctuation, une virgule manquante : « En sachant que[,] dans l’histoire, des délais ont toujours été nécessaires ».
Mais on appréciera surtout le mot « améliorations ».
Des « améliorations de ce type », nous précise-t-on. Parce qu’il y a d’autres améliorations, d’un autre type, que les usagers de la langue acceptent plus facilement ? J’ai l’impression de lire un texte creux. Idem ici (p. 11 colonne 2) :

Traditionnellement, les mots d’emprunt s’intègrent à la graphie du français après quelque temps. Certains, malgré leur ancienneté en français, n’ont pas encore subi cette évolution.

« Traditionnellement » ! Encore du creux ou de l’inadéquat, de l’impropre.

N. B. Tous les dictionnaires écrivent « droit fil » et la réforme ne prévoit pas qu’on écrive « droit-fil ».

——
* avoï, interj., exclamation de surprise, de terreur, d’affirmation énergique, d’exhortation, de prière (Frédéric Godefroy, Lexique de l’ancien français) ; avoi ou avoy, chez La Curne de Sainte-Palaye (Dictionnaire historique de l’ancien langage françois), avec le sens de « mon Dieu ».

 

• 14 mars 2016
Leçon 144. – RO, 27. « Casse couille ». Quand se conjuguent vulgarité et cacographie réformée, ou l’apothéose de la prétention

J’ai un peu hésité entre « apothéose de la prétention » et « apothéose de la prétention moderne », car ce mélange de grossièreté et de prétention est typiquement moderne dans les médias (et chez les politicards) ; elle est arrivée en 1981 avec l’élection de Mitterrand. J’en ai parlé ici dans une autre page, me semble-t-il.

Site de France Musique le 11 mars 2016 :

 

• 15 mars 2016
Leçon 145. – RO, 28. Il faut redéfinir certains mots

Définitions actuelles du mot tréma par le Nouveau Petit Robert électronique 2001-2002 et par le Larousse en ligne.

Robert
Signe formé de deux points juxtaposés que l’on met sur les voyelles e, i, u, pour indiquer que la voyelle qui précède doit être prononcée séparément. « Astéroïde » s’écrit avec un tréma.

Larousse le 14 mars 2016
Signe orthographique constitué de deux points juxtaposés que l’on place sur les voyelles e et i (ainsi que o et u dans quelques mots étrangers) pour indiquer que la voyelle qui précède a une prononciation indépendante (naïf, coïncidence, aiguë).

Dans les cas des « nouvelles » graphies aigüe, argüer, gageüre, mangeüre, etc., qui remplaceraient les « anciennes » graphies aiguë, arguer, gageure, mangeure, etc., les définitions ci-dessus ne s’appliquent plus, puisque, primo, dans ces mots la lettre trématisée suit aussi bien des consonnes que des voyelles et que, secundo, les voyelles e de gageüre et de mangeüre qui précèdent immédiatement les lettres trématisées ne doivent pas être prononcées (elles ne sont là que pour adoucir le son g en j) et qu’elles n’ont donc ni prononciation séparée ni prononciation indépendante : elles sont muettes.
Dans le Larousse, il faudra aussi changer le « ainsi que [...] u dans quelques mots étrangers ».

Les dictionnaires devront aussi probablement reformuler toutes les entrées qui parlent de tréma, mais aussi les annexes grammaticales, etc.
Quand on touche à une seule carte du château de cartes, tout bouge et menace.

N. B. 1. Appâts a été redéfini partiellement par les « Rectifications », puisqu’il inclut l’acception de appas (v. leçon 139).
N. B. 2. Noter la définition de tréma par Littré :
Deux points mis sur une voyelle, pour indiquer qu’elle se détache de celle qui la précède ou qui la suit.
Noter aussi cet exemple dans la définition de tréma adjectif par Littré :
Des ë tréma.
Ecriture pléonastique. Il faudrait écrire « des e tréma, qui s’écrivent ë ».
De même serait pléonastique « un E majuscule ».

 

• 15 mars 2016
Leçon 146. – RO, 29. Quelques graphies à ü chez Godefroy*

mangeüre, s. f., mangeoire, auge, crèche // démangeaison // nourriture
masqueüre
meneüre
mesleüre
mesmarcheüre
mespreneüre
muceüre
mutileüre

mangeure/mangeüre
— Le terme mangeure est absent du Nouveau Petit Robert électronique 2001-2002.
— Le dictionnaire de l’Académie en ligne signale la graphie du XIIe siècle maingëure.
— Dictionnaire historique de l’ancien langage françois, La Curne de Sainte-Palaye : « mangeure. Pâture du sanglier ; terme de vénerie. Voicy ou le sanglier a fait ses mangeures. »
— Petit Dictionnaire de l’ancien français, Hilaire van Daele, 1940 : « mangeüre, s. f., mangeoire // crèche // nourriture. »
— Littré : « mangeure. Endroit mangé d’une étoffe, d’un pain, etc. Mangeure de vers. Mangeure de souris. // Terme de vénerie. Pâture du sanglier ; pour celle du cerf on dit viandis. »
— Grand Dictionnaire encyclopédique Larousse (1984) : « mangeure. Vx. Endroit mangé d’un pain, d’une étoffe, etc. : Mouchoirs criblés de mangeures. // Véner. Pâture du sanglier et du loup. »

——
* Frédéric Godefroy, Lexique de l’ancien français.

 

• 15 mars 2016
Leçon 147. – RO, 30. La réforme, « une bêtise abyssale »

L’académicien Dominique Fernandez disait hier sur France Musique (émission « Passion classique », d’Olivier Bellamy) de la réforme de l’orthographe qu’elle est d’« une bêtise abyssale » ; c’est bien, de l’avoir dit sans circonlocution, mais aucun argument n’a été avancé, zéro. Dominique Fernandez n’en parle que durant trois minutes pour redémarrer sur la sexualité gay, et là on ne peut plus l’arrêter avant la publicité pour Audika, spécialiste des appareils auditifs.
En différé : http://bit.ly/1QVuhvk

Avec des opposants pareils, la réforme n’a rien à craindre.

 

• 16 mars 2016
Leçon 148. – RO, 31. Arguer comme rédarguer

rédarguer (ré-dar-gu-é). V. a. Terme vieilli. Blâmer, reprendre. (Littré.)

 

• 16 mars 2016
Leçon 149 – RO, 32. Les rectificateurs inventent un mot anglais

A propos de la francisation des anglicismes, page 18 colonne 1 :

Lorsque la prononciation du -er (final) est celle de -eur, on préférera ce suffixe (exemple : debatter devient débatteur).

Le mot anglais est debater, c’est donc une quatrième coquille.

 

• 17 mars 2016
Leçon 150 – RO, 33. Attention à l’effet domino

L’un des grands dangers d’une modification est l’effet domino. Ainsi, si on rectifie chausse-trape, qui devient chausse-trappe, ne doit-on pas également rectifier une attrape et attraper, qui viennent de trappe ?

 

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