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Comment écrire au président de la République
et ne recevoir aucune réponse
– et autres guitares
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• 20 décembre 2017    
Leçon 356. – A quoi servent les guillemets, 1 ?

La vocation des guillemets n’est pas de montrer que l’auteur (ici l’Express, voir ci-dessous) a des doutes ni qu’il se moque, mais de citer. Si, par exemple, Tex a dit que c’était une blague, plutôt que « un jeu de provocation » ou « une mauvaise blague » ou tout autre mot, il est difficile (nous ne disons pas impossible) de reprocher à l’Express de mettre des guillemets. Idem si la presse en général a utilisé le mot blague, dans ce cas l’Express reprend et cite, implicitement ou pas, ce qui se dit et s’écrit.
De même si nous écrivons « Untel est “fou” » pour signifier à notre lecteur que le mot « fou » est peut-être excessif ou qu’il n’est pas parfaitement adéquat, qu’il est douteux, mais que nous n’en avons pas trouvé d’autre, nous utilisons les guillemets à mauvais escient.
Si souvent ce qui est mis entre guillemets peut prêter à l’interprétation que l’auteur est critique de ce qu’il rapporte, il ne faut pas en conclure que les guillemets sont une marque de désapprobation, ce n’est pas leur rôle.
Le hérisson s’est emporté, et le « t... du c... » (citation partielle ad usum Delphini) n’est pas très justifié.
A la décharge du hérisson, tous les journalistes doivent être considérés comme suspects — ils ont tout fait pour —, suspects de hurler avec les loups et de bêler langoureusement avec les moutons même s’ils donnent de temps en temps des preuves d’intelligence ou d’autonomie.

https://twitter.com/Herissident/status/943226566519279622

Ce problème de guillemets mal interprétés ou mal utilisés et par certains auteurs et par certains lecteurs est très récurrent. Nous avons commis l’oubli d’en parler ici avant aujourd’hui. Cet exemple-là nous a paru intéressant, car il n’émane pas d’un commentateur lambda, mais d’un twitto qui écrit beaucoup (« 11,8 k » tweets) et à qui on peut supposer une bonne expérience de l’écrit.

De l’opportunité de raconter ce genre de blague sur une chaîne de télévision — où une bonne partie des spectateurs sont des abrutis qui y verront ou y sentiront une forme de caution à la violence contre les femmes — ou du caractère disproportionné de la sanction, nous ne discuterons pas ici, mais on pourra se reporter ici, où Riss défend Tex : https://www.lexpress.fr/actualite/medias/blague-sur-les-femmes-battues-charlie-hebdo-vole-au-secours-de-tex_1970463.html.

 

• 20 décembre 2017   
Leçon 357. – A quoi servent les guillemets, 2 ?

Exemple frais du jour : l’auteur écrit ci-dessous « les “mille” visages », avec des guillemets à mille, par une sorte d’hypercorrection pour nous indiquer qu’il n’y en a pas vraiment mille :

Ici les guillemets sont utilisés — à tort — pour indiquer au lecteur que le mot n’est pas à prendre au pied de la lettre. Les guillemets perdent donc leur valeur d’exactitude et de citation pour indiquer l’approximation... Un bel exemple de guillemets galvaudés.

http://bit.ly/2DfDHPH

La phrase de présentation « Le Blog Gallica nous invite à découvrir les “mille” visages du Père Noël » renvoie à cet article, où l’on peut constater que le mot « mille » n’est à aucun moment utilisé ; il s’agit donc bien d’une utilisation vicieuse des guillemets.

 

• 21 décembre 2017   
Leçon 358. – A quoi servent les guillemets, 3 ?

— Exemple d’utilisation erronée de l’expression « entre guillemets ».
« Toujours les écouteurs aux oreilles, il passe son temps à écouter de la musique, c’est un drogué entre guillemets » au sens de : « La musique est une quasi drogue pour lui. »
Quelques branchouilles font en même temps avec deux doigts de chaque côté du visage ce que les anglophones appellent des oreilles de lapin ; d’autres disent « entre parenthèses » mais veulent dire « entre guillemets ». Problème aggravé.
« C’est un drogué entre guillemets » pourrait signifier que le mélomane lui-même se dit drogué à la musique, ce seraient alors de vrais guillemets, des guillemets de citation.

— On connaît aussi l’expression « c’est un vrai » (ou « c’est un véritable ») suivie d’un substantif qui signifie presque le contraire de ce qu’elle dit. Exemple : « Il écoute tout le temps de la musique, c’est un vrai drogué. »
Pis, certains journassots probablement stagiaires affectionnent la formulation où « vrai » est suivi de guillemets qui ne signifie pas exactement ce qu’elle dit : « La démission d’Untel serait pour son patron une vraie “catastrophe”. » Ici « une vraie “catastrophe” » signifie soit « une sorte de catastrophe », soit « une catastrophe majeure ». C’est parfois indéterminable, jamais clair.

Mise à jour : « Le vrai qui n’est pas vrai », voir ci-dessous la leçon 363.

 

• 23 décembre 2017   
Leçon 359. – Avant que par assassinat s’éteigne le dinosaure « réclame »

Juillet 1951, avant que « réclame » soit remplacé par le terme mélioratif « publicité ». En 1951, le mot « réclame » n’avait plus que deux ou trois lustres à vivre avant de devenir inusité.

Etudes de presse, « Fonctions de la presse », par Jean Stœtzel, numéro du 15 juillet 1951, p. 41.

Téléchargeable à http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k97667918.item.

« Réclame » et « publicité », voir les leçons 331, 332, 333 et 334.

 

• 23 décembre 2017   
Leçon 360. – « Nos ancêtres les Arabes ? Pour 500 mots ? »

L’auteur recadre les prétentions réelles ou supposées de l’arabe et relativise ce que notre lexique lui doit. Bien vu, mais la toute dernière phrase, dont on devine à peine le sens, est très médiocrement gaulée : « Enfin, et surtout, on nous vante les bienfaits de l’immigration (de masse) par le biais de l’enrichissement culturel… Mais comment aurions-nous pu intégrer tous ces mots d’origine arabe dans les siècles passés s’il avait fallu attendre l’arrivée de centaines de milliers d’étrangers durant ces dernières décennies pour bénéficier d’un enrichissement culturel ? »

Il est évident que le titre Nos ancêtres les Arabes, ce que notre langue leur doit, du livre récent de Jean Pruvost relève de la provocation, du pouf* et de la réclame, à commencer par le mot langue, qui serait judicieusement remplacé par le terme moins large, plus précis (et moins valorisant) de lexique.

http://www.lysardent.fr/2017/12/23/nos-ancetres-arabes-500-mots/

Archive : http://archive.is/h2tzQ

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* Pouf, voir leçon 331 (le mot a probablement une origine onomatopéique).

 

• 24 décembre 2017   
Leçon 361. – « Le français risque de devenir une langue morte comme le latin »

Exhumé un interview de 2016 de Michel Zink, secrétaire perpétuel de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, qui craint que le français ne devienne une langue morte.
Merci au journassot du Figaro.fr Astrid de Larminat* pour les fautes qu’il a bien voulu semer dans les réponses de Michel Zink :

Et oui, on risque d’arriver à un nouveau phénomène de ce type, le français devenant une langue morte comme l’est devenu le latin.

Les professeurs. Ils ont un rôle presqu’opposé à celui des écrivains. 

C’est un enjeu immense, presqu’essentiel. 

http://www.lefigaro.fr/langue-francaise/actu-des-mots/2016/09/14/37002-20160914ARTFIG00252-michel-zink-le-francais-risque-de-devenir-une-langue-morte-comme-le-latin.php
Archive : https://archive.is/uBYob

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* Si journassot sonne bien, journassotte sonne mal, mièvre peut-être. Nous avons donc fait du néologisme que nous avons créé et sur lequel nous avons encore tous les droits un mot sans sexe, comme bébé, sentinelle, témoin, canaille, fripouille ou assassin. Un journassot est donc aussi bien un homme qu’une femme. Un épicène du genre masculin.

 

• 24 décembre 2017   
Leçon 362. – L’Académie greffier de l’usage ? Oui et non selon Charles Lebaigue, 1890*

[Début de citation]
[On dit que] demander à l’Académie qu’elle règlemente la langue écrite de son propre mouvement et de propos délibéré, c’est se méprendre sur ses attributions, c’est l’investir d’un mandat qu’elle s’est toujours défendue d’exercer. Elle ne légifère pas, elle verbalise. Et on le prouve. Lorsque, en 1740, elle supprima les consonnes muettes dans advocat, aspre, eschole ; lorsque, en 1762, elle remplaça l’y par l’i dans roy, celuy, essay ; lorsque, en 1835, elle se décida à imprimer français, venait, au lieu de françois, venoit, elle ne faisait que consacrer des pratiques reçues ; elle ne précédait pas l’usage, elle le suivait.
D’accord ; mais il serait également aisé de montrer qu’entre-temps elle faisait acte d’initiative et d’autorité. Si le plus souvent elle s’est bornée au rôle passif d’un greffier enregistrant les décisions prises en dehors d’elle, elle a su à l’occasion remplir les fonctions d’un juge rendant proprio motu des arrêts exécutoires. Je ne citerai que des exemples relativement récents et empruntés à des faits du même ordre. Dans l’édition de 1835, je vois qu’elle a remplacé les formes secrette et discrette par secrète et discrète, fidelle et modelle par fidèle et modèle ; que dans celle de 1878, elle a uniformisé les graphies consonance, assonance et dissonance, emmailloter et démailloter, ficelier et tonnelier, bourrellerie et chapellerie, squameux et desquamation, dysenterie et dysurie, soit en retranchant, soit en ajoutant une des consonnes jumelles. Dira-t-on qu’en pareil cas elle cédait à la pression de l’opinion publique ou à l’ascendant de quelques grands écrivains ? Ou bien encore se proposait-elle, comme le pense M. Bréal, de trancher un différend entre deux usages contraires ? Pas le moins du monde. En contrôlant son œuvre, elle se mettait d’accord avec elle-même, et pour cela ne prenait conseil que d’elle-même : voilà tout.
[Fin de citation]

N. B. 1. La formule traditionnelle et consacrée est « l’Académie greffier de l’usage ». Y aura-t-il des voix féministes pour rectifier et demander une « Académie greffière de l’usage » ?
On trouvera dans ce livre une bibliographie sur les nombreuses propositions de réformes orthographiques de la langue française, dont l’ouvrage les Cerveaux noirs et l’orthographe, d’Edouard Raoux, professeur à Lausanne, de 1890, titre qui devrait faire bondir les professionnels médiatiques du triple saut, remontés à bloc en ce moment.
Du grain à moudre pour les journassots et pour les assoces.

N. B. 2. L’Académie greffier de l’usage ? oui et non, disait également Abel Hermant, puriste sévère et impitoyable élu à l’Académie française en 1927 et déchu en 1945 pour collaboration : http://www.academie-francaise.fr/lacademie-et-la-defense-de-la-langue-francaise.
« Je crois [...] que, pour le principe, notre Compagnie pourrait, sans illusion, donner aux ennemis de la langue française quelques avertissements, mais, pour l’application, s’en fier plutôt à l’action directe de certains francs-tireurs qui ne craignent pas les coups et qui se plaisent à aimer le français dangereusement », déclarait-il hardiment en 1934.

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* La Réforme orthographique et l’Académie française, 2e édition, revue et augmentée d’un appendice, de Charles Lebaigue, 1890. Téléchargeable chez Gallica : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k65292206

 

• 25 décembre 2017   
Leçon 363. – Le vrai qui n’est pas vrai, suite

— Littré sous guet-apens :

guet-apens (ghè-ta-pan), s. m.
[...]
Fig. C’est un guet-apens, un vrai guet-apens, se dit familièrement de mille petites surprises dans la vie ordinaire.

— On peut citer aussi Le Chat et un vieux Rat de Jean de La Fontaine...  

Ce chat exterminateur,/Vrai cerbère, était craint une lieue à la ronde

... en rappelant que le vrai Cerbère (avec une capitale) est un chien. (Nous ignorons si La Fontaine mettait ou non une capitale dans sa fable.)

Ce vrai peut être placé dans la catégorie officieuse des exagérations, dans les « se dit par exagération » des dictionnaires, mais en général dans une œuvre d’information ce vrai n’a pas sa place.
Ne parlons pas des vrais-faux avec lesquels la journassottise tout entière nous a, jusqu’à l’otite, bassiné les ouïes pendant des années. Ah, ils l’ont aimé, vrai-faux ! ils l’ont tant aimé. On aurait dit des gosses.

 

• 26 décembre 2017   
Leçon 364. – Liaisons. « Des guets-Zapens » ?

« Des guets-Zapens » ? Cette question ne se pose pas pour les mots qui ne varient pas au pluriel : « des pied-à-terre, des pot-au-feu ».
Le dictionnaire de Littré est à notre connaissance le seul qui donne autant d’indications sur les liaisons à faire ou à ne pas faire, et ces indications sont innombrables (les dictionnaires actuels ne donnent que quelques rares renseignements, par exemple pour « sang et eau »). Quelques exemples :

— commis, s. m.
L’s se lie : un ko-mi-z intelligent.

— fatras, s. m.
L’s se lie  : un fa-trâ-z insipide.

— guet-apens (ghè-ta-pan), s. m.
Au plur. Des guets-apens, mais prononcé comme au singulier, c’est-à-dire sans tenir compte de l’s.

— mot, s. m.
Le t se lie dans la prononciation soutenue : un mo-t ambigu.

— on, subst. abstrait
L’n ne se lie pas quand, dans une interrogation, on est après son verbe ; que dit-on à la cour ? Elle ne se lie pas non plus dans le proverbe : on est un sot. Vers la moitié du XVIIe siècle, on intercalait un z de liaison et on prononçait : on-z ouvre, on-z espère, etc. ; Méré, dans son Traité de l’éloquence et de l’entretien, s’élève contre cette prononciation.

— pas, s. m.
L’s se lie : un pâ-z allongé.

N. B. 1. On remarquera que, à la différence de guets-apens, on prononce Etats-Unis [éta-zunis]. Littré note : « L’ancienne prononciation, celle qu’on a pu entendre dans la bouche des vieillards, était é-ta unis. »
N. B. 2. Sur les liaisons, on trouvera deux articles sur le site de l’Académie francaise :
— http://www.academie-francaise.fr/questions-de-langue#46_strong-em-liaisons-em-strong
http://www.academie-francaise.fr/absence-de-liaisons-apres-les-adjectifs-numeraux-cardinaux

 

• 27 décembre 2017   
Leçon 365. – La Réforme orthographique* de Charles Lebaigue, suite

Dans La Réforme orthographique et l’Académie française de Charles Lebaigue, de 1890, on apprendra un grand nombre de choses sur l’histoire de l’orthographe de la langue et on retiendra quelques propositions de rectifications. Celle-ci nous paraît bonne :

Didot voudrait qu’on écrivît donne-s-en, en isolant l’s euphonique comme le t dans aime-t-il. A notre avis, la véritable correction à opérer, ce serait de rattacher l’s au verbe, non comme lettre euphonique, mais comme désinence grammaticale, et de faire disparaître ainsi une anomalie propre aux verbes de la première conjugaison et à quelques autres. Si, comme le disent les grammaires, la deuxième personne de l’impératif est la même que celle du présent de l’indicatif, moins le pronom tu, pourquoi ne dirait-on pas aimes, cueilles, comme on dit finis, reçois ?

————
* La Réforme orthographique et l’Académie française, 2e édition, revue et augmentée d’un appendice, de Charles Lebaigue, 1890. Téléchargeable chez Gallica : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k65292206

Ici sur le même sujet : Lesdites « Rectifications de l’orthographe » de 1990, analyse d’un cafouillage.

 

• 27 décembre 2017   
Leçon 366. – La une d’une revue « bimensuelle » sur la langue française du 15 octobre 1868, 1


Première année, numéro 2. Paraît deux fois par mois.

Que le goût pour la langue ne date pas d’hier.
Le périodique le Courrier de Vaugelas sur une dizaine de pages en moyenne contient, entre autres, des réponses à des lecteurs (réels ou imaginaires, comme on le pratique aujourd’hui également ; la forme lettre-réponse étant une façon agréable au lecteur et commode à l’éditeur pour traiter un sujet). Exemples.

Je vous serais obligé de m’expliquer pourquoi on disait autrefois, et sous Louis XIV encore, des lettres royaux, et non pas des lettres royales, ce qui semble infiniment plus logique.

— De la logique ! on en voudrait toujours trouver dans les langues, parce qu’on ne se rend pas compte qu’une foule d’anomalies sont la conséquence de règles tombées en désuétude, mais qui, cependant, nous ont laissé quelques mots subissant encore leur application à notre insu.
Tel est l’adjectif royal dans lettres royaux, ancien terme du palais : [...]

J’obtiens lettres royaux, et je m’inscris en faux.
(Racine, Plaideurs, I, 7.)

Pourquoi ne disait-on pas royales ?
La difficulté n’est ici qu’apparente. On pourrait croire (ce qui est, en effet, conforme à notre langue moderne) que royaux est une forme masculine ; mais il n’en est point ainsi : royaux est la forme jadis unique, féminine aussi bien que masculine, de l’adjectif royal.
Du reste, dans notre langue du moyen âge, il en allait de même pour tous les adjectifs tirés d’adjectifs latins terminés par is (regalis, viridis, fortis, grandis, etc.) ; ils n’avaient qu’une forme pour les deux genres, ce qui tenait évidemment à ce qu’en latin la terminaison is était commune au masculin et au féminin : [...]

Que l’erbe vert en est ensanglantée.
(Concisvals, p. 90.)

[...] Depuis le XVIe siècle, nous avions, à la vérité, la forme ale, spéciale pour le féminin ; mais l’ancienne s’était maintenue dans lettres royaux, terme de chancellerie, en quelque sorte comme un mollusque des vieux âges se conserve intact dans certains milieux.

Enfin, pour la remarquable habileté diplomatique et l’humour in cauda venenum qu’il manifeste, un extrait de la réponse à une autre question.

Je lis dans le FIGARO la phrase suivante : « Cette boîte à surprises, qui ressemble COMME DEUX GOUTTES D’EAU à la commode des frères Davenport, a cependant émerveillé les spectateurs. » Approuvez-vous cette construction, et, dans la négative, comment faudrait-il écrire ?

— S’il suffisait d’avoir de l’esprit pour être irréprochable au point de vue de la grammaire, le Figaro, certes, n’aurait guère à redouter ma censure ; mais cela ne suffit pas toujours, et surtout dans la phrase que vous me soumettez, car elle contient une faute énorme que je vais d’abord expliquer. [...]

————
— Les lettres royaux sont définies dans l’Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers.
— On peut télécharger 240 numéros du Courrier de Vaugelas de 1868 à 1881 à Gallica :
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/cb327508332/date&rk=21459;2

 

• 27 décembre 2017   
Leçon 367. – La une d’une revue « bimensuelle » sur la langue française du 15 octobre 1868, 2

Dictionnaire de Littré :

— bimensuel, elle, adj.
Qui se fait, qui paraît tous les deux mois, par opposition à semi-mensuel, qui s’applique à ce qui se fait, qui paraît deux fois par mois.
REMARQUE
C’est une erreur de prendre bimensuel pour exprimer deux fois par mois. Bisannuel signifie non pas deux fois par an, mais qui se fait tous les deux ans, qui dure deux ans. Bimensuel ne veut pas plus dire deux fois par mois que trimestriel ne veut dire trois fois par mois.

Larousse en ligne :

— bimensuel, elle, adj.
Qui a lieu, qui paraît deux fois par mois.

Va savoir !

• 28 décembre 2017   
Leçon 368. – La une d’une revue « bimensuelle » sur la langue française du 15 octobre 1868, 3

Il semble que c’est en octobre 1871 que la mention « bi-mensuel » de la une a été remplacée par « semi-mensuel » (voir la photo ci-dessous et comparer avec la photo de la leçon 366). Quoi qu’il en soit, le Courrier de Vaugelas reste et demeure un périodique de lecture facile, confortable, agréable, instructive et récréative.
¿ Qui le rééditera en totalité ou par morceaux choisis (sur papier ou sur un web en version texte nettoyée de son imparfait scannage de la BNF, et non en PDF)* ? Chaque numéro a une dizaine de pages.


Troisième [sic] année. Paraît deux fois par mois.


————
* Le « ¿ » qui introduit la phrase est une proposition helvétienne reprise par Charles Lebaigue que nous lecteur et locuteur hispanophones à nos heures approuvons sous réserve d’essais et méditons depuis un moment, car faire de la langue française un outil efficace et précis est certainement notre devise première : « Rappelons un vœu qui a été exprimé par l’Institut génevois [sic], relativement à la ponctuation. Il s’agirait de noter l’interrogation et l’exclamation par un signe placé à la fois au commencement et à la fin des phrases, ainsi que le font les Espagnols. La réduplication du point interrogatif ou exclamatif est surtout nécessaire quand la longueur de la phrase ne permet pas au lecteur d’en deviner l’intonation », écrit Charles Lebaigue (voir la leçon 362) page 66.
Pour les acclimater et leur découvrir d’éventuels inconvénients, il nous faudra pratiquer souvent le ¿ et le ¡. Ici décollé du mot qui le suit, le ¿ est visuellement un peu gênant, il flotte ; à quoi se rapporte-t-il ? peut-on se demander. Il gagnerait à être collé, mais il faudrait alors en faire autant pour le point d’interrogation final (en espagnol les points d’interrogation — et d’exclamation — sont collés) ; en un mot comme en cent, il dérange nos habitudes visuelles.

 

• 29 décembre 2017   
Leçon 369. –  « Génevois » ?

Dictionnaire de Littré :

génevois, oise, adj.
Qui appartient à Genève, ville de Suisse. Le parler génevois.
REMARQUE
Le Complément du Dictionnaire de l’Académie française, Paris, 1842, met un accent aigu sur la syllabe gé. Mais à Genève l’habitude est de ne jamais accentuer cette syllabe dans les livres ni dans les journaux.

 

• 31 décembre 2017   
Leçon 370. –  L’inconsolable année 2017

Pour clore cette piteuse, furieuse, inconsolable année 2017, nous rapporterons cette remarque amère qu’aujourd’hui encore nous nous sommes faite à la lecture de la presse : il semblerait que nombre de journalistes veuillent bénéficier du statut d’intellectuel tout en refusant de faire fonctionner leur intelligence, comme un dénommé « sportif » qui ne ferait pas de sport.

Il n’y a rien à espérer dans un avenir proche, car les clés ont été remises et seront encore remises aux moins exigeants et aux plus soumis, qui tiennent la baraque ; ce sera de plus en plus souvent le cas et ce sera de plus en plus visible.
Ils sont les plus forts parce qu’ils sont les plus nombreux.
Les gens exigeants que nous sommes sont mal entendus.

Pour qu’un chef unique dirige tout, la solution la plus efficace nous semble être la suivante, qui est appliquée depuis longtemps : qu’il soit entouré d’incompétents et de clients au sens le plus ancien du terme qui doivent tout au chef et rien à leur mérite.

Nous aurions beau nous dire et nous répéter que notre combat pour la précision, la clarté, l’exactitude, la vérité de la langue écrite ou parlée n’est qu’un détail des maux, de la décivilisation qui nous accable, nous n’arriverions pas à nous en convaincre, aussi continuerions-nous à faire entendre notre voix dans ce sahel, ce demi-désert qui avance et qui veut tout recouvrir, hommes, choses, idées surtout.

François Hollande faisait partie de ceux qui ne doivent rien à leur mérite mais tout à un chef (et aux circonstances, objectera-t-on, mais ne serait-ce pas ce chef au-dessus de lui qui a créé les circonstances ?) :

François Hollande photographié dans son bureau par les visiteurs
lors d’une des Journées du patrimoine de septembre 2016.
C’est le 14 mai 2017 qu’il quittait le palais présidentiel
et « laiss[ait] la France en meilleur état qu’en 2012 »*.

 

 

 

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* http://www.estrepublicain.fr/actualite/2017/05/14/hollande-au-ps-je-laisse-la-france-en-meilleur-etat-qu-en-2012
Archive : http://archive.is/Wn8M0

 

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