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« Le jour baissait, les cocotiers s’agitaient au-dessus de nos têtes,
secouant sur nous leurs cent-pieds et leurs scorpions »,
le Mariage de Loti, Pierre Loti, 1880

 

La pathologie des médias, p. 4


 

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• Bloc-notes 61 à 90


BLOC-NOTES, suite

• Note 91 du 7 décembre 2006. Labadens
Un peu surpris de ne pas trouver dans le dictionnaire (1863-1872) de Littré le mot labadens. Cependant je l’ai trouvé dans le Nouveau Larousse illustré (1897-1903) :
labadens. N. m. Camarade de collège ou de pension  [du nom du maître de pension Labadens dans le vaudeville d’Eugène Labiche l’Affaire de la rue de Lourcine, 1857].
Le Grand Larousse encyclopédique (10 volumes, 1964) ajoute, entre autres, une nuance importante  : « ancien camarade de pension » ; tandis que le Grand Dictionnaire encyclopédique Larousse (10 volumes, 1982) mentionne seulement « camarade de classe » (a).
Labadens, camarade de classe, camarade d’établissement, condisciple,..., ces mots ou ces locutions sont impuissants à exprimer certaines réalités plus précises très courantes. Il faudrait, entre autres, inventer commensal de classe et commensal d’établissement. Du travail pour les néologues.

a. Labadens est absent du Petit Robert et du Petit Larousse.

 

• Note 92 du 8 décembre 2006. Moteurs de recherche, 1 : Google impénétrable
[Texte supprimé. Le reste est conservé pour mémoire.] La recherche ce jour de “les médias me rendent malade” (recherche entre guillemets, c’est-à-dire de l’expression exacte) ignore cette même page d’accueil bien que l’expression exacte “les médias me rendent malade” soit présente 42 fois dans cette page mise en cache par Google le 5 octobre 2006 et toujours consultable ce 8 décembre. Autre mystère : si au 5 octobre 2006 compotateur était présent dans ma page en cache chez Google, pourquoi cette page n’apparaissait pas dans les résultats de recherche sur compotateur le 6 octobre, par exemple ?
Google est parfois imprévisible, impénétrable, capricieux. Des spécialistes des moteurs de recherche (spécialistes doucement manipulés par Google ?) disent que c’est voulu. N’est-ce pas plutôt un des bogues (a) de son algorithme de recherche (« Puisque ces mystères me dépassent, feignons d’en être l’organisateur », Jean Cocteau, les Mariés de la Tour Eiffel) ?

a. Lire cet article, par exemple.

/!\ Mise à jour du 15-8-2007. Si l’on tape lesmediasmerendentmalade dans le champ de requêtes de Google, on obtient en sixième et dernière position un site pornographique sans rapport aucun avec la requête (mêmes résultats le 14 août). Copie d’écran ici.

 

• Note 93 du 8 décembre 2006. Les médias me rendent malade, 50
–– Familiarité, désinvolture, 2
Copie d’écran : http://lesmediasmerendentmalade.fr/_images/litvinenko.jpg
Page du site : http://www.lexpress.fr/info/quotidien/24himages/default.asp?idi=163
« Litvinenko six pieds sous terre », c’est la légende de la photo du cercueil de Litvinenko sur le site de l’Express : familiarité et désinvolture gratuites. Même pas l’excuse d’un jeu de mots ; même pas l’excuse du cynisme, car le cercueil n’est pas sous terre ; même pas l’excuse que le mort soit un personnage méprisable aux yeux de l’Express. Le pied de nez, le bras d’honneur, le crachat est entièrement gratuit (a).

a. Ecrit ce jour un courriel à la responsable du courrier des lecteurs de l’Express. Attends la réponse.

 

• Note 94 du 9 décembre 2006. Les médias me rendent malade, 51
–– Trop ou pas assez
Voici en substance une conversation que j’ai eue ce matin.
Lui. – N’êtes-vous pas las de planter depuis cinq mois des banderilles un peu dérisoires [a] dans le garrot d’un type majoritaire de journalistes que vous appelez marchands de peignes et mercelots ? N’avez-vous pas des arrière-sentiments (de raté aigri, par exemple) ? N’avez-vous pas des arrière-pensées (de vous faire connaître et reconnaître, par exemple) ?
Moi. – Pour les arrière-sentiments et les arrière-pensées, oui ; mais pas ceux que vous dites. Pour les banderilles, oui ; il s’agit de banderilles – le terme est parfaitement adéquat – un peu dérisoires. Vous paraîtrai-je prétentieux si je vous disais qu’elles sont – comme les banderilles de la corrida – un prélude à tenter de porter une estocade une fois réunies certaines conditions ? et un faiseur et un faux mystérieux si je vous disais qu’il est trop tôt pour que je révèle mon exact dessein, qui ne se limite pas à estoquer ?
Ajoutons pour finir qu’« il est permis à chacun de tuer des mouches et même des rhinocéros, afin de se reposer de temps en temps d’un travail trop escarpé » (les Chants de Maldoror, IV, Lautréamont).

 

• Note 95 du 9 décembre 2006. Les médias me rendent malade, 52
–– Les favoris des mercelots
Le mercelot adore le mot mythique. Par exemple ce 9 décembre sur France Inter ou sur France Info, « l’Himalaya est un sommet mythique ». Dès qu’il peut caser mythique, le mercelot le case ; d’ailleurs presque tout personnage à partir du moment où il meurt devient mythique à ses yeux : Napoléon, René Coty, Mitterrand sont mythiques – et Giscard, Le Pen et Ben Laden une demi-seconde après leur mort seront mythiques. Le mercelot aime les mots des contes de fées, les mots qui font rêver, les mots qui portent émotion beaucoup plus que ceux qui portent une information ; d’ailleurs son but n’est plus d’informer.

 

• Note 96 du 10 décembre 2006. Les médias me rendent malade, 53
–– Tout bénef, 1
Copie d’écran : http://lesmediasmerendentmalade.fr/_images/benefice.jpg
Page du site : http://fr.news.yahoo.com/10122006/5/trois-crs-blesses-pau-la-suite-d-echauffourees-avec-des.html
« Dimanche 10 décembre 2006, 17h07. Trois CRS blessés à Pau à la suite d’échauffourées avec des individus encagoulés.
PARIS (AP) – Trois CRS ont été blessés vendredi en début de soirée à Pau (Pyrénées-Atlantiques) après avoir été pris à partie par une quarantaine d’individus encagoulés et armés de battes de base-ball et de barres de fer, a-t-on appris dimanche auprès du Syndicat général de la police-Force Ouvrière (SGP-FO). Touchés au genou, au tibia et au dos, les fonctionnaires ont bénéficié d’une interruption temporaire de travail de 10 et 8 jours. »
C’est moi qui ai mis le mot bénéficié en vedette par du gras. Ç’aurait pu être drôle si le sujet n’était pas – comment dit-on déjà chez les marchands de peignes ? – emblématique d’une épouvantable déliquescence sociale (a).
Explication probable de cette maladresse : l’auteur a trouvé que la formulation « les fonctionnaires ont eu une interruption temporaire de travail » qui lui venait naturellement sous la plume était indigne de lui et de son beau métier, le verbe avoir étant bien trop commun (comme le verbe être, qui est parfois remplacé à tort par rester, ou le verbe faire, détesté et remplacé par réaliser, effectuer, élaborer ou encore parler de par évoquer, etc.) ; il a donc pris le premier aristonyme venu : bénéficier.
Il n’a pas eu le temps de trouver « il leur a été prescrit des interruptions de travail de 10 jours et de 8 jours », qui eût satisfait à ses désirs de précision et d’élégance.
Noter quand même au passage les redondances ou les remplissages : une interruption est forcément temporaire et, 8 jours, comme 10 jours, c’est forcément temporaire...

a. Lire ma note 98, ci-dessous.

 

• Note 97 du 11 décembre 2006. Tricherologie, tricherologue, tricherie
Tricherologie, tricherologue, plus drôles que paracrouôlogie et que paracrouôlogue même si ici les circonflexes me font penser au chapeau pointu du clown blanc, à l’entonnoir sur la tête du fou et au bonnet d’âne.

 

• Note 98 du 11 décembre 2006. Les médias me rendent malade, 54
–– Tout bénef, 2
Quel grand faiseur d’opinion, leader d’opinion ou prescripteur d’opinion comme le Monde ou le Figaro oserait aujourd’hui mettre à la une ces quatre mots « Une épouvantable déliquescence sociale » ? Ils titreraient « Une inquiétante perte de repères », car ils auraient trop peur de se faire peur. A trop prendre du recul, on se retrouve hors sujet. Trop prendre du recul, c’est fuir.

 

• Note 99 du 12 décembre 2006. Moteurs de recherche, 2 : les mots apocopés ou aphérésés
Dans Exalead on peut rechercher des mots « commençant par ». Exemple : coccot* (qui trouvera entre autres coccothrauste).
Il serait certainement bien plus intéressant de pouvoir rechercher des mots « finissant par » (pour rechercher des rimes, des suffixes,...). Exemple : *thrauste (mais à ma connaissance aucun moteur ne le propose ni ne l’a jamais proposé ; pas même AltaVista en 2001, du temps où il était le meilleur des moteurs de recherche).

/!\ Mise à jour du 8-11-2007. Voir la note 199.

 

• Note 100 du 17 décembre 2006. Les médias me rendent malade, 55
–– Qu’est-ce qu’un correcteur ?
Alexandre Vialatte parle des correcteurs dans Et c’est ainsi qu’Allah est grand (sélection de chroniques faite par Ferny Besson) : « Les correcteurs. On fait une faute, ils la corrigent ; on la maintient, ils la recorrigent ; on l’exige, ils la refusent ; on se bat au téléphone, on remue des bibliothèques, on s’aperçoit qu’ils ont raison. Mieux vaut abandonner tout de suite. [...] Ils savent au point qu’ils peuvent corriger les yeux fermés. Il y en a un, chez Plon, m’a-t-on dit, qui est aveugle. C’est le plus rapide. Quelquefois même, pour partir plus vite, il fait les corrections d’avance [...]. »
Bien sûr, c’est du Vialatte, et c’est du roman. Entre autres raisons parce que les correcteurs ne sont pas toujours compétents et, même quand ils sont compétents, il leur arrive de perdre une bataille contre un rédacteur en chef ou contre tout autre supérieur hiérarchique (comme le chef correcteur, ou responsable de cassetin, ou réglette, dont les galons ne récompensent pas nécessairement l’expertise professionnelle), qui refuseront, convaincus d’en savoir plus qu’eux ou par trouille, que tel accord soit corrigé ou que tel mot soit changé, imposant ainsi de maintenir une graphie fautive ou un janotisme criant (a).

a. A propos du rôle des correcteurs et de leur utilité, lire les notes 80 et 81 et 101, ci-dessous.

 

• Note 101 du 18 décembre 2006. Rien moins et rien de moins
Il n’y a que Thomas et Hanse qui, s’appuyant sur l’Académie française, sont catégoriques sur ce sujet : rien moins signifie pas du tout et rien de moins signifie tout à fait. Selon Littré, Robert et Larousse, rien moins peut signifier pas du tout ou tout à fait ou seulement tout à fait. En revanche, ils sont tous les six d’accord sur le sens de rien de moins. Donc éviter rien moins, équivoque (a).
Bernard Frank, dans un périodique du temps où j’y corrigeais, citait avec complaisance une lettre de Jacques Chirac où celui-ci lui disait qu’il n’était « rien moins qu’un grand écrivain » (c’était peut-être même « rien moins que le plus grand écrivain d’aujourd’hui » ; mais la mémoire me fault). J’avais corrigé : « rien de moins qu’un grand écrivain », pour épargner au grand écrivain le risque de moqueries faciles, mais justifiées.

a. Thomas et Hanse conseillent d’éviter les deux expressions, ce qui me semble extrémiste.

 

• Note 102 du 18 décembre 2006. CRS ou gendarme mobile ?
Quelle différence entre un CRS et un gendarme mobile dans le statut ainsi que dans la tenue ? C’est une question que je me suis posée sans trouver d’interlocuteur (le ministère de l’Intérieur ne m’ayant pas répondu) avec le sentiment que les médias devaient confondre l’un et l’autre ou utilisaient l’un comme synonyme de l’autre dans leur ignorance paresseuse et par haine de la répétition (notes 51 et 52).
Voici la réponse de l’administrateur du site http://www-crs.policenationale.com.
« Le CRS est un civil, fonctionnaire de la police nationale. Sa tenue (photo) est entièrement bleu foncé, y compris la veste de la tenue de maintien de l’ordre, sur laquelle se trouve sur la poche poitrine droite l’emblème des CRS (le flambeau). Le casque porte une ou des bandes jaunes ainsi que l’emblème des CRS.
Le gendarme mobile est un militaire. Il fait partie de la gendarmerie, qui dépend du ministère de la Défense. Sa tenue (photo) est principalement bleu foncé, mais la veste de la tenue de maintien de l’ordre est noire et le casque est d’un bleu plus clair avec l’emblème des gendarmes (la grenade). »

 

• Note 103 du 5 janvier 2007. Les médias me rendent malade, 56
–– Affres confondu avec frasques
Copie d’écran : http://lesmediasmerendentmalade.fr/_images/affres.jpg
Page du site de l’Express : http://www.lexpress.fr/info/quotidien/actu.asp?id=8150
Auteur de l’article : Christophe Carrière
Titre : « Nacerisques et périls »
Chapeau : « Au-delà des risques pénaux encourus par Samy Naceri pour ses dernières affres présumées, il y a le préjudice potentiel porté à la promotion de ses films, ainsi qu’au porte-monnaie des productions qui l’engagent »
Texte : « Tant va l’acteur au poste qu’à la fin, il se casse. Et il va arriver un moment où plus personne ne voudra payer les réparations. Car au-delà des risques pénaux encourus par Samy Naceri pour ses dernières affres présumées (“faits de violence avec arme en état de récidive” à l’encontre du videur d’une boîte de nuit), il y a le préjudice potentiel porté à la promotion de Taxi 4 (sortie le 14 février) et, par conséquent, au porte-monnaie de son producteur Luc Besson. »

/!\ Mise à jour. A la suite de mes remarques, les deux erreurs ont été corrigées le 8 janvier, les deux affres ne sont donc plus visibles que sur ma copie d’écran.

 

• Note 104 du 8 janvier 2007. Quelques mots rares, curieux et probablement récents
Source : http://clio.revues.org/document533.html et passim
cénalisant, e. Adj. Qui communie au moins une fois par mois.
messalisant, e
. Adj. Qui assiste habituellement à la messe dominicale.
messé, e. Adj. Qui est présent lors d’un recensement à la messe dominicale et a rempli une fiche individuelle.
pascalisant, e. Adj. Qui fait la communion pascale.

 

• Note 105 du 11 janvier 2007. Les médias me rendent malade, 57
–– Un doudou chasse l’autre (a)
L’expression que dans les médias depuis des mois l’on n’entend plus et qu’on ne lit plus : l’homme fort.
Exemple : Hugo Chavez, l’homme fort du Venezuela.
Les raisons de l’apparition de ce doudou (qui fut fort en vogue il y a un an approximativement) comme celles de sa disparition sont mystérieuses.
Le hochet devait être usé à force d’être sucé. Quelle dérision.

a. doudou. N. m. Fam. Objet transitionnel. « Il avait un doudou, un morceau de satin » (Robert électronique).
objet transitionnel. Objet matériel (pouce, bout de couverture, ours en peluche...) fortement investi par le jeune enfant et lui assurant la transition entre la première relation orale à la mère et la relation d’objet (Robert électronique).

 

• Note 106 du 11 janvier 2007. Les médias me rendent malade, 58
–– L’inactualité du Monde
Copie d’écran : http://lesmediasmerendentmalade.fr/_images/blog.jpg
Page du site du Monde : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3236,36-854339@51-628863,0.html
Voici comment, ce 11 janvier 2007, le Monde définit un blog : un « journal intime sur Internet ».
Un peu comme s’il définissait le moteur à explosion comme une invention récente qui va peut-être révolutionner les transports.
L’auteur de cette définition aurait-il peur d’un média qui lui fait concurrence pour en donner une définition aussi chaste, aussi inoffensive ? Ou bien vit-il déphasé, dans un autre monde (a) ?
Il aurait bien raison d’avoir peur : aujourd’hui les blogs donnent gratis des leçons de courage, de bon sens et de qualité aux soi-disant professionnels de l’information, essorillés, écervelés, émasculés, à-plat-ventrés et bâcleurs.

a. Deuxième absurdité dans le texte (qui est une légende photo) contenant cette définition : bien que défini comme un journal intime, le blog est vu par l’auteur comme un concurrent des médias traditionnels. (Médias traditionnels qui, tout compte fait, sont les journaux intimes de petits chefs autocentrés qui rêvent de continuer à monopoliser la plume, la parole et l’image.)

 

• Note 107 du 16 janvier 2007. Les médias me rendent malade, 59
–– Prononciation
Sources : Robert électronique et Petit Larousse
Copie d’écran : http://lesmediasmerendentmalade.fr/_images/transept_Robert.jpg
Selon le Robert électronique et le Petit Larousse, transept se prononce [transsept] et non [tranzept]. Notez.

 

• Note 108 du 19 janvier 2007. Les médias me rendent malade, 60
–– France 24, c’est zéro
Regardé et écouté ce soir France 24 (« l’actualité internationale 24 h/24 ») en direct sur le web (http://www.france24.com/france24Public/fr/nouvelles/monde.html, cliquer sur le rectangle « La chaîne en direct »). Rien de neuf : encore et toujours ce ton de camelot, cette indécente, cette répugnante mise en scène de camelot, de vendeur brailleur. Et une émission appelée « Le talk de Paris » (prononcer [le tauc]).
Pauvre France 24, pauvre France (car ces bébés talkés qui se se combavent, se compissent, se compètent et se convomissent prétendent explicitement représenter la France et, selon les mots de leur charte, « véhiculer partout dans le monde [ses] valeurs »).

N. B. Le capital de France 24 est détenu à parts égales par France Télévisions (groupe audiovisuel dont le capital est exclusivement détenu par l’Etat français) et par le groupe TF1. La chaîne reçoit une dotation annuelle de l’Etat français de 80 millions d’euros.
Jacques Chirac : « Nous devons avoir l’ambition d’une grande chaîne d’information continue internationale en français, à l’égale de la BBC ou de CNN pour les anglophones. C’est essentiel pour le rayonnement de notre pays » ; Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la Culture : « [ce sera] une CNN à la française ».

 

• Note 109 du 6 février 2007. Les médias me rendent malade, 61
–– Une boussole affolée, 1
Canal Académie (a), radio de l’Institut de France, que je viens de découvrir, n’est pas le modèle de bonne langue (entre autres dénoter au lieu de détonner : écouter directement ici ou sur le site à 1 minute 19 secondes l’intervieweuse Elodie Courtejoie) ni de radio (le ton des intervieweurs David Abiker et Elodie Courtejoie, par exemple ; écouter ici directement comment Elodie Courtejoie dit anus spacieux et statues grecques) ni de modestie (lire ma note a) que je m’attendais à trouver. (De nombreux exemples à venir.)

Néanmoins on y trouve des archives téléchargeables d’émissions intéressantes (langue française, religions [dont l’islam par Roger Arnaldez ici, hélas maltraité par le comédien lecteur Patrick Hamel (b), et ici], histoire,...).

a. Texte extrait de la page Qui sommes-nous ? du site (le gras est de moi) : « Canal Académie est une radio sur Internet. Située au cœur de l’Institut de France à Paris, elle offre les services d’une programmation hebdomadaire et ceux d’une médiathèque (accès aux archives sonores). Canal Académie donne une large place aux communications des Académiciens sur les problèmes de société, aux livres écrits, primés ou recommandés par eux. Canal Académie diffuse les voix des Académies de l’Institut de France [...]. Chaque semaine, elle présente des programmes nouveaux diffusés 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Dans un univers sans boussole, Canal Académie offre la garantie de la rigueur en se plaçant au-delà d’une logique d’actualité. » Admirez le style, le ton prétentieux et mercelot de la dernière phrase.
b. Entre autres choses remarquables, Patrick Hamel lit substansif au lieu de substantif (à 5 minutes 45 secondes), rebellion au lieu de rébellion (à 6 minutes 46 secondes), ghaza au lieu de ghazwa (à 9 minutes 2 secondes), propandistes au lieu de propagandistes (à 27 minutes 24 secondes ou écouter directement l’extrait ici), revienne de la terre au lieu de revienne de la guerre (à 32 minutes 53 secondes ou directement ici), jeûne est prononcé jeune (à 32 minutes 43 secondes, à 33 minutes 1 seconde, etc.) et coreligionnaires est prononcé coréligionnaires (à 41 minutes 57 secondes). Sans parler des doublons. Bâclage, incompétence, irresponsabilité ?

 

• Note 110 du 6 février 2007. Les médias me rendent malade, 62
–– Une boussole affolée, 2
Toujours à propos de la radio Canal Académie et du texte lu de Roger Arnaldez, remarquez également le charabia de la pauvre commentatrice, de bonne composition, obligeante et serviable à qui il a été fourni un texte de guingois (et qui, me semble-t-il, soupçonne quelque chose) et qui conclut l’émission ainsi (écouter directement ici ou sur le site à 46 minutes 10 secondes) : « Vous venez d’entendre la lecture de la communication de Roger Arnaldez par la voix du comédien Patrick Hamel, communication qui avait été faite par cet académicien des Sciences morales et politiques le 31 janvier 1994 et que Canal Académie vous propose d’entendre par ce truchement, mais aussi de retrouver l’intégralité de son texte sur notre site Internet ainsi qu’un résumé de cette communication. » Les acrobaties, les maladresses syntaxiques sont en gras ci-dessus.
Il eût fallu dire : « [...] mais aussi de retrouver dans l’intégralité de son texte et sous la forme d’un résumé sur notre site Internet ».
Quant au plus-que-parfait avait été faite, je l’aurais bien vu remplacer par le passé simple fut faite : le plus-que-parfait ne me semble pas dans son rôle grammatical ici.

 

• Note 111 du 7 février 2007. Les médias me rendent malade, 63
–– Une boussole affolée, 3
Considérant l’Institut de France et ses cinq académies comme le dernier bastion de quelques exigences de bon aloi, je m’étais imaginé trouver sur la radio Canal Académie un ton différent, en dehors des modes et des frimes, apaisé, rassis, un peu comparable à ce qu’était France Culture il y a trente ou quarante ans. Que non, le ton est camelot comme celui de RMC, qui est le même que celui de France Inter, qui est le même que celui de RTL, qui est le même que celui du France Culture d’aujourd’hui.
Voici par exemple une autopublicité de pur jus de benêt par les paroles (bancale, cette phrase : « Quel que soit le pays d’où vous nous écoutez, il se passe toujours quelque chose ! » ; peut-être ne faut-il voir dans cette phrase qu’un clin d’œil aux Galeries Lafayette et peut-être est-on prié de trouver ça drôle), par la musique des paroles et par la musique (écouter le saxophone qui s’égosille et s’étrangle de joie et écouter comme cela sent l’autosatisfaction, le moi-je, le m’as-tu-vu, les Galeries Lafayette justement), autopublicité incluse à 32 minutes 13 secondes dans cette émission ou, directement et plus simplement, ici.

 

• Note 112 du 13 février 2007. Les médias me rendent malade, 64
–– Mitterrand est mort, mais Chirac est plus vivant ou Cette chose est jaune et celle-là est plus bleue
Tous les jours on entend ou lit ce genre de formulations paresseuses et illogiques : Pierre est avare, mais Paul est plus généreux ou Cet objet-ci est laid, mais celui-là est plus joli.
Puisque c’est paresseux et puisque ça ne réfléchit pas, c’est marchand de peignes. Exemple ce jour sur France 2 au journal de 13 heures : selon le journaliste (Thierry Curté [?] ou Sylvain Gauthier ?), le candidat à la présidentielle de 2007 François Bayrou promet un référendum sur la Constitution européenne « avec cette fois-ci un texte plus concis ». Mais comment ce texte pourrait-il être plus concis puisqu’il est long et prolixe ? Il ne pourrait-être que moins long et moins prolixe. ( Ici.)

 

• Note 113 du 14 février 2007. Les médias me rendent malade, 65
–– Néologisme abracadabrantesque
1. – Bravitude dans Google. Impressionnant : 331 000 occurrences (près de dix fois plus que le mot baudelairien, par exemple).
2. – A http://fr.wiktionary.org/wiki/bravitude, cette note : « Le mot bravitude est utilisé depuis 2002 environ dans le jeu NainWak’s World pour désigner 1° le sentiment d’appartenance à la communauté des nains braves et 2° l’attitude des nains braves. » (Voir aussi ce qu’on en dit à http://www.nainwak.com/ et à http://www.zongoland.com/spip.php?rubrique5.)
3. – Une page amusante sur la bravitude (ainsi que sur le couragisme et la témérance...) à http://www.paslesroyal.com/Bravitude.

 

• Note 114 du 16 février 2007. Lien négatif, lien positif
–– Les grands absents des dictionnaires, 5
Cherché vainement dans plusieurs dictionnaires et sur le web une définition de lien négatif et de lien positif.
Exemple : « Les grandes enquêtes de consommation alimentaire ont révélé le lien négatif existant entre l’obésité et la prise de saccharose. »

 

• Note 115 du 22 février 2007. Les médias me rendent malade, 66
–– Pléonasmes, néologismes et... humour
Copie d’écran : http://lesmediasmerendentmalade.fr/_images/participatif.jpg
Page du site de l’Express : http://www.lexpress.fr/mag/cinema/dossier/entretiencine/dossier.asp
1. – Après la pléonastique « démocratie participative » de Ségolène Royal, voici la redondante « interview participative » dans cet article de Jean-Sébastien Stehli à prétentions humoristiques et d’insolence consacré à Cleant Eastwood (a). « Participatif » pourrait bien devenir le nouveau doudou du journaliste de jardin (b) [voir aussi la note 57].
2. – Ce jour sur France Inter, entendu le néologisme « strapontine » (adjectif formé sur « strapontin »), de François Bayrou : « L’UDF n’a pas une vocation strapontine. » Manifestement de bonne humeur, François Bayrou a déclaré qu’il ne doutait pas que ce néologisme sera agréé par l’Académie française.

Présidents (Charles de Gaulle et son quarteron, Jacques Chirac et son abracadabrantesque), présidentiables (Ségolène Royal et son bravitude, François Bayrou et son strapontine) et journalistes de jardin se font remarquer comme ils peuvent.

a. Ces mots, entre autres : « Du coup, on arrive en retard pour le face-à-face avec le grand homme (1,88 mètre). Il sera dit que l’Express aura fait attendre Clint Eastwood, ce qui a une certaine gueule, il faut le reconnaître. » Un brin puéril peut-être, il faut le reconnaître...
b.
« Journaliste de jardin », pourquoi pas ? il existe bien des nains de jardin. « Parc, jardin, balcon, terrasse. Dès aujourd’hui commandez votre journaliste de jardin pour décorer vos espaces verts. »

/!\ Mise à jour du 16 décembre 2007
Rien à voir avec ce journaliste de jardin-ci : « Clare Foster est une journaliste de jardin free-lance. Pendant dix ans elle a travaillé pour la revue mensuelle Gardens Illustrated, dont elle est devenue rédactrice en chef. Actuellement elle rédige les articles sur les jardins dans la revue mensuelle House & Garden. Elle a écrit plusieurs livres dont, l’un s’intitule Compost. »

 

• Note 116 du 23 février 2007. Des coaches en orthographe ?
Extrait d’un reportage de Claire Checcaglini de France Info diffusé le 22 février 2007 sur des cours d’orthographe donnés discrètement à des chefs d’entreprise et à des cadres. Ici. Durée : 2 minutes 27 secondes.
Veuillez excuser les bruits parasites, ils proviennent du milieu dans lequel j’ai fait l’enregistrement.
Ç’aurait pu être intéressant, mais c’est à demi raté et peu convaincant : ainsi l’interviewé David Gentilhomme qui déclare s’être aperçu qu’il faisait des fautes de frappe, des coquilles, et qui décide donc de prendre des cours d’orthographe ; en somme il a mal aux dents et va voir un dermato.
Prochainement, des cours de journalisme pour les journalistes ?

 

• Note 117 du 24 février 2007. Moteurs de recherche, 2 : Wikio et l’actualité
Wikio, plus efficace que Google pour rechercher dans l’actualité récente : par exemple, Wikio a indexé « strapontine » un jour avant Google.

 

• Note 118 du 24 février 2007. Les médias me rendent malade, 67
Qu’attendons-nous pour créer de nouveaux signes typographiques ? ou de nouvelles conventions typographiques ?
A part les frimousses (terme officiel, Journal officiel du 16 mars 1999 ; synonymes : smiley, souriard, émoticône, binette,...), quoi de nouveau ? Que penser des frimousses ? Une combinaison de signes déjà existants. Pourquoi la presse et l’édition ne les utilisent-elles jamais ? Certes elles sont peu commodes si elles doivent être précédées ou suivie d’une ponctuation, laquelle risque de parasiter la frimousse, de brouiller le message.
Et l’_underscore_ (tiret bas) ? Que pourrait-on faire de l’underscore ? Jamais utilisé dans la presse et dans l’édition, sauf dans l’édition informatique.
Et le soulignement ? Rarement utilisé dans la presse et dans l’édition (voir la note 119).
Et le raturage ? Rarement utilisé dans la presse et dans l’édition. (On trouve sur le web des exemples amusants dans le genre « M. Crésus n’est qu’un pauvre imbécile » ou « Il est bigleux, miro mal-voyant ».)
A développer.

==> Mot clé : typographie

 

• Note 119 du 24 février 2007. Les médias me rendent malade, 68
–– A propos du soulignement, 1
Suivant ou précédant une citation, on rencontre souvent l’expression « c’est moi qui souligne », et aucun soulignement n’est visible. Il aurait fallu dire « c’est moi qui italise ». L’auteur ayant souligné un mot dans son manuscrit, le typographe, le compositeur interprètent ce soulignement selon la convention typographique habituelle suivante : un mot souligné doit être composé en italique (a).
Exemple : « Dans son mémoire Untel déclare : “Rien ne presse, vous le ferez quand vous pouvrez” (c’est moi qui souligne). »
Il serait préférable d’écrire : « Dans son mémoire Untel déclare : “Rien ne presse, vous le ferez quand vous pouvrez” (c’est moi qui italise). »
Mais on pourrait aussi écrire : « Dans son mémoire Untel déclare : “Rien ne presse, vous le ferez quand vous pouvrez” (c’est moi qui graisse). »

a. souligner. V. t. Tirer une ligne sous un ou plusieurs mots. Dans une copie manuscrite on souligne ce qui doit être imprimé en italique. (Littré.)

 

• Note 120 du 24 février 2007. Les médias me rendent malade, 69
–– L’accueil n’est plus ce qu’il était
Copie d’écran : http://lesmediasmerendentmalade.fr/_images/accueil.jpg
Page du site du Monde : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3228,36-876015@51-876017,0.html
Ce titre : « La Réunion s’apprête à accueillir le cyclone Gamède dans l’appréhension ».

/!\ Mise à jour. Dimanche matin 25 février 2007, aux dernières nouvelles, le cyclone a fait au moins neuf blessés, dont un grièvement ; destructions d’un pont, de bâtiments. Un cyclone arrive, et que font les gens ? certains se font porter pâles, d’autres coupent un pont ou rasent des maisons. L’hospitalité réunionnaise n’est plus ce qu’elle était.
/!\ Mise à jour. Dimanche 25 février 2007 à 16 h 39, par hasard de repassage sur la page, je constate que la malaladresse a été réparée. Voici le nouveau titre : « La Réunion attend le cyclone Gamède avec appréhension ». Copie d’écran ici.
Je ne suis pour rien dans cette rectification. Selon le service gratuit Titag, mon site reçoit en moyenne un visiteur par jour et je crains fort que ce visiteur unique ne soit moi lorsque je viens sur place tester l’aspect et les liens.

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