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« Le jour baissait, les cocotiers s’agitaient au-dessus de nos têtes,
secouant sur nous leurs cent-pieds et leurs scorpions »,
le Mariage de Loti, Pierre Loti, 1880

 

La pathologie des médias, p. 7


 

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BLOC-NOTES, suite

• Note 161 du 17 septembre 2007. Les médias me rendent malade, 90
–– On n’achève pas les sots, 1
On achève bien les chevaux est le titre français d’un film célèbre de Sydney Pollack de 1969 d’après le roman homonyme d’Horace McCoy (en anglais, film et roman ont pour titre They Shoot Horses, Don’t They?).
La presse paresseuse adore jongler avec ce titre, tout particulièrement Courrier international, semble-t-il.
Trois exemples parmi une dizaine : « En Irak, on achève bien les athlètes » (copie d’écran du site web de Courrier international, article du 2-10-2006) ; « On achève bien les gorilles des montagnes » (scan du Courrier international papier du 13-9-2007, numéro 880, p. 42 [a]) ; « On achève bien les petites équipes » (copie d’écran du site web de Courrier international, 17-9-2007).
Pourtant le sens de cette expression n’est pas celui que lui donnent quelques sots achevés et sans inspiration : il n’est ni celui de « Certaines personnes ont une technique efficace pour achever les chevaux, pour leur donner le coup de grâce » ni celui, plus large, de « Certaines personnes ont une technique redoutable pour tuer, exterminer ou éradiquer ».
Le sens, tout autre, est celui-ci précisément : « On abat un cheval blessé qui souffre, alors pourquoi, par pitié, n’abattrait-on pas un être humain dégoûté de la vie qui vous tend un revolver et vous demande de le tuer ? »
On trouve cette expression amère et désabusée dans la bouche de Robert Syverten répondant au policier qui l’interroge sur le meurtre qu’il vient de commettre.
A l’appui de mon interprétation, je donnerai dans ma prochaine note un extrait du livre.

a. Les titres de Courrier international ne sont pas en général une traduction littérale des titres originaux, ils sont adaptés au goût français. Ainsi « On achève bien les gorilles des montagnes » correspond-il dans Newsweek, d’où cet article est tiré, à un article intitulé « Gorilla Warfare » (copie d’écran ici). En d’autres termes, le titre original n’est pas « They Shoot Mountain Gorillas, Don’t They? »...

 

• Note 162 du 18 septembre 2007. Les médias me rendent malade, 91
–– On n’achève pas les sots, 2
Voici quelques-unes des dernières lignes de They Shoot Horses, Don’t They? (éd. Midnight Classics, ISBN 978-1-85242-401-5, p. 119-121).
Pour ceux qui n’aiment pas l’anglais : Gloria (au cinéma, Jane Fonda), jeune femme dépressive et dégoûtée de la vie, tend à Robert (au cinéma, Michael Sarrazin) un pistolet et lui demande de la tuer. Revient à l’esprit de Robert un souvenir d’enfance douloureux : son grand-père qui abat la jument Nellie, qui vient de se casser une jambe. Robert adorait Nellie. Robert abat Gloria comme son grand-père a abattu Nellie. A un policier qui demandera à Robert pourquoi il a tué Gloria, il répondra qu’elle le lui a demandé. Au policier surpris et sceptique, Robert déclarera alors : « On achève bien les chevaux... »

    Gloria was fumbling in her purse. When her hand came out it was holding a small pistol. [...]
    ‘Take it and pinch-hit for God,’ she said, pressing it into my hand. ‘Shoot me. It’s the only way to get me out of my misery.’
    [Ici revient à l’esprit de Robert un souvenir d’enfance douloureux : son grand-père qui abat la jument Nellie, qui vient de se casser une jambe.
    Robert adorait Nellie. Robert va abattre Gloria comme son grand-père a abattu Nellie.]
    I shot her. [...]
    ‘Why did you kill her?’ the policeman in the rear seat asked.
    ‘She asked me to,’ I said. [...]
    ‘Is that the only reason you got?’ the policeman in the rear seat asked.
    ‘They shoot horses, don’t they?’ I said.

 

• Note 163 du 18 septembre 2007. Les médias me rendent malade, 92
–– On n’achève pas les sots, 3
Ajoutons pour finir que, en dépit des apparences prégnantes, l’expression « on achève bien les chevaux » n’a pas de rapport direct avec le marathon dansant exténuant où les participants (en français, les cavaliers et leurs cavalières) sont traités comme du bétail et durant lequel l’un d’eux meurt d’épuisement comme une bête à la tâche. Ni même avec les « derbys » auxquels les participants doivent se soumettre, tournant en rond comme des chevaux de manège (« ‘You are familiar with the rules and regulations of the derby [...]. The kids race around the track for fifteen minutes, the boys heeling and toeing, the girls running or trotting as they so desire’ », p. 78-79). L’explication est dans les toutes dernières lignes du roman – et pas ailleurs.

 

• Note 164 du 18 septembre 2007. Les médias me rendent malade, 93
–– On n’achève pas les sots, 4
On trouvera ici les scans des pages citées dans les notes 162 et 163 :
– page 119, pages 120-121 ;
– pages 78-79.

 

• Note 165 du 19 septembre 2007. Les médias me rendent malade, 94
–– On n’achève pas les sots, 5
On trouvera aussi sur le web :
On achève bien... les inspecteurs du travail (on remarquera le trois-points, qui ici particulièrement vaut son pesant de bananes ; titre d’un livre de Gérard Filoche, inspecteur du travail, paru en 2004 ; voir la copie d’écran ici ou la page web) ;
– « On achève bien les militants berbères ! » (le point d’exclamation est un sommet d’irresponsabilité ; voir la copie d’écran ici ou la page web) ;
– « On est plus humain avec les chevaux qu’avec les hommes, car quand un cheval souffre on abrège ses souffrances en lui tirant une balle dans la tête », autrement dit « Les chevaux, au moins on les achève », c’est l’interprétation de « on achève bien les chevaux » que fait implicitement un critique du livre de McCoy à la page http://www.livres-online.com/On-acheve-bien-les-chevaux.html (copie d’écran ici), lequel déclare : « On achève bien les chevaux, dit-on, mais pas forcément les hommes qui souffrent pendant la grande dépression aux Etats-Unis, voilà ce que nous dit Horace McCoy. »
Ce « pas forcément » et ce « voilà ce que nous dit Horace McCoy » de la part de quelqu’un qui manifestement n’a pas lu le livre – ou qui ne l’a pas lu jusqu’au bout – sont vraiment remarquables. Le « dit-on » n’est pas mal du tout non plus.

 

• Note 166 du 19 septembre 2007. Les médias me rendent malade, 95
–– On n’achève pas les sots, 6
Ci-dessous deux suggestions de titres et d’articles.

 

• Note 167 du 20 septembre 2007. Les médias me rendent malade, 95
–– On n’achève pas les sots, 7
« On noie bien les concombres », c’est encore un titre d’article de Courrier international (numéro 872, 19-25 juillet 2007), ici.

 

• Note 168 du 21 septembre 2007. C’est pas du français, c’est du cheval
« Même l’éloquence de Gambetta, vibrante, fougueuse, ne trouve pas grâce devant le classicisme étriqué de [Jules] Grévy : “Ça, déclare-t-il en lisant une harangue du tribun, ça du français ? Allons donc ! c’est du cheval.” » Cité par Alexandre Zévaès dans Histoire de la Troisième République, p. 116, Editions de la Nouvelle Revue critique, 1938.

 

• Note 169 du 22 septembre 2007. Les médias me rendent malade, 96
–– Exhausteur de goût
Dès précédant une date et/ou remplaçant en (dès 1863, dès le 4 juin au lieu de en 1863, le 4 juin) est un exhausteur de goût. Il est très fréquent dans la presse.
– Ici chez Jacques Madaule dans Histoire de France, tome III p. 360, Gallimard, collection Idées, 1966 : « Le 21 décembre [1958], le général de Gaulle fut élu président de la République. Il prit possession de ses fonctions le 8 janvier 1959. [...] Dès le 4 juin, il se rendit à Alger. »
– Ou chez Alexandre Zévaès dans Histoire de la Troisième République, p. 7-8, Editions de la Nouvelle Revue critique, 1938 : « Le 2 décembre 1851, Louis-Napoléon consommait son coup d’Etat. [...] Dès 1863, le réveil de l’opinion commence et, dès lors, d’année en année l’opposition gagne en hardiesse et en étendue. »

 

• Note 170 du 8 octobre 2007. Vieux sens de médiatisé
« Chaque année, on assiste à une invasion de gentlemen britanniques, de boyards russes ou roumains, de médiatisés allemands ou autrichiens [...] », la France de M. Fallières, de Jacques Chastenet, éditions Fayard, 1949, p. 115.
Littré, Dictionnaire de la langue française, 1873 : « Médiatiser, v. t. Faire qu’un prince cesse de dépendre immédiatement du chef suprême de l’empire d’Allemagne pour n’en dépendre que médiatement », c’est-à-dire moyennant un intermédiaire.

Les définitions du Petit Robert électronique édition 2001 et du Petit Robert papier édition 1988 semblent erronées : « Médiatiser, v. t. Hist. Placer sous la suzeraineté d’un vassal, de l’Empereur (sous le Saint Empire romain germanique). » Il faudrait supprimer la virgule : « Placer sous la suzeraineté d’un vassal de l’Empereur ».

S’il est né après 1990, un lecteur de la France de M. Fallières, publiée en 1949, n’aura probablement aucune raison de rechercher le mot médiatisé dans un dictionnaire, le prenant d’emblée au sens de « très présent dans les médias ». (Le Petit Robert électronique de 2001 date de 1985 environ la première occurrence de médiatiser au sens de « diffuser par les médias ».)

 

• Note 171 du 9 octobre 2007. Les médias me rendent malade, 97
–– « Détail », un mot empoisonné, 1
Rappel des faits ci-dessous avec des extraits du site lemonde.fr.

    Extrait 1
    http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-823448,36-964061,0.html
    Mardi 09 octobre 2007. Tests ADN : le « détail » de François Fillon ravive la polémique
    LEMONDE.FR avec AFP et Reuters | 07.10.07 | 21h06 • Mis à jour le 09.10.07 | 09h13
    En considérant comme un « détail » – un mot politiquement sensible en France – l’amendement du projet de loi autorisant les tests ADN
    dans le cadre du regroupement familial, le premier ministre François Fillon a ravivé, dimanche 7 octobre, la polémique. Samedi, il a en effet estimé,
    lors d’un conseil national de l’UMP à Paris, que les polémiques entourant cet amendement avaient « grossi jusqu’au ridicule un détail »
    pour finalement masquer « l’essentiel » du projet de loi.

    Extrait 2
    http://archives.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-823448,36-964009,0.html
    Pour François Fillon, l’amendement ADN est un « détail » du texte sur l’immigration
    LEMONDE.FR avec AFP | 07.10.07 | 09h01 • Mis à jour le 07.10.07 | 09h01
    Le premier ministre François Fillon [...] a été fortement applaudi par le Conseil national de l’UMP, réuni à Paris, lorsqu’il a évoqué
    « cette loi dont les polémiques ont grossi jusqu’au ridicule un détail en masquant l’essentiel [...]. »

La dimension politiqueuse du sujet prime sa dimension linguistique, et je laisserai à d’autres les commentaires politiques et les commentaires à chaud. Pour mémoire et au cas où (car le sujet est d’importance, et on n’a pas fini d’en parler et de gloser sur), j’ai archivé cinq copies d’écran d’articles sur le sujet : écran 1, écran 2, écran 3, écran 4, écran 5.
Dans l’extrait 1 ci-dessus, Le Monde déclare que le seul mot « détail » est « politiquement sensible en France ». Ce n’est pas tout à fait exact, en tout cas pas pour la période précédant le 6 octobre 2007, date de la déclaration de François Fillon, mais je n’ergoterai pas. Je soulignerai néanmoins que l’expression exacte de Jean-Marie Le Pen à propos des chambres à gaz nazies était « c’est un point de détail de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale » (a) et que celle de François Fillon était « cette loi dont les polémiques ont grossi jusqu’au ridicule un détail ».

a. Ici la vidéo sur le « point de détail ».

 

• Note 172 du 10 octobre 2007. Allez, bon dromadaire !
Trouver un remplaçant au presque insupportable « week-end ».
La proposition « vacancelle » n’a convaincu personne.
Pourquoi pas « dromadaire », qui aurait l’avantage – et l’inconvénient – de signifier toute période de congé hebdomadaire d’un jour, de deux jours ou plus s’il y a lieu (samedi-dimanche pour beaucoup de gens, dimanche-lundi pour certains commerçants, mercredi ou dimanche pour les instituteurs, etc.) ?
C’est la phrase suivante, tirée de la France de M. Fallières (Jacques Chastenet, éditions Fayard, 1949, p. 175), qui m’inspire cette contre-proposition : « La loi de 1906 a [...] rendu obligatoire le repos hebdomadaire (le “dromadaire”, disent les bonnes gens). »

 

• Note 173 du 11 octobre 2007. Les médias me rendent malade, 98
–– « Détail », un mot empoisonné, 2
Le mot « détail » étant désormais virussé, infréquentable, quasi indicible, quasi inutilisable, il a presque fini de vivre sa vie de mot, surtout dans les expressions « c’est un point de détail » ou « c’est un détail » – et particulièrement en politique.
Entre le samedi 6 octobre et le lundi 8 octobre 2007, nous avons assisté à un fait très remarquable : la brusque, rapide et courte agonie sociale d’un mot courant, sa bagnardisation.
Voici donc quelques synonymes pour ne pas être fait aux pattes par le premier trivelin, provocateur, agit-propiste ou îlotier de la pensée unique venu.
Des substantifs : à-côté (a), broutille, vétille. (Attention quand même, car les deux derniers synonymes sont nettement péjoratifs dans certains contextes.)
Il pourra être plus commode, plus rapide, plus élégant, d’employer des adjectifs : secondaire, accessoire, négligeable. (Attention aussi : certains de ces synonymes peuvent se révéler explosifs dans certains contextes.)
Ainsi peut-on peut supposer raisonnablement que si, au lieu de « grossi jusqu’au ridicule un détail », François Fillon avait dit « grossi jusqu’au ridicule un aspect/un paramètre/une disposition secondaire et accessoire », la polémique n’aurait pas eu lieu.

« C’est un point de détail » et « c’est un détail » auront certainement le même sort que des expressions comme « divine surprise », de Charles Maurras (a), ou « nous l’acceptons d’un cœur léger », d’Emile Ollivier (b). Alors surveillons-nous, gardons-nous à vue ; car nous savons primo que, dans ce pays de France où l’intransigeance sourcilleuse des gouvernés le dispute avec vaillance à celle des gouvernants, les malveillants sont partout et que secundo nous avons toujours quelque chose à nous reprocher – et qu’il est inutile de nous faire remarquer. Surtout pour des broutilles.

a. à-côté. N. m. Point, problème accessoire. Ce n’est qu’un à-côté de la question. (Petit Robert électronique édition 2001.)
a. En 1940 à propos de Pétain.
b. A propos de la guerre franco-allemande de 1870
.

 

• Note 174 du 12 octobre 2007. « Bien-pensant », définition
J’appelle bien pensants les gens qui ne pensent pas.
Les gens bien pensants sont ceux qui répètent sans réfléchir ce que dit leur milieu.
Il y a donc des bien-pensants de droite, des bien-pensants de gauche, des bien-pensants du milieu.
Pas d’oxymore dans l’expression révolutionnaire bien pensant.

 

• Note 175 du 13 octobre 2007. Proposition de loi pour la diacritisation des capitales dans les noms de famille
On trouvera à http://www.assemblee-nationale.fr/13/propositions/pion0227.asp (ou à http://www.assemblee-nationale.fr/13/pdf/propositions/pion0227.pdf) une « proposition de loi visant à respecter l’orthographe exacte des noms patronymiques lorsqu’ils sont écrits en majuscules », enregistrée à la présidence de l’Assemblée nationale le 25 septembre 2007, dont l’article unique est le suivant : « Les noms de famille doivent être écrits selon l’orthographe exacte, y compris les signes diacritiques (accents : grave, aigu, circonflexe, trémas et cédilles) figurant sur le registre des naissances. Toutes les autorités administratives et tous les autres organismes doivent adapter leurs moyens d’écriture pour disposer des outils de graphie, même lorsque le patronyme est en majuscules, ceci pour que le nom soit écrit, puis prononcé correctement. »
L’exactitude des graphies, c’est la moindre des choses et la moindre des politesses. Ne serait-ce que parce que dans certains documents officiels un M. Leçon devient M. LECON et un M. Gallé devient M. GALLE.

On remarquera la rédaction défectueuse de l’intitulé « proposition de loi visant à respecter l’orthographe » : il eût fallu « proposition de loi pour le respect de l’orthographe » ou « proposition de loi visant à faire respecter l’orthographe ».
Il eût fallu aussi écrire, dans l’intitulé de la loi et dans son article, « nom de famille » plutôt que « nom patronymique » et « patronyme » (c’est-à-dire « nom du père ») : voir ma note 69 sur la graphie, singulière, des « nouveaux noms de famille » à http://lesmediasmerendentmalade.fr/p3.html.

 

• Note 176 du 14 octobre 2007. Les médias me rendent malade, 99
–– Le journalisme en citations
Sur la page http://www.inreallife.be/Rubriques/maximesmedias.php, on trouvera quelques citations acidulées ayant pour thème les journalistes, le journalisme, les médias, dont celle-ci, de l’inégalé Léon Bloy (1846-1917) : « A force d’avilissement, les journalistes sont devenus si étrangers à tout sentiment d’honneur qu’il est absolument impossible, désormais, de leur faire comprendre qu’on les vomit et qu’après les avoir vomis on les réavale avec fureur pour les déféquer : la corporation est logée à cet étage d’ignominie où la conscience ne discerne plus ce que c’est que d’être un salaud. »
Si j’en crois Loïc Decrauze (son blog est ici), cette phrase est tirée de l’article de Léon Bloy intitulé « L’aristocratie des maquereaux ». Ce M. Decrauze est un homme qui, comme Léon Bloy, a dû oublier de mettre sa langue dans sa poche : il décrit, par exemple, les jeunes manifestants anti-CPE de mars 2006 comme « une cohorte de petits vieux prématurés qui défilent pour l’emploi à vie ». Qui ne l’a pensé ? Mais quel journal aurait osé le dire ainsi, crûment ?

/!\ Mise à jour du 15 octobre 2007. La phrase est tirée d’un article intitulé « Journalistes » publié dans l’Assiette au beurre du 16 mai 1903, article republié dans Quatre Ans de captivité à Cochons-sur-Marne (quel titre, n’est-ce pas !), de Léon Bloy, sous le titre « L’aristocratie des maquereaux » ; on la trouvera à la page 110 du tome II de Quatre Ans de captivité à Cochons-sur-Marne que l’on peut télécharger gratuitement à http://gallica.bnf.fr. Le seul article est téléchargeable ici (Bloy_109-114.pdf), mais le confort de la lecture est moindre que sur le fichier de la BNF.
/!\ Mise à jour du 11 novembre 2007. Si j’admire chez Loïc Decrauze l’indépendance d’esprit, la sensibilité et la vitalité et si je continue à lire son blog fidèlement, avec intérêt et avec curiosité, en revanche je trouve que son style accumule beaucoup trop souvent des images hétéroclites. Parfait témoin la devise de son blog : « Quelques brandons au vitriol pour trancher dans le lard malade de ce monde ! ». Un brandon étant au sens propre une torche de paille enflammée servant à éclairer ou à mettre le feu, brandon au vitriol et trancher avec un brandon sont très proches du journalotisme.
/!\ Mise à jour du 29 septembre 2008. Dans le même genre, quel grand média osera dire ou écrire que le rap c’est du « vomi sonore », comme le fait http://www.neo-cretins.com/c.htm ?
/!\ Mise à jour du 27 octobre 2008. L’auteur a changé son « quelques brandons au vitriol pour trancher dans le lard malade de ce monde » contre un « quelques brandons pour éclairer le lard malade de ce monde ». Est-ce mieux ?
/!\ Mise à jour du 8 février 2009. Le style decrauzien est devenu catastrophique, il n’a plus que des défauts.

 

• Note 177 du 15 octobre 2007. Dénominateur commun ou diviseur commun ?
Paradoxal article (première page, deuxième page) dans le dernier numéro de Défense de la langue française (a) sur l’expression dénominateur commun au sens de diviseur commun.

a. La revue ne manque pas d’intérêt, on peut s’y abonner à http://www.langue-francaise.org/Bullet_adherent.php.

 

• Note 178 du 16 octobre 2007. Les médias me rendent malade, 100
–– Môquet fusillé, professeurs tiraillés
Titre sur le web de Libération : « Les enseignants tiraillés sur la lettre de Guy Môquet », de Véronique Soulé.
Etrange formulation, me dis-je à la lecture de ce titre. Et puis je comprends : c’est qu’il y a un jeu de mots, un de ces jeux de mots (tirer sur/tirailler sur [a]/être tiraillé entre) qu’aime tant Libération. Jeu de mots qu’on peut reformuler ainsi : Môquet fusillé, professeurs tiraillés.
(Rappel : Guy Môquet a été fusillé en octobre 1941 par l’occupant allemand.)

a. tirailler. V. intr. Tirer souvent, irrégulièrement, en divers sens. Des chasseurs qui tiraillaient dans les bois. Spécialt. Faire un tir irrégulier, à volonté. Tirailler sur l’ennemi, pour le harceler. (Petit Robert électronique édition 2001.)

 

• Note 179 du 19 octobre 2007. Les médias me rendent malade, 101
–– L’Exode, 10 mai-20 juin 1940, de Pierre Miquel, Pocket, 2005
Consternant. Jamais lu peut-être un ouvrage aussi mal écrit (a). Pourtant j’en ai lu (essentiellement pour des raisons professionnelles), des textes écrits avec les pieds.
Dans l’Exode, 10 mai-20 juin 1940, de l’historien Pierre Miquel, le lecteur est arrêté à chaque page, essayant de comprendre, de deviner pourquoi tel mot est là, ce qu’il fait là et par quel mot approchant mais adéquat il faudrait le remplacer pour donner un sens à cette phrase qu’il a déjà lue deux fois sans pouvoir la comprendre.
Saisissant.

En attendant les extraits (mise à jour : ils sont ici), voici les quatre premières lignes de la quatrième de couverture : « Au début de mai 1940, l’armée française somnole dans les casemates de la ligne Siegfried. Elle s’effondre en quelques semaines devant la fulgurante attaque allemande. »
Je m’interroge : l’armée française, après une courte incursion jusqu’aux abords de la ligne Siegfried en septembre 1939 (pour soulager la Pologne, attaquée par les Allemands), n’avait-elle pas regagné la France en octobre de la même année ? Au lieu de Siegfried, ne faut-il pas lire Maginot ? (Noter que c’est probablement l’éditeur, et non Pierre Miquel, qui a rédigé la quatrième de couverture.) Photo ici.
Publié chez Pocket en 2005, le livre a déjà été publié chez Plon en 2003 : avec la même quatrième de couverture ?

Actualisation
a. Arlette Farge, historienne et enseignante, n’est pas mal non plus (ici dans les notes 257 à 261). Quant à Joël Schmidt (Jules César, collection Folio), il trouve sa juste place entre ces deux grands écrivains. On aura une idée de l’intérêt de l’œuvre de Joël Schmidt (officier des arts et des lettres, médaille de vermeil de l’Académie française pour l’ensemble de son œuvre) en allant sur son site officiel et en en lisant l’introduction (deux fautes d’orthographe et une belle faute de ponctuation) :

"Mais pourquoi grattes-tu toujours du papier blanc?" me demandait, au temps de mes treize ans, un ami irrité. J’aurais pu lui répondre quarante ans plus tard, "parce que l’écriture, dans des conditions privées et familiales difficiles, a été mon issue de secours, ma liberté et mon identité que je n’ai jamais cessées de cultiver." Une femme me disait récemment et non sans agacement: "Mais pour vous écrire, c’est vivre?" Eh bien oui! Mais j’aurais du ajouter, en ce second volet de mon existence, "c’est écrire dans l’écriture des autres, avec la vie et dans la vie". Aujourd’hui, avec le privilège de l’âge, je m’autorise cet additif: "Ecrire, c’est oser."

Je donnerai bientôt des exemples plus convaincants et plus sérieux tirés de son Jules César.

 

• Note 179 bis du 31 juillet 2008. Les médias me rendent malade, 101 bis
–– Le style de Joël Schmidt (Jules César, collection Folio, Gallimard 2005, 360 pages)

Voici les exemples annoncés dans la note précédente.
Original
« César ne s’en formalisera pas, et il sait bien qu’il faut mieux parler de lui, même en s’en moquant, que de l’ignorer », p. 33.
Corrections. César ne s’en formalisera pas, et il sait bien qu’il vaut mieux que les gens parlent de lui, même en s’en moquant, plutôt qu’ils l’ignorent.

Original
« Ne vient-il [César] pas de composer une tragédie sur Œdipe [...] ? », p. 46.
Correction. Ne vient-il pas de composer une tragédie, intitulée Œdipe [...] ?
Commentaire. César est non seulement l’auteur de mémoires sur la guerre des Gaules, mais aussi d’un Eloge d’Hercule, d’un Recueil de mots remarquables, d’une tragédie (Œdipe), d’écrits « licencieux » (selon Joël Schmidt), etc.
On n’écrira pas : « Victor Hugo a écrit un livre sur les Misérables », mais « Victor Hugo a écrit le livre les Misérables » ou « Victor Hugo a écrit un livre sur les pauvres gens ». Ecrire que César vient de « composer une tragédie sur Œdipe » est une manifestation d’inculture flagrante (peut-être d’irréflexion). Surprenant de la part d’un homme qu’on pouvait supposer expérimenté, cultivé, lettré.
La faute est fréquente dans la presse. Peut-être même est-ce, dans certains cas, une faute volontaire parce que à la mode (comme cette autre faute à la mode dans les médias parlés : « L’association a publié une lettre ouverte aux pouvoirs publics leur demandant qu’est-ce qu’ils envisagent de faire »).

Original
« [Les sénateurs] ne souhaitent guère que le réseau routier tombe entre les mains des curateurs et leur serve de tremplin pour ambitionner d’autres plus hautes fonctions », p. 55.
Correction. [Les sénateurs] ne souhaitent guère que le réseau routier tombe entre les mains des curateurs et leur serve de tremplin pour ambitionner de plus hautes fonctions.

Original
« Il développe sa démonstration hostile à toute conquête, comme l’est l’extrême majorité des sénateurs », p. 68.
Commentaire. Multicharabia. Pour ne pas lasser mon lecteur, je ne relèverai ici que « l’extrême majorité » (signifiant probablement « la quasi-totalité »).

Original
« Le projet de loi agraire de Publius Servilius Rullus qui pour plaire à ses électeurs plébéiens s’affiche en plus dans un accoutrement négligé », p. 76-77.
Commentaire. Très drôle, excellent même, cet « accoutrement négligé ».

Original
« Il n’est pas indifférent [...] de citer quelques extraits de ces trois harangues prononcées, la première le 1er janvier 64 au Sénat, et les trois autres (il ne nous en est parvenu que deux) devant le tribunat du peuple », p. 77.
Commentaire. Cafouillage grotesque dû à une rédaction bâclée et paresseuse. Scan ici.

Original
« Le coup est direct contre César et ses amis, conseillers occultes de Rullus. Il [César] est ainsi accusé, par personnes interposées, de vouloir attenter au régime républicain et d’aspirer au pouvoir d’un seul contre tous », p. 79
Commentaire. Multicharabia. Entre autres ce coup direct par personnes interposées.

Original
« Cicéron termine son second discours sur la Loi agraire en se flattant de l’union qu’il a cimentée entre son collègue et lui [Antonius], si l’on sait qu’Antonius est un ami de Catilina qui rôde dans Rome pour préparer quelque futur mauvais coup et que César a certainement pris des contacts avec lui », p. 82.
Commentaire. Multicharabia bien épais. Je ne relèverai ici que le plus drôle : « préparer quelque futur mauvais coup ».

Original
« Cicéron [à côté de César] fait figure de petit personnage sans grande envergure », p. 110.
Correction. Cicéron fait figure de petit personnage, d’homme sans grande envergure.
Commentaire. Ridicule achevé.

Original
« César est certes débarrassé d’un rival, mais aussi d’un financier qui pouvait lui [lui : César] être utile », p. 198.
Correction. César est certes débarrassé d’un rival, mais il perd un financier qui pouvait lui être utile.

Original
« Il [Pompée] tente alors pendant deux ans, tout en ne sortant jamais des voies légales, de gêner le plus possible les futures ambitions de César », p. 218.
Commentaire. Il s’agit probablement des ambitions tout court.

Original
« Deux bateaux chargés de soldats [...] se sont échoués contre la digue que César a tenté de construire en hâte pour empêcher en vain la fuite de Pompée », p. 243.
Commentaire. Multicharabia.
Correction. Il aurait mieux valu écrire : « la digue que César a tenté, en vain, de construire en hâte pour empêcher la fuite de Pompée ».

Original
« Ce décret permet aux riches de se dévoiler et de payer parfois aux créanciers des sommes qu’ils prétendaient auparavant ne pas posséder », p. 257.
Correction. Ce décret oblige les riches à se dévoiler et parfois à payer aux créanciers des sommes qu’ils prétendaient auparavant ne pas posséder.

Original
« Si Cicéron est arrêté et mis à la torture, il est sûr selon eux [eux : les conjurés anti-César] qu’il risque de parler », p. 325.
Corrections possibles
– il est sûr selon eux qu’il parlera
– le risque est très grand selon eux qu’il parle
– ils sont sûrs qu’il parlera
etc.

Original
« [... La femme de Brutus] demandant à chaque passant qui semble revenir du Forum où est Brutus, qu’est-ce qu’il fait », p. 330.
Corrections possibles
– [... La femme de Brutus] demandant, à chaque passant qui semble revenir du Forum, où est Brutus, ce qu’il fait
– ou
[... La femme de Brutus] demandant à chaque passant qui semble revenir du Forum : « où est Brutus ? qu’est-ce qu’il fait ? »
– ou (indécidable, comme souvent chez Joël Schmidt, qui ne sait pas ponctuer, qui est ignare en matière de ponctuation, qui semble ignorer à quoi sert une virgule)
[... La femme de Brutus] demandant, à chaque passant qui semble revenir du Forum (où se trouve Brutus), ce que fait son mari.

Original
« Impressionné par les personnalités imminentes [...], personne n’ose broncher », p. 344.
Commentaire. Maladroit, plus que tangent. « Personne » a ici le sens de « personne parmi le peuple », d’où la correction rapide proposée ci-dessous.
Correction.
Impressionné par les personnalités imminentes [...], le peuple n’ose broncher.

La seule chose décidable et sûre est que Joël Schmidt écrit mal.
Des dizaines d’années de pratique de l’écriture (une trentaine d’ouvrages publiés) et de la lecture pour en arriver à ce charabia, à ces maladresses de bachelier, de licencié ès lettres.
Qui dénonce aujourd’hui les fausses gloires, gloires volées, tombées du camion ? Les médias passent mille fois plus de temps à créer de fausses gloires qu’à les débusquer. Encenser une œuvre est plus facile, plus confortable que de la critiquer ; encenser ne demande presque aucun travail et surtout n’implique pas un travail d’argumentation exemples à l’appui ; en revanche, critiquer implique d’argumenter exemples, preuves à l’appui (préventivement, entre autres raisons) et, parfois, de proposer des solutions de remplacement, des « alternatives », comme disent les gens lettrés.
J’ajouterai qu’encenser est festif et qu’il faut à tout prix au consommateur fournir quelques raisons de se réjouir.
Nous pourrions présenter d’autres citations, mais elles ne feraient qu’alourdir cette note et nous pensons avoir convaincu.
Il me reste à faire le même genre de notes sur l’Exode, 10 mai-20 juin 1940, de Pierre Miquel, livre que je n’ai pu terminer tant il est mal écrit.

On peut, assez raisonnablement, se demander si les épreuves de ce livre ont été relues par un correcteur humain : les fautes de graphie ne sont pas nombreuses et ne concernent que des accords, fautes indétectables à coup sûr par les logiciels correcteurs (prétendument et très prétentieusement) grammaticaux – des jean-foutriciels hystériques, onéreux et chronophages, qui détectent moins de fautes que de non-fautes.
Voici la liste des fautes repérées par moi à l’occasion de ma lecture, lecture – je le précise – de loisir, non professionnelle et bénévole, autrement dit axée sur le plaisir, sur le sens et non sur l’orthographe : « tous couvraient César d’éloge [éloges] », p. 62 ; « des nations gauloise [gauloises] », p. 159 ; « prenant autant de risque [risques] qu’un simple légionnaire », p. 190 ; « il s’est fait précédé [précéder] de ses licteurs », p. 271. Mais le grave et l’important ne sont pas là, ils sont dans les fautes (le charabia) que je signale plus haut, et, ces fautes-là et cent autres encore (bourdons, ponctuation, doublons, contradictions,...), aucun logiciel n’est capable de les repérer.

 

• Note 180 du 20 octobre 2007. Les médias me rendent malade, 102
–– Encore une « enfreinte » à la langue française

Journal télévisé du 19 octobre 2007 de Télé Sambre (Belgique) : le présentateur y parle d’« une enfreinte à la loi ».
Vous voulez dire « une infraction », monsieur Tintin ?
Son ici (après le blanc des seizième et dix-septième secondes) [a, b].

a. C’est un mot que je découvre, mais les résultats pour la recherche d’« enfreinte » via Google sont nombreux.
b. Dans l’enregistrement, on remarquera aussi la confusion – ou l’amalgame – sémantique répandue et paresseuse (tout ce qui est paresseux n’est-il pas répandu ?) entre racisme et anti-islam.

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